Bretagne : L’agriculture bretonne veut engager sa mutation et « produire moins » à l’avenir

AGRICULTURE Alors que son modèle productiviste vacille, la région veut monter en gamme et diversifier ses cultures

Jérôme Gicquel

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Illustration d'un élevage de porcs en Bretagne, région qui abrite environ 60% du cheptel porcin français.
Illustration d'un élevage de porcs en Bretagne, région qui abrite environ 60% du cheptel porcin français. — SEBASTIEN SALOM-GOMIS/SIPA
  • Première région agricole française, la Bretagne veut tourner la page de l’agriculture productiviste.
  • A l’avenir, les agriculteurs bretons devront donc produire moins mais mieux.
  • Région d’élevage, la Bretagne souhaite également diversifier ses cultures en développement notamment la production de protéines végétales.

Nourrir la France. Voilà la mission hautement stratégique qui a été confiée à la Bretagne au sortir de la Seconde guerre mondiale. A marche forcée, la région a donc délaissé son agriculture paysanne pour se tourner vers un modèle productiviste. Un changement de cap payant puisque la Bretagne est devenue au fil des années la première région agricole de France, un garde-manger qui produit 60 % de sa viande porcine, 43 % de ses œufs et un tiers de ses volailles.

Mais ce modèle vacille depuis quelques années et fait l’objet de critiques de toutes parts. « On n’a pas les yeux fermés et on voit bien que le monde change, on sait que l’on est attendu sur des questions sociétales, environnementales et sanitaires », souligne Didier Lucas, éleveur de porcs et président de la chambre d’agriculture des Côtes-d’Armor.

Le nombre d’agriculteurs en chute libre

L’agriculture bretonne se sait donc à un tournant et se prépare à engager sa transformation dans les prochaines années. « Mais nous resterons une terre d’élevage avec une agriculture qui continue d’exporter », assure André Sergent, président de la Chambre régionale d’agriculture. Une terre d’élevage qui devra toutefois « produire moins », et donc mieux, tout en assurant un revenu décent à ses agriculteurs. « Il faudra produire différemment avec moins de volume et plus de surface et de lien au sol », précise Didier Lucas.

La Bretagne n’aura de toute façon pas le choix car elle voit chaque année le nombre de ses agriculteurs exploitants baisser drastiquement  avec une installation pour quatre départs. « Traire les vaches, ça ne fait plus rêver les jeunes aujourd’hui », concède Loïc Guines, éleveur laitier passé en bio et président de la chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine. Les attentes des consommateurs ont aussi évolué, obligeant les agriculteurs à s’adapter à la demande. « Même les agriculteurs mangent moins de viande aujourd’hui, c’est terminé le pâté ou le lard au petit-déjeuner », sourit Loïc Guines.

Développer la production de protéines végétales

Pour réussir ce tournant « agro-écologique » salué par le président de région Loïg Chesnais-Girard, la Bretagne mise notamment sur la diversification de ses cultures. La chambre d’agriculture pousse ainsi pour le développement d’une production régionale de protéines végétales comme les lentilles ou le quinoa. « Et pourquoi pas du lin, du bambou ou du chanvre si cela répond à un marché », souligne Jean-Hervé Caugant, président de la Chambre du Finistère.

Si la réflexion est engagée, la mutation de l’agriculture bretonne ne se fera toutefois pas en un claquement de doigt. « Le temps de la transition n’est pas le temps de l’émotion », souligne Didier Lucas, réclamant « des encouragements » pour les agriculteurs. « Tout le monde devra d’ailleurs assumer ses responsabilités si on veut réussir ce virage à commencer par le consommateur, conclut Jean-Hervé Caugant. Mais acceptera-t-il de payer le prix ? ». Voilà tout l’enjeu pour l’agriculture bretonne, en passe d’écrire peut-être une nouvelle page de son histoire.