Coronavirus : L’isolement obligatoire des malades du Covid-19 peut-il fonctionner en France ?

MESURE SANITAIRE Durant son allocution mardi soir, le président Macron a évoqué l’idée de contraindre les malades du coronavirus à s’isoler, afin qu’ils ne transmettent pas le virus autour d’eux

Anissa Boumediene

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Le gouvernement contraindra-t-il les personnes contaminées par le Covid-19 à s'isoler?
Le gouvernement contraindra-t-il les personnes contaminées par le Covid-19 à s'isoler? — Engin Akyurt / Pixabay
  • Le chef de l’Etat l’a annoncé mardi soir, la France amorcera un assouplissement du confinement dès samedi.
  • Si les commerces dits « non-essentiels » pourront rouvrir, Emmanuel Macron a en revanche évoqué la possibilité de durcir le ton sur l’isolement des personnes contaminées par le Covid-19, afin d’enrayer la propagation de la maladie.
  • Le chef de l’Etat souhaite ainsi que soient déterminées « les conditions pour s’assurer de l’isolement des personnes contaminées, y compris de manière plus contraignante ».

Emmanuel Macron a annoncé la couleur ce mardi soir lors de son allocution télévisée : « Je souhaite que le gouvernement et le Parlement prévoient les conditions pour s’assurer de l’isolement des personnes contaminées, y compris de manière plus contraignante ».

Le gouvernement avait remis sur le tapis ces derniers jours la possibilité d’opter pour des mesures coercitives, afin de s’assurer que les personnes contaminées par le Covid-19 ne rompent pas leur isolement, au risque de transmettre la maladie. Mais comment isoler dans la contrainte ? Comment faire accepter cette mesure et en garantir sa mise en œuvre ? Le chef de l’Etat n’a pour l’heure évoqué aucune éventuelle sanction ou amende en cas de non-respect de l’isolement des malades, et n’a d’ailleurs pas parlé d'« isolement obligatoire ». Cette mesure est-elle appliquée à l’étranger ? Et fonctionne-t-elle ?

L’isolement obligatoire des malades du Covid-19 a-t-il une chance d’être accepté par la population française ?

Au pays des «Gaulois réfractaires au changement », et alors que ce second confinement est moins bien accepté par les Françaises et les Français que le premier, comment Emmanuel Macron compte-t-il emporter l’adhésion populaire face à un isolement contraint ? « Un vrai débat démocratique doit se tenir, mais si nous voulons éviter un confinement, nous devons être plus contraignants à l’égard de celles et ceux qui ont le virus », a-t-il justifié, en promettant que « ces personnes seront accompagnées sur le plan matériel, sanitaire, psychologique ».

Une annonce qui va dans le sens du collectif France Assos Santé, qui fédère 85 associations d’usagers de la santé, qui réclame un isolement plus strict avec « une restriction complète de déplacement et de visite » pour les personnes positives et leurs cas contacts. L’objectif : éviter un troisième confinement.

Le Premier ministre, Jean Castex, a de son côté fait part de son scepticisme : « Je suis persuadé que vous avez des gens, si vous leur dites "vous avez une obligation de vous isoler", ils ne se feront pas tester ». Des réserves partagées par le Dr Jean-Paul Hamon, médecin généraliste en Ile-de-France et président d’honneur de la Fédération des médecins de France (FMF). « L’intérêt d’un isolement obligatoire est limité, estime le médecin, je ne suis vraiment pas convaincu de la nécessité de voter une loi supplémentaire, qui soit coercitive. On n’a pas besoin de ça en ce moment. En outre, j’ai en tête l’exemple d’une famille entièrement contaminée : les gens sont contagieux avant même d’avoir des symptômes, donc ils contaminent leur entourage avant d’avoir été testés, donc avant de faire l’objet d’un éventuel isolement obligatoire ».

Comment ça se passe à l’étranger dans les pays qui ont rendu obligatoire l’isolement des malades ?

S’il a déjà été timidement tenté en France durant la première vague, l’isolement à la sauce hexagonale ne prévoyait alors aucun élément de contrainte. « Il s’est d’ailleurs soldé par un échec cuisant, les hôtels et établissements réquisitionnés au printemps sont restés globalement vides », souligne le Dr Jean-Paul Hamon. D’où le souhait du président Macron de le réaménager de manière coercitive.

L’isolement obligatoire a été mis en place à l’étranger, notamment chez certains de nos voisins européens, et assorti de sévères sanctions. Ainsi, en Italie, toute personne qui ne respecte pas sa mise en quarantaine encourt une peine de 3 à 18 mois d’emprisonnement et une amende allant de 500 à 5.000 euros. L’Espagne, elle, est encore plus stricte et prévoit une amende de 3.000 euros en cas de violation de son isolement, et qui peut grimper jusqu’à 600.000 euros en cas de récidive.

Et parmi les pays européens qui blaguent le moins sur le sujet, la Grèce est le pays qui a adopté la sanction la plus exemplaire. Athènes prévoit ainsi que toute personne contaminée par le Covid-19 qui viole volontairement sa quarantaine, mais sans entraîner de contamination, encourt une peine de cinq ans d’emprisonnement. Une peine qui peut grimper à dix ans si au moins une personne a été contaminée, voire quinze ans si la contamination a entraîné un décès. Et si le contrevenant entraîne la mort de plusieurs personnes, il risque la prison à vie. De quoi calmer les ardeurs.

Lorsqu’il est bien organisé et strictement respecté, l’isolement des malades du Covid se révèle efficace. C’est le cas en Corée du Sud et à Taïwan, où il se fait à grand renfort de technologie et de tracing des données du smartphone, pour s’assurer que chaque malade reste à la maison. La Corée du Sud est même allée jusqu’à imposer le port d'un bracelet électronique aux malades qui ne respectaient pas leur mise en quarantaine.

Comment organiser et contrôler l’isolement des malades en France ?

Ici, l’isolement obligatoire pourrait passer par « l’accompagnement et le soutien des sujets testés positifs », avec le « maintien des ressources matérielles (salaires ou rémunérations), l’obligation de fournir un lieu de résidence confortable et un lien permanent avec un accompagnateur », préconise France Assos Santé.

Le président de la République, lui, a assuré que « cette nouvelle stratégie associera, outre les services de l’État, les maires et leurs services comme les associations concernées ». Mais en pratique, qui dit isolement obligatoire dit logistique et contrôles importants. Et pour que la mesure fonctionne, il faut forcément dissuader celles et ceux qui seraient tentés de la contourner. D’où la proposition du groupe Agir (allié de LREM) à l’Assemblée nationale d’assortir le non-respect d’une quarantaine obligatoire d'une amende allant jusqu'à 10.000 euros.

« Cet isolement pourrait se faire à la demande des gens, quand ils n’ont pas la possibilité de s’isoler du reste du foyer dans une pièce à part, propose le Dr Hamon. Dans ce cas, cela peut avoir une utilité ».

La mise en pratique du souhait du chef de l’Etat devrait être détaillée jeudi par le chef du gouvernement, qui doit préciser les modalités des annonces présidentielles.