Producteur tabassé à Paris : La détention provisoire des policiers, une mesure rarissime

VIOLENCES POLICIERES Deux des quatre policiers mis en examen dans l’affaire Michel Zecler, ce producteur de musique tabassé dans son studio, ont été placés en détention provisoire

Caroline Politi

— 

Paris, le 21 novembre 2020. Michel Zecler, un producteur de musique, est passé à tabac par des policiers. (Image extraite de la vidéosurveillance)
Paris, le 21 novembre 2020. Michel Zecler, un producteur de musique, est passé à tabac par des policiers. (Image extraite de la vidéosurveillance) — - / Michel Zecler / GS Group / AFP
  • Deux des quatre policiers mis en cause dans l’affaire Michel Zecler ont été placés en détention provisoire. Une mesure rarissime.
  • Le parquet avait requis une telle mesure pour éviter « un risque de concertation entre les auteurs ou de pression sur les témoins ».
  • Les policiers incriminés affichaient de bons voire d’excellents états de service.

La mesure est rarissime. Deux des quatre policiers mis en examen dans l’affaire Michel Zecler, ce producteur de musique tabassé samedi 21 novembre dans son studio d’enregistrement du 17e arrondissement de Paris, ont été écroués dans la nuit de dimanche à lundi. Les deux autres fonctionnaires incriminés ont été placés sous contrôle judiciaire. Mis en examen notamment pour des «  violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique » et, pour trois d’entre eux, « faux en écriture publique », ils ont également été suspendus à titre conservatoire.

De mémoire de flics, le placement en détention provisoire de policiers est, si ce n’est inédite, en tout cas exceptionnel. Ni dans le scandale de la CSI 93 où des fonctionnaires sont poursuivis pour des violences, des faux en écriture publique mais également du transport et de la détention de stupéfiants, ni dans l’ affaire Théo dans laquelle l’ITT était bien plus importante, ni même dans l’ enquête sur la mort de Cédric Chouviat de telles mesures ont été prises. « Cette décision est totalement incompréhensible et disproportionnée », déplore Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint du syndicat Alliance, qui dénonce une décision prise sous « la pression médiatique et politique ». A titre de comparaison, l’un des rares policiers écroué après avoir été mis en examen est le commissaire divisionnaire Michel Neyret condamné en appel à deux ans de prison ferme pour « corruption » et « association de malfaiteurs ».

« Troubles exceptionnels à l’ordre public »

En matière pénale, la détention provisoire reste une exception, la liberté, jusqu’à un éventuel procès, étant la règle. Lors d’une courte conférence de presse donnée dimanche soir, le procureur de la République de Paris, Rémi Heitz, a expliqué avoir demandé une telle mesure pour trois des quatre fonctionnaires – le juge des libertés et de la détention n’a donc que partiellement suivi les réquisitions du parquet – en raison des « troubles exceptionnels à l’ordre public » provoqués par l’infraction et pour éviter « un risque de concertation entre les auteurs ou de pression sur les témoins ». « C’est absurde, ces policiers ont tous des garanties de représentation, ils habitent relativement loin les uns des autres et tous avaient jusqu’ici de bons voire d’excellents états de service », poursuit le syndicaliste.

C’est notamment le cas du brigadier de 44 ans qui dirigeait ce jour-là l’équipe. Entré dans la police il y a près de 20 ans, l’homme avait obtenu lors de sa dernière évaluation d’excellentes appréciations. Il est décrit comme ayant une « bonne expérience du terrain » et un « sens policier avéré ». Le cadet de l’équipage, âgé de 23 ans, a également été placé en détention provisoire. Entré dans la police en 2017, il est décrit lors de sa dernière évaluation comme « motivé » et « sérieux ». Le troisième membre de l’équipe, placé sous contrôle judiciaire, affiche six années d’ancienneté. Il est décrit comme fiable et compétent.

Usage disproportionné de la force

Tous trois ont admis en garde à vue avoir fait un usage disproportionné de la force. Ils ont affirmé avoir agi sous « l’effet de la peur », selon les mots du procureur de la République, du fait de l’exiguïté des lieux et parce que Michel Zecler se débattait. Ils ont, en revanche, nié avoir tenu des propos racistes ainsi que l’affirme la victime, tout comme ils assurent ne pas avoir menti sur leur PV d’interpellation, ce qui est passible de la cour d’assises. Leur rapport, écrit le lendemain de l’intervention et auquel 20 Minutes a eu accès, dépeint pourtant un scénario bien différent des images de surveillance. Ils affirmaient avoir été traîné de « force » dans le studio et reçu de nombreux coups.

Le quatrième mis en examen est un gardien de la paix appelé en renfort pendant l’intervention. Il est soupçonné d’avoir jeté la grenade lacrymogène à l’intérieur du studio. Un geste qu’il justifie par des renseignements erronés de ses collègues.