Coronavirus : Des écoles refusent-elles de considérer comme « cas contacts » des élèves ayant côtoyé des camarades testés positifs ?

FAKE OFF Le protocole sanitaire en vigueur dans les écoles suscite des doutes et des interrogations sur les réseaux sociaux

Alexis Orsini

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L'entrée d'une école primaire, en septembre 2020. (illustration)
L'entrée d'une école primaire, en septembre 2020. (illustration) — SICCOLI PATRICK/SIPA
  • Sur Twitter, plusieurs internautes s'alarment d'une conception pour le moins restrictive des « cas contacts » au sein des écoles primaires.
  • Ils s'étonnent de constater que des classes entières ne sont pas considérées comme cas contacts lorsqu'un élève a été testé positif au coronavirus.
  • Le protocole sanitaire de l'Education prévoit en effet que le personnel et les élèves ne constituent pas des « cas contacts » s'ils portaient un masque à proximité de l'élève positif, si ce dernier était lui-même masqué. 

Les écoles élémentaires auraient-elles tendance à sous-évaluer le nombre de cas contact observés parmi leurs élèves lorsque des cas positifs au coronavirus sont confirmés au sein de certaines classes ?

C’est ce qu’affirment plusieurs personnes sur les réseaux sociaux. L’une à travers un tweet affirmant : « Lorsqu’un élève a contracté le coronavirus, le "médecin conseil de l’ARS" [Agence régionale de santé] qui ne voit pas l’élève ni ne vient dans l’établissement déclare qu’il n’y a pas de cas contact. Comment s’étonner ensuite que la pandémie flambe ? »

Le tweet viral sur le protocole Covid-19 à l'école.
Le tweet viral sur le protocole Covid-19 à l'école. - capture d'écran/Twitter

L’autre sous la forme d’un e-mail (anonymisé) qui aurait été envoyé par un établissement à des parents d’élèves de CM2 pour les informer qu’« un élève de la classe que fréquente également [leur] enfant a été testé [au] Covid-19 », mais que « dans cette situation précise, les enfants de la classe ne sont pas considérés comme "cas contacts" et n’ont donc pas à être éloignés de l’école, même temporairement », conformément au « protocole sanitaire en vigueur ».

Or, si ces décisions peuvent paraître surprenantes, elles sont bien conformes, dans certains cas de figure, aux consignes nationales observées par les écoles.

FAKE OFF

Contactée par 20 Minutes, Dominique, l’internaute ayant partagé le courriel signé de l’école primaire où est scolarisée sa petite-fille se dit « très en colère » depuis sa réception, le 16 novembre, et face à des consignes sanitaires qu’elle juge « contradictoires » : « On nous a expliqué qu’à partir du moment où la personne contaminée porte un masque et les autres élèves aussi, ils ne sont pas considérés comme cas contacts. La question de renvoyer notre petite-fille à l’école s’est posée mais finalement elle y est retournée et n’a pas eu de souci, sachant que la petite positive [au Covid-19] est revenue dans la classe lundi. »

La décision prise par l’établissement est, de fait, conforme au protocole sanitaire en vigueur dans les écoles depuis le nouveau confinement, consultable sur le site de l’Education nationale. Celui-ci prévoit que les élèves ou enseignants ayant côtoyé une personne positive au Covid-19 au sein de l’établissement ne sont pas considérés comme cas contacts dès lors que le port du masque était respecté par toutes les personnes concernées.

« Lorsque le masque grand public est porté par un cas confirmé et une personne, cette dernière n’est pas considérée comme contact à risque », indique clairement le protocole, tout en précisant : « Lorsqu’un écolier est cas confirmé, les personnels ne sont pas considérés comme contacts à risque dès lors qu’ils portent un masque grand public de catégorie 1 […]. De même, les autres élèves de la classe ne sont pas considérés comme contacts à risque. »

En revanche, l’élève positif au Covid-19 doit bien rester loin de l’école pendant la durée d’isolement prescrite par son médecin. Et la direction de l’établissement doit établir, en concertation avec l’Agence régionale de santé concernée, la liste des personnes ayant été en « contact à risque » (donc sans masque) pour ensuite demander à ces dernières de rester isolées pendant sept jours – leur retour dans l’enceinte de l’école étant conditionné à un test négatif sept jours après leur dernier contact avec le cas positif.

Les classes fermées à partir de trois cas positifs

Dans un « FAQ » sur le coronavirus mis à jour le 19 novembre dernier, le ministère de l’Education nationale indique que l’ensemble des élèves et des personnels d’une classe sont considérés comme « contacts à risque » à partir de trois cas positifs dans la classe.

Jointe par 20 Minutes, Guislaine David, co-secrétaire générale et porte-parole du syndicat enseignant SNUipp-FSU, confirme que « l’exemple évoqué sur les réseaux sociaux correspond aux directives du ministère de l’Education nationale. »

« Le lieu à risque principal, c’est la cantine »

« Depuis la rentrée de novembre, tous les enfants doivent porter un masque à partir du CP. Quand l’Agence régionale de santé est contactée, en général, le médecin demande si l’enfant a mangé au sein de l’établissement car le lieu à risque principal, c’est la cantine, puisque les enfants ne portent pas de masque pendant les repas », poursuit Guislaine David.

Un protocole ouvertement déploré par le SNUipp-FSU, comme l’explique sa porte-parole : « Le fait de ne pas considérer les enfants comme cas contacts dès lors qu’ils portent un masque diminue d’autant le nombre de tests dans les écoles et le taux de positivité au Covid-19 alors qu’on considère qu’il y a un vrai risque, puisque beaucoup d’enfants sont asymptomatiques. » Selon la syndicaliste, « l’objectif du protocole est clair, c’est de ne pas détecter de cas contact à l’école pour éviter que les élèves soient isolés 7 jours à la maison. Il y a bien des cas de classes fermées à partir de 3 cas positifs mais il n’y a pas autant de classes fermées que de cas positifs à l’école. »

D’où l’appel du syndicat à « réaliser plus de tests », autant pour les élèves que pour le personnel, une stratégie qui pourrait être facilitée par la mise en place récente des tests antigéniques, fournissant un résultat plus rapidement – malgré certaines limites notoires.