Coronavirus à Toulouse : Plasma, antiviral... Les nouveaux moyens de traiter les patients Covid testés à Toulouse

SANTE En attendant l'arrivée du vaccin, les essais cliniques pour trouver un traitement efficace contre le Covid-19 se poursuivent au CHU de Toulouse

Béatrice Colin

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Au sein du service de réanimation de l'hôpital Purpan durant la crise du coronavirus.
Au sein du service de réanimation de l'hôpital Purpan durant la crise du coronavirus. — FRED SCHEIBER/SIPA
  • Le CHU de Toulouse participe à trois essais pour tenter de trouver un traitement efficace contre le SARS-Cov2.
  • Dans ce cadre-là, des patients sont traités avec du Remdesivir, mais aussi du plasma de malades convalescents et un antiviral au banc d’essai, le Manulpinavir.
  • Alors que la piste de l’hydroxychloroquine a été abandonnée depuis le printemps par les équipes du CHU, ces dernières utilisent couramment la déxaméthasone, de la cortisone, mais aussi l’oxygène à haut débit, deux « armes » qui ont permis d’éviter à nombre de patients le passage en réanimation.

L’annonce de l’arrivée de plusieurs vaccins contre le SARS-Cov2 ferait presque oublier à certains qu’il y a une autre piste sur laquelle la recherche se penche encore : trouver un traitement efficace contre ce coronavirus. A Toulouse, les médecins ont fait une croix depuis le printemps sur  l’hydroxychloroquine qui a tant fait débat.

Un temps utilisé dans le cadre de l’essai clinique international Discovery, auquel participe le CHU de la Ville rose, « on l’a interrompu », explique le professeur Pierre Delobel, chef du service des maladies infectieuses et tropicales.

Hydroxychloroquine, Remdésivir… Peu ou pas de bénéfices

« De façon univoque, les résultats montrent qu’il n’y a pas eu d’effets bénéfiques. C’est clair et net. Le débat scientifique est terminé : ça ne marche pas. Nous avons même eu des patients qui en ont pris qui ont eu des troubles du rythme cardiaque importants », détaille le médecin dont les équipes n’utilisent plus depuis le printemps la molécule tant défendue par Didier Raoult. Le lopinavir, connu dans le traitement du VIH, est aussi sorti des médicaments utilisés pour soigner les patients.

Les médecins toulousains continuent par contre à administrer du remdesivir aux patients volontaires, un antiviral intraveineux qui doit empêcher ou baisser la réplication virale au sein des cellules infectées. Une prescription réalisée dans le cadre uniquement de l’essai Discovery.

Car aujourd’hui, le médicament du laboratoire Gilead, mis au point au départ pour traiter la maladie à virus Ebola, est très décrié. « Pour l’instant, les études sont plutôt négatives, à part une étude américaine qui montre un effet bénéfique sur un sous-groupe de patients, sous oxygène mais pas grave. Pour trancher et conclure sur ça, on a besoin de continuer à avoir une étude de grande ampleur et donner une réponse », justifie le responsable des maladies infectieuses. Au total 34 patients ont intégré la cohorte de l’essai sur les 1.224 au niveau international, dont 25 depuis cet été.

Antiviral et plasma, plus prometteurs

Le professeur Delobel a plus d’espoirs dans d’autres essais lancés récemment et auquel participe le CHU de Toulouse autour du plasma et d’un antiviral. Le premier, initié par l’AP-HP, a démarré en novembre et consiste à transfuser une seule fois du plasma de convalescents à une centaine de patients infectés par le Covid, dont deux d’ores et déjà à Toulouse.

« Les donneurs ont été choisis parce qu’ils avaient un taux d’anticorps neutralisant très élevé dans le sang, ces convalescents ont eu une très bonne réponse immunitaire », explique Pierre Delobel. Un traitement que le CHU de Toulouse avait déjà utilisé hors essai clinique, à titre ponctuel, sur des patients qui avaient un déficit immunitaire, qui n’étaient pas capables de fabriquer des anticorps spontanément. Pour ces malades, qui souvent avaient une forme grave, « on a eu l’impression que ça fonctionnait », estime le praticien, sans tirer pour autant d’anticiper une conclusion.

Le CHU mise aussi sur le MK 4482. Derrière ce nom de code il y a le manulpinavir, un antiviral mis au point par le laboratoire allemand Merck et qui s’administre sous forme de cachets à prendre durant cinq jours matin et soir. « C’est un médicament qui inhibe une enzyme du virus qui l’aide à se multiplier. On est cruellement en défaut d’antiviraux », déplore le professeur Delobel. Les études démarrent par une recherche des doses efficaces, avant de vérifier de milliers de patients. Elle est menée auprès de patients hospitalisés mais n’ayant pas de forme grave ou des patients testés positifs lors de leur passage au drive-test et ayant des facteurs de risque.

Oxygénothérapie et cortisone validées

En attendant d’avoir des conclusions sur ces futurs traitements, les équipes de réanimation et du service des maladies infectieuses du CHU utilisent ceux qui ont fait leurs preuves depuis la première vague. « Ce qui marche, c’est la cortisone, la déxaméthasone, quand on la donne au bon moment chez les bons patients ayant un marqueur inflammatoire, c’est clairement un traitement bénéfique. C’est l’arme majeure de la prise en charge actuelle », tranche le chef de service, qui en prescrit à tous les patients qui s’aggravent avec un profil inflammatoire à J + 8 ou J + 10.

Ce traitement a permis d’éviter à bien des patients le passage en réanimation. Au même titre que l’oxygène à haut débit, « une avancée thérapeutique qui permet d’éviter l’intubation. Ça ne marche pas chez tout le monde, mais ça permet de passer le cap », conclut Pierre Delobel qui espère qu’un antiviral efficace sera trouvé. Si la piste du vaccin est prometteuse, on ne sait pas quand il sera déployé à grande échelle, on ne connaît pas encore la durée de sa protection, sans parler d’une possible mutation du virus lui-même.