Les forces de l'ordre qui frappent leurs boucliers en cadence, une technique habituelle de maintien de l'ordre ?

FAKE OFF Des internautes se sont émus de voir une unité de CRS frapper ses boucliers en cadence à l'approche d'un rassemblement organisé à Paris, mardi 24 novembre

Alexis Orsini

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Une compagnie républicaine de sécurité (CRS), le 17 novembre 2020, à Paris. (illustration)
Une compagnie républicaine de sécurité (CRS), le 17 novembre 2020, à Paris. (illustration) — CELINE BREGAND/SIPA
  • Tentative d'intimidation ? Nouvelle forme d'approche des manifestants ?
  • La vidéo virale d'une unité de Compagnie républicaine de sécurité (CRS) tapant en rythme sur ses boucliers à l'approche d'un rassemblement sur la place de la République, à Paris, a suscité les interrogations de nombreux internautes.
  • Cette technique est courante au sein des forces de l'ordre, comme le confirment à 20 Minutes la police nationale et deux journalistes habitués à couvrir des manifestations.

Mardi 24 novembre, sur la place de la République, à Paris, les personnes rassemblées pour dénoncer les violences policières et la « politique de non-accueil » des réfugiés n’auront pas eu à attendre que des membres d’une compagnie républicaine de sécurité (CRS) se postent à quelques mètres d’eux pour se rendre compte de leur présence.

Ces derniers leur avaient en effet annoncé leur arrivée grâce à la cadence régulière du battement de leurs matraques sur leurs boucliers, entretenue en rythme tout au long de leur progression vers la place de la République, comme on peut le voir sur la vidéo du journaliste Taha Bouhafs à propos de cette « scène flippante des CRS qui arrivent place de la République en frappant sur leurs boucliers pour intimider les manifestants ».

Au lendemain de l’évacuation décriée des réfugiés rassemblés sur la même place par la police, qui a donné lieu à l’ouverture de deux enquêtes judiciaires confiées à l’IGPN, et en plein débat autour de l’adoption du projet de loi sur la « sécurité globale », la séquence est vite devenue virale. Pour de nombreux internautes, elle est symbolique d’une posture menaçante des forces de l’ordre dans ce contexte de tensions. Mais cette pratique n’a en réalité rien d’inhabituel.

FAKE OFF

Contacté par 20 Minutes, Taha Bouhafs précise avoir filmé sa vidéo mardi « à 20h16 » : « Le rassemblement qui avait lieu au pied de la statue de la République commençait à se vider, certaines personnes voulaient lancer une manifestation sauvage sur le boulevard, en bloquant les voitures. C’est là que [les CRS] sont arrivés. Ils ont tapé sur leurs boucliers jusqu’à ce qu’ils arrivent à proximité des manifestants, avant de se mettre en ligne à côté d’eux et de ne plus bouger, même quand ils recevaient des projectiles. »

Le journaliste, habitué à couvrir des manifestations, avait déjà vu une telle pratique par le passé chez les CRS : « Dans les manifs un peu chaudes, ils tapent sur leurs boucliers pour un peu faire flipper les moins téméraires, comme pour dire "on arrive". Là, ce qui a choqué les gens, c’est que, dans le contexte actuel, ça ne va pas dans le sens de la désescalade, ça fait un peu "esprit guerrier". »

Le journaliste indépendant Clément Lanot, également présent au rassemblement organisé ce soir-là place de la République, estime que cette pratique de « matraquage » de boucliers est « assez courante » : « Je couvre des manifestations depuis 2016 et j’ai vu des forces de l’ordre frapper sur leurs boucliers une dizaine de fois, y compris lors de l’évacuation des réfugiés de la veille, à République. En général, quand les CRS font ça, c’est qu’il y a déjà des tensions avec les manifestants, donc les CRS veulent les repousser en les impressionnant, sans les charger ou les matraquer. Les manifestants n’aiment pas trop ça. »

Une technique enseignée aux CRS « depuis de longues années »

Joint par 20 Minutes, le service d’information et de communication de la police nationale (Sicop) nous confirme également que cette technique est « courante » au sein des unités de CRS : « L’acte de frapper sur le bouclier n’est pas une déclaration de guerre à l’endroit des manifestants. A l’occasion de manœuvres offensives, on distingue trois phases : le pas cadencé, qui peut être renforcé par l’impact sur les boucliers, le pas de gymnastique et la charge. »

« Face à une foule agressive, qui n’est pas dans une volonté d’apaisement, les agents frappent la cadence sur le bouclier avec leur bâton, avec deux effets recherchés. D’une part, créer un impact psychologique fort, dans les situations de trouble à l’ordre public. Et, d’autre part, donner un rythme à l’unité à l’occasion de sa progression. Les CRS sont formés à cette technique dans un cadre précis depuis de longues années », conclut le Sicop.