Coronavirus : Le mois de décembre pourra-t-il sauver l’année 2020 ?

ESPERANCE Fait rarissime en 2020, plusieurs bonnes nouvelles se profilent au mois de décembre : déconfinement, fêtes de fin d’année, vaccin… Au point de sauver l’année ?

Jean-Loup Delmas

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Le bonheur, c'est comme le vélo : dès fois, on se casse la figure mais ça ne s'oublie pas
Le bonheur, c'est comme le vélo : dès fois, on se casse la figure mais ça ne s'oublie pas — xavier FRANCOLON/SIPA
  • Ça y est, nous sommes en décembre, et l’horizon semble un peu s’éclaircir : nous sommes déconfinés dans deux semaines, Noël arrive tout comme les vaccins, et les commerces ont même rouvert.
  • Toutes ces annonces d’un coup peuvent-elles sauver le moral des Français, plus que jamais en berne, et relancer l’économie ?
  • Si décembre pourrait marquer un net rebond de consommation, le moral des Français risque, lui, encore d’être sévèrement chahuté.

Ce matin, en prenant votre premier chocolat du calendrier de l’Avent, un fol espoir vous a peut-être envahi : et si décembre s’avérait un bon mois dans une année 2020, où rien ne nous aura été épargné ? Pour la première fois depuis longtemps, il semble y avoir même plus de bonnes nouvelles à venir que de mauvaises : nous serons (normalement) déconfinés le 15, les commerces ont rouvert, on pourra fêter Noël en famille, les chiffres du coronavirus sont en chute libre, plusieurs vaccins sont en cours de validation.

Dans ces conditions, le mois de décembre pourra-t-il sauver le bilan globalement assez pourri de 2020 ? Une mission complexe au vu du reste de l’année, et même de ce seul mois de novembre pendant lequel le moral des Français a atteint un plus bas depuis la crise des « gilets jaunes » en décembre 2018, selon un rapport de l’Insee.

Côté économie, les affaires reprennent

L’économiste Stéphanie Villers sèche un peu notre optimisme : non, on ne rattrapera pas toutes les pertes de l’année en un mois, aussi joyeux (et porté sur la consommation) soit-il. Néanmoins, s’il y a bien 30 jours qui peuvent un peu limiter la casse, c’est bien les 30 qui se profilent. Preuve en est pour elle, le bilan économique de ce dernier trimestre pourrait être dans le meilleur des cas similaire à celui de 2019, malgré un confinement en plein milieu, et est estimé en moyenne à une baisse de seulement 4 % par rapport à l’année précédente, preuve du rebond qui devrait s’opérer en décembre.

Ainsi, selon un sondage Cofidis publié dans le Parisien le 24 novembre, les Français ont prévu de dépenser en moyenne 603 euros rien que pour Noël, soit une hausse de près de 10 % sur le budget de l’an passé. « Tout laisse présager un clair rebond, appuie l’économiste. Les Français ont mis près de 100 milliards d’euros d’épargne cette année, dont 70 % détenus par les 20 % les plus riches. Or, c’est cette population qui consomme le plus de produits non-essentiels, celle la plus à même de relancer la croissance à Noël. » Joli timing donc.

Soif de revanche et d’achats

Ajouter à Noël la réouverture des commerces et le déconfinement et vous obtenez le cocktail parfait pour aboutir à un nouveau phénomène de revenge buying, à savoir une compulsion d’achats pour compenser le fait de ne pas avoir pu consommer normalement pendant des semaines. Un phénomène déjà observé lors du premier déconfinement en mai.

Et, très bonne nouvelle pour l’économie, ce ne sont pas les mêmes achats que l’on fait pour nos vacances d’été et pour Noël. « Il ne risque donc pas d’y avoir de doublons d’achats, s’enthousiasme Stéphanie Villers. En mai, ce sont les dépenses électroménagères qui ont bondi, alors qu’en décembre, on risque plus de voir des achats purement de plaisir. » D’autant plus pour faire des cadeaux à nos proches, moins vus cette année que les précédentes à cause du double confinement : « On va vouloir se gâter en famille », souligne l’économiste pour qui le déconfinement durant les deux périodes les plus fastes de l’année – l’été et les fêtes de Noël – aura permis de sauver pas mal les meubles.

Un bilan émotionnel contrasté

Côté moral, Robert Zuili, psychologue clinicien spécialiste des émotions, se montre sceptique : oui il y aura de la joie à retrouver les nôtres et à être déconfinés, mais aussi de la frustration : « Tout le monde ne pourra pas se réunir, et pas dans les conditions idéales. » Pas de vacances au ski, pas de voyage à l’étranger, pas forcément de visite à toute la famille, le masque dès qu’on sort de la maison : « Ce sera un Noël différent, moins magique et plus morose que les autres, et ça va provoquer du ressentiment », prédit le psychologue.

Sans compter la peur, « à la fois individuelle et collective ». Peur individuelle de contaminer ses proches et sa famille (ou qu’ils se contaminent en venant nous voir), peur collective que les fêtes de fin d’année soient un cluster national déclenchant une troisième vague et un troisième confinement.

Ne pas expédier trop vite les malheurs

Reste peut-être un bénéfice à décembre : être le dernier mois de l’année, et nous rapprocher du 1er janvier 2021, pour enfin tirer un trait sur 2020. « Un deuil symbolique se fera sûrement, le collectif aime résonner en étapes, et il y aura certainement une pensée "on a survécu à ça, c’est fini" », indique Robert Zuili. Mais attention au contrecoup et à ne pas penser que le réveillon expiera tous les malheurs, au risque d’une rechute morale.

Le psychologue prévient : « Malgré la symbolique du passage à une nouvelle année, le début de 2021 devrait ressembler à minima à cette fin 2020 : masque, gestes barrière, circulation du virus et crise économique. Si on s’attend à ce que tout aille mieux le 1er janvier, on risque un choc. » Et après 2020, véritable annus horribilis, ce serait dommage de commencer 2021 par de la déception.