Loi « sécurité globale » : La « Marche des libertés » a réuni plus de 40.000 personnes à Paris entre « honte » et « inquiétude »

MANIFESTATION Une semaine après une mobilisation nationale d’ampleur contre la proposition de loi « sécurité globale », des dizaines de milliers de manifestants ont participé à la « Marche des libertés » à Paris et dans plusieurs villes de France

Tom Hollmann

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Marche des libertés contre la proposition de loi  "sécurité globale", à Paris, samedi 28 novembre
Marche des libertés contre la proposition de loi "sécurité globale", à Paris, samedi 28 novembre — Tom Hollmann

« Traumatisme ». Le mot est sur toutes les lèvres ce samedi, à Paris, alors que des dizaines de milliers de manifestants – 46.000 selon le ministère de l’Intérieur - ont marché de place de la République, à place de la Bastille, pour protester contre la proposition de loi dite de  «Sécurité Globale».

Une semaine après une première mobilisation nationale à l’initiative du collectif « Stop ! Loi Sécurité Globale », – qui avait rassemblé environ 22.000 personnes sur l’ensemble du territoire selon le ministère de l’Intérieur – la controverse a été renforcée par l'évacuation musclée d'un camp de migrant lundi, et la révélation jeudi du passage à tabac de Michel Zecler, un producteur de musique, par quatre policiers.

Ce « traumatisme », c’est à la fois celui d’Yness, 26 ans, hôtesse de caisse profondément choquée de l’agression subie par Michel Zecler, que celui de Philippe, comédien d’une soixantaine d’années, pour qui cette agression est « une honte de trop pour la France et ses valeurs ». Tout deux étaient dans la manifestation parisienne de samedi, alors que plus de 130.000 personnes, selon le ministère de l’Intérieur, ont défilé dans 70 villes de France.

« Floutage de gueule »

Plus d’une heure après le départ du cortège mené par des organisations syndicales et des sociétés de journalistes, la place de la République était encore noire de monde. « Floutage de gueule », « République Benallanière », « Les filmer c’est nous protéger » : Des centaines de pancartes rivalisant d’inventivité ont été portées bras tendus pour protester contre « des dérives sécuritaires insupportables », pour reprendre les mots de Jean G., ingénieur de 39 ans.

Maëlla, 28 ans, porte également la sienne : « 1984 (en référence à la dystopie de Georges Orwell) n’est pas un manuel d’instruction ». « Je suis là car je ne supporte plus de voir notre pays mettre en place des lois toujours plus répressives et des états d’exception liberticides, explique cette avocate au barreau de Paris. Le véritable enjeu, il est dans l’éducation, dans l’acceptation de l’autre, pas dans la répression ».

« Darmanin, démission ! »

« La bien-pensance de messieurs Macron et Darmanin, on n’en veut pas ! » s’écrie Alice, juriste de 28 ans qui manifeste pour la première fois, outrée des violences observées cette semaine. Selon elle, les réactions du ministre de l'Intérieur et du président de la République, à la révélation des images du passage à tabac de Michel Zecler, sont bien trop faibles, voir « communicationnelles ». « Ce qu’on veut, c’est le retrait de cette proposition de loi, et à titre personnel, la démission du ministre de l’Intérieur ».

S’il est devenu courant de marcher au rythme des « Macron démission » en manifestation depuis la crise des « gilets jaunes », le nom du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a largement pris le pas sur celui du président de la République, ce samedi. « N’importe quel gouvernement aurait dû, a minima, débarquer le préfet de Paris (Didier Lallement), le ministre de l’Intérieur, et pourquoi pas même le premier ministre, s’indigne Lionel B., quarantenaire travaillant dans le secteur privé. Combien de temps encore allons nous laisser ce gouvernement bafouer nos valeurs ? »

Pour nos libertés fondamentales

Les « valeurs » de la France, c’est aussi ce qu’est venue défendre Nathalie, enseignante de 50 ans au collège. « Quand on touche à la liberté de la presse et à la liberté d’expression, on touche à nos libertés fondamentales », déplore-t-elle. Accompagnée de ses deux filles, elle se dit inquiète du monde qu’elle va leur laisser. « Il me paraissait important de leur montrer qu’en France, crise sanitaire ou pas, on se dresse pour nos droits. Je ne me le pardonnerais pas si elles se disaient que leur mère n’avait pas pris position aujourd’hui ! »

Des tensions sont venues entacher la manifestation à l’arrivée du cortège place de la Bastille à Paris, en contraste avec le calme constaté durant l’après-midi. Des affrontements ont éclaté entre manifestants et forces de l’ordre, qui ont utilisé leur canon à eau. Plusieurs feux dégageant d’importants panaches de fumées ont également été allumés, incendiant des voitures, du mobilier urbain, une brasserie et un kiosque à journaux. Neuf personnes avaient été interpellées vers 18h15, selon l’AFP, et 37 policiers blessés.

Pour sanctionner cette journée de manifestations, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a déploré « les violences inacceptables contre les forces de l’ordre »