Coronavirus à Paris : Un recul très net de l’épidémie et de nombreuses questions en suspens

SANTE Le nombre de personnes contaminées par le coronavirus semble baisser plus rapidement dans la capitale que dans le reste de l’Hexagone

C.Po.

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A Paris, les chiffres sont désormais similaires à ceux de cet été.
A Paris, les chiffres sont désormais similaires à ceux de cet été. — Ludovic Marin/AP/SIPA
  • L'incidence, c'est-à-dire le nombre de cas pour 100.000 habitants, a baissé de près de 90% à Paris depuis la fin du mois d'octobre.
  • Le taux de positivité des tests dans la capitale est passé de 21% à 7% en un peu plus d'un mois.
  • Un peu plus de 70% des patients en réanimation sont contaminés par le Covid-19.

Début octobre, le frémissement des chiffres des contaminations au coronavirus dans la capitale avait suscité les premières lueurs d’espoir. « Mais personne ne s’attendait à une chute aussi marquée, c’est même assez mystérieux d’un point de vue scientifique », reconnaît Michèle Legeas, enseignante à l’Ecole des hautes études en santé publique, spécialiste de l’analyse et de la gestion des situations à risque sanitaire.

Depuis la fin du mois d’octobre, l’incidence de l’épidémie, c’est-à-dire le nombre de cas pour 100.000 habitants, a chuté de plus de 90 % à Paris. Elle est désormais, selon Santé Publique France, similaire à ce qu’elle était fin août : 58,7 contre 97,5 en moyenne dans l’Hexagone. Même constat pour le taux de positivité des tests : il est de 7 % là où il est de 11 % en moyenne en France. La capitale est désormais l'un des départements où la circulation du virus est la plus faible, alors même qu'il était l'un des plus touchés il y a quelques semaines. 

Les effets du couvre-feu et du confinement

Si la seconde vague n’est pas encore tout à fait derrière nous – près des trois quarts des lits de réanimation de la région sont occupés par des patients atteints par le Covid-19 – elle semble avoir reflué plus rapidement que lors du premier confinement. Et plus franchement que sur le reste de l’Hexagone. « Il y a probablement une conjonction de facteurs qui explique ces chiffres mais nous manquons de recul pour dire quel élément a été plus déterminant qu’un autre », insiste la chercheuse. Le couvre-feu, entré en vigueur dans toute la région le 17 octobre, suivi du confinement, suffisent-ils à expliquer cette baisse ? Ils ont sans aucun doute joué un rôle majeur, la baisse s’est amorcée début novembre, soit une dizaine de jours après le couvre-feu. Un tel recul n’a cependant pas été constaté dans les autres métropoles ayant fait l’objet de pareilles mesures.

L’immunité collective en question

Ce décalage pourrait-il s’expliquer par le fait que la région a déjà été très fortement touchée lors de la première vague ? Selon les modélisations de l’institut Pasteur environ 10 % des Franciliens ont contracté le Covid-19 au printemps, un chiffre qui s’établirait désormais entre 15 et 20 %. On estime que le virus arrêtera de circuler si 60 à 70 % de la population est immunisée. Mais ce chiffre pourrait être plus bas si les gestes barrières sont respectés et les interactions limitées. Dans le Canard enchaîné, le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, reconnaissait mi-novembre envisager la possibilité d’un début d’immunité collective. « C’est un sujet très chaud que nous avons sur la table avec nos collègues européens et qui pose la question de l’immunité collective à Paris, mais aussi à Londres ou à Rotterdam… Faut-il attendre qu’au moins 50 % d’une population soit immunisée pour pouvoir commencer à maîtriser le virus ? Ou peut-on se contenter d’environ 25 % ? »

Reste que ce recul, s’il est marqué, pourrait également être en partie lié à un biais méthodologique. De nombreux retards dans l’enregistrement des données ont été observés depuis le lancement des tests antigéniques, ces tests rapides qui peuvent notamment être faits en pharmacie. Ils ne remettent pas en cause la forte baisse de l’incidence mais pourraient la pondérer. « Les seules données vraiment sûres pour parler d’un recul de l’épidémie sont les hospitalisations et les réanimations », assure l’épidémiologiste et biostatisticienne, Catherine Hill. Les autres indicateurs, à commencer par l'incidence ou le taux de positivité sont liées aux politiques publiques. Ainsi, si on mène des campagnes de dépistages, par exemple dans les lycées comme c'est actuellement le cas, on aura forcément plus de cas négatifs et donc des taux plus bas.