Coronavirus : Comment les stations de ski transfrontalières se préparent-elles à n’ouvrir que leurs pistes suisses ?

MONTAGNE Deux domaines skiables transfrontaliers, confrontés à des décisions politiques différentes en France et en Suisse, se retrouvent dans une situation insolite en vue des vacances de Noël

Jérémy Laugier

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Le sommet de la station des Rousses, dans le Haut-Jura, avec une vue à 360° sur la chaîne des Alpes et le lac Léman.
Le sommet de la station des Rousses, dans le Haut-Jura, avec une vue à 360° sur la chaîne des Alpes et le lac Léman. — B. Becker / Station des Rousses
  • Il existe quatre domaines skiables transfrontaliers en France. La situation est claire pour la Voie Lactée et San Bernardo, où les remontées mécaniques vont rester fermées côté français et italien jusqu’en 2021.
  • La situation est tout autre pour les deux domaines franco-suisses, Les Rousses et les Portes du Soleil, les autorités suisses se montrant favorables à la pratique du ski alpin dans ce contexte de Covid-19.
  • Les deux domaines sont tout de même dans l’attente de précisions, avant une ouverture partielle mi-décembre, surtout pour Les Rousses où l’accès ne peut se faire qu’en passant par un parking situé sur le sol français.

Le parking des Dappes, à Prémanon (Jura), pourrait-il hanter les nuits d’Emmanuel Macron et de Jean Castex ? Lorsqu’ils ont annoncé la semaine dernière envisager « des mesures restrictives et dissuasives » pour empêcher les Français d’aller skier à l’étranger, évoquant même « des contrôles aléatoires aux frontières », le président de la République et son Premier ministre ignoraient sans doute la spécificité cocasse du domaine skiable franco-suisse des Rousses.

Cette station du Haut-Jura pousse à l’extrême le concept transfrontalier : l’accès au sommet du massif de la Dôle (1.678 m), via le télésiège des Dappes, ne concerne que le territoire suisse, où la pratique du ski alpin est permise, hormis… ce parking des Dappes se trouvant de l’autre côté de la frontière. « L’accès aux pistes ne se fait que par un seul versant, donc même les Suisses voulant skier aux Rousses sont obligés de passer par la douane franco-suisse, explique Claire Devillers, chargée de communication pour cette station. La frontière est littéralement en bas du télésiège. »

« Ça reste le ski alpin qui nous fait vivre »

Coincées entre deux pays à la gestion (jusque-là) diamétralement opposée du dossier ski dans le contexte Covid-19, Les Rousses ne vont pour le moment ouvrir samedi que leur domaine nordique. 300 km dédiés sont accessibles à tous les amateurs de ski de fond et de randonnées en raquettes, et ce des deux côtés du territoire. « Chaque saison, ça reste le ski alpin qui nous fait vivre, il représente jusqu’à 300.000 forfaits achetés et 5 millions d’euros de chiffre d’affaires, contre 100.000 forfaits et 500.000 euros pour la partie nordique », pointe Claire Devillers.

La sous-préfecture de Saint-Claude s’est penchée cette semaine sur cette problématique insolite, et la station aimerait ouvrir un tiers (suisse donc) de ses 50 km de pistes de ski alpin à partir du 15 décembre, le temps de s’organiser et de miser sur un véritable enneigement.

« On va peut-être envoyer un plan des pistes à notre gouvernement »

« Ce serait quand même ballot que les Français habitant au pied des pistes prennent des amendes sous prétexte qu’ils vont skier dans leur domaine, estime Claire Devillers. Et je ne parle même pas des Suisses qui ne comprendraient pas du tout pourquoi ils ne pourraient pas skier ici, malgré l’aval de leurs autorités. On va peut-être envoyer un plan des pistes à notre gouvernement pour qu’il comprenne notre situation. »

Plus grand domaine skiable des Alpes, avec 600 km de glisse et 208 remontées mécaniques, dans le massif du Chablais (Haute-Savoie), les Portes du Soleil y voient plus clair que Les Rousses. Si les deux autres spots transfrontaliers, la Voie Lactée (avec notamment Montgenèvre, Hautes-Alpes) et l’espace San Bernardo (La Rosière, Savoie), sont fermés jusqu’en 2021, côté français et italien, ce domaine franco-suisse vient ainsi d’officialiser une ouverture le 19 décembre pour les remontées mécaniques helvétiques.

Le domaine franco-suisse des Portes du soleil.
Le domaine franco-suisse des Portes du soleil. - Oliver Godbold

Un besoin « d’éclaircissement » sur la pratique du ski de rando

« On attend d’en savoir plus de la part des autorités suisses quant à une possible jauge maximale de skieurs autorisés mais tout est en bonne voie pour l’ouverture ce mois-ci des quatre stations suisses de notre domaine [qui en compte huit côté français] », indique Benoît Cloirec, coordinateur des Portes du Soleil. Domaine nordique mis à part, toute la partie française y sera donc sans surprise fermée. Ce lancement partiel de saison le 19 décembre ne manquera pas de points de curiosité du côté d’Avoriaz, de La Chapelle d’Abondance ou des Gets.

Outre ceux qui pourraient tenter d’accéder aux remontées mécaniques via la route, des amateurs de ski de rando français pourraient-ils chercher à accéder à travers le domaine aux pistes suisses ouvertes ? « On a demandé aux autorités un éclaircissement sur la pratique de cette activité, reconnaît Benoît Cloirec. En temps normal, le ski de rando ne concerne qu’une faible proportion de visiteurs chez nous, mais nous ne sommes pas à l’abri que ça devienne une tendance au vu du contexte cet hiver. En tout cas, ce ne sera pas notre rôle de contrôler le flux de Français tentant d’aller skier en Suisse. »