Coronavirus dans les stations de ski : Les Pyrénées se rebellent contre un Noël sans glisse

EPIDEMIE Vendredi à Bagnères-de-Luchon, une « marche solidaire » est prévue, pour protester contre la non-ouverture des stations de ski pour les vacances de Noël

Nicolas Stival

— 

La station de ski de Peyragudes, en Haute-Garonne.
La station de ski de Peyragudes, en Haute-Garonne. — Gaizka Iroz / AFP
  • Malgré la décrue de l’épidémie de Covid-19, le gouvernement joue la prudence et n’entend pas permettre aux stations de ski de faire tourner leurs remontées mécaniques pour Noël.
  • Dans les Pyrénées, comme dans d’autres massifs, colère et incompréhension se mêlent, sur fond de difficultés économiques.
  • Des actions sont prévues ce jeudi en Ariège, avant une marche organisée par un collectif fraîchement créé, vendredi à Bagnères-de-Luchon, en Haute-Garonne.

Ce n’est pas encore la guerre des Demoiselles, cette révolte paysanne qui a marqué le XIXe siècle ariégeois. Mais la colère est de moins en moins confinée dans les Pyrénées où, comme dans les autres massifs français, la décision de ne pas ouvrir les stations aux skieurs pour les vacances de Noël ne passe pas. Ce jeudi midi, des actions simultanées sont prévues en Ariège, aux Monts-d’Olmes et à Ax-les-Thermes, pour demander la mise en service des remontées mécaniques.

Dans les autres départements de la chaîne, ça bouge aussi. Vendredi à 14 heures, c’est à Bagnères-de-Luchon (plus communément appelée Luchon), en Haute-Garonne, que le tout nouveau « collectif du Haut-Comminges » appelle à une « marche solidaire » de commerçants, saisonniers et autres professionnels du tourisme.

« Nous voulons montrer que nous sommes en vie, mais que nous allons mourir », lance Christophe Deschamps, cofondateur le 26 novembre de ce mouvement avec la restauratrice Claire Darnaud. Près de 550 personnes ont déjà adhéré virtuellement à l’initiative sur Facebook. Ce mercredi après-midi, pendant que le patron de chambres d’hôtes se confie au téléphone, les flocons blanchissent les pistes. « Psychologiquement, c’est un coup de poignard, glisse-t-il. Cela fait deux ans que nous n’avons pas de neige et là, nous sommes partis pour dix jours de froid et de précipitation. »

Le combat « de toutes les vallées des Pyrénées »

Les annonces du Premier ministre Jean Castex, mercredi matin, ont fini de vider le carnet de réservation de ce Bordelais de 45 ans, qui a plaqué la Gironde et son boulot de fonctionnaire en avril 2019 pour changer de vie, sur les terres de ses vacances d’enfant : « J’ai 1.500 euros d’aides par mois, mais cela ne couvre même pas mon crédit, qui est de 2.000 euros. » Pour Christophe Deschamps, « ce n’est pas seulement le combat de Luchon, mais celui de toutes les vallées des Pyrénées qui vivent du ski. » « Les vacances de Noël, c’est 25 % du chiffre d’affaires de tous les commerces », précise-t-il.

« Pour Peyragudes, cette période représente entre 18 et 20 % de l’activité », chiffre quant à lui Laurent Garcia, directeur de cette station de sports d’hiver où 340.000 personnes se sont rendues l’hiver dernier, déjà tronqué par le premier confinement. Lui aussi sera mobilisé vendredi, comme de nombreux salariés et saisonniers d’autres stations du coin (Superbagnères, Le Mourtis, Bourg-d’Oueil…).

« Nous sommes prêts »

« Nous voulons dire : "ouvrez nos stations, nous sommes prêts", et faire pression sur les décisions du gouvernement. Nous serions capables d’ouvrir le 12 décembre. Or, la date qui se dessine, c’est plutôt le 15 janvier. » Cela représente donc un mois d’exploitation en moins sur les quatre habituels, alors « que la somme des coûts est répartie sur 12 mois », rappelle Laurent Garcia, entre les travaux, la maintenance des installations ou encore les campagnes de communication.

« On doit nous indemniser d’un quart de nos charges annuelles a minima », poursuit le responsable de Superbagnères qui, dans le meilleur des mondes, espérerait recevoir une contrepartie d’environ 1,2 million d’euros.

Au-delà de l’immense préjudice financier, ce sont les décisions gouvernementales qui ne passent pas, à Luchon comme ailleurs. La tentative de dissuader les skieurs français d’aller dévaler les pistes étrangères potentiellement ouvertes, en l’occurrence espagnoles ou andorranes, fait rire jaune les Commingeois. « Il n’y aura aucun contrôle », balaie Christophe Deschamps, qui rappelle que « les politiques locaux, tous bords confondus, nous soutiennent ».

L’appel à une gestion massif par massif

Pour bien marquer l’état d’esprit actuel, le collectif appelle à marcher vêtu de noir, ou alors des couleurs de sa station ou de sa profession, en rouge par exemple pour certains moniteurs de ski. « Nous demandons que les préfets, les départements ou bien les régions gèrent massif par massif, appuie Laurent Garcia. Au niveau du Covid, la situation est apaisée en Occitanie. »

Et n’allez pas évoquer le risque de surcharge des hôpitaux à cause des accidents de ski, de snowboard ou de luge. « Chaque année, nous avons 15 blessés directement envoyés des pistes à l’hôpital », rétorque le patron de Peyragudes, dont 500 salariés dépendent directement ou indirectement (restaurants, bars, loueurs de matériel…).

Selon Laurent Garcia, même dans une station fermée, il y aura toujours du monde pour tenter de glisser avec plus ou moins de bonheur et de prudence. « Les gens vont se retrouver dans des situations non sécurisées, face à des dangers non matérialisés que ce soit des pierres ou des ravins. »

Le fossé, justement, semble béant entre montagnards et gouvernement. Malgré la colère qui couve sous les bonnets, Christophe Deschamps et le « collectif du Haut-Comminges » appellent au calme. « Nous voulons que la marche soit très pacifique, sans incident ». Elle partira de la place de l’Église à Luchon, dans l’espoir, pourquoi pas, d’un miracle venu de Paris.