Crise migratoire à Paris : La mairie repropose un hébergement dans le parc des expos de la porte de Versailles et l’espace Champerret

SOCIETE Après l’évacuation musclée et controversée de migrants ce lundi soir, place de la République, quelles solutions pour les près de 800 personnes qui errent toujours dans la rue à Paris ?

R.L.

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Des migrants ce lundi soir, place de la République à Paris.
Des migrants ce lundi soir, place de la République à Paris. — MARTIN BUREAU / AFP
  • Après l’évacuation de migrants qui venaient d’installer des tentes lundi soir place de la République à Paris, le dispositif policier est dans le viseur. 
  • Pour les migrants qui errent toujours dans la rue à Paris, la ministre du Logement, Emmanuelle Wargon, promet une « solution pour chaque personne dans les jours qui viennent »
  • La mairie de Paris réitère sa proposition auprès de l’Etat de mettre à disposition deux centres des congrès.

Plusieurs centaines de migrants, en errance depuis l’évacuation d’un important camp d'exilés à Saint-Denis la semaine dernière, ont monté lundi un nouveau campement dans le centre de Paris que les forces de l’ordre ont démantelé sans ménagement dans la soirée en faisant notamment usage de gaz lacrymogène. Des images de violences ont été relayées sur les réseaux sociaux et ont provoqué de vives réactions de « honte ». Un rassemblement à l’appel d’associations est organisé ce mardi soir sur cette même place de la République à 18 heures.

Le parquet de Paris a ouvert dans la journée une enquête pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique » à la suite d’un croche-pied fait sur un migrant par un policier alors que l’IGPN a été saisie à la demande de Gérald Darmanin. Le parquet de Paris a ouvert une seconde enquête après qu’un journaliste affirme avoir été « molesté » par un policier lors de l’évacuation.

« Nous demandons la démission du préfet de police et du ministre de l’Intérieur, l’arrêt immédiat des violences policières ainsi que des solutions d’hébergement immédiates et inconditionnelles », fait savoir de son côté l’association Utopia 56, qui a aidé les exilés à monter leur campement lundi. « Il faudrait la création de 1.000 places d’hébergement immédiat et inconditionnel afin de pouvoir mettre » ces personnes « à l’abri », ajoute-t-elle Alors qu’on estime entre 500 et 800 personnes qui errent toujours à la rue dans le nord-est parisien, la mairie de Paris réitère sa proposition auprès de l’Etat de mettre à disposition deux endroits : Une partie du parc des expositions porte de Versailles (15e arrondissement) et de l’espace Champerret (17e arrondissement).

« Nous proposons de mobiliser ces sites vides »

« Depuis vendredi, nous proposons à l’Etat par un courrier transmis au préfet de la région Ile-de-France, de mobiliser ces sites vides car en ce moment il n’y a pas de congrès. Nous avons discuté avec le gestionnaire pour qu’il propose à l’Etat des tarifs compatibles à de l’hébergement d’urgence et on aurait alors la possibilité d’héberger tous ceux qui ont été laissés sur le carreau depuis mardi dernier », explique à 20 Minutes Ian Brossat, adjoint à la maire de Paris en charge notamment de l’hébergement d’urgence et de la protection des réfugiés. Pour le moment, la mairie n’a pas eu de retours de l’Etat.

Les ministres de la Citoyenneté Marlène Schiappa et du Logement Emmanuelle Wargon ont demandé une prise en charge « sans délai » pour ces migrants de nouveau dans l’errance et sans solutions. « D’ores et déjà, 240 places sont identifiées par le préfet de la région Ile-de-France, en centre d’accueil et d’examen des situations administratives et dans les structures de l’hébergement d’urgence ». « Ce n’est pas suffisant », alerte Ian Brossat.

Sur BFM TV, Emmanuelle Wargon a précisé que « tout est mis en œuvre pour mettre rapidement à l’abri les 300 personnes qui étaient hier soir sur la place de la République ». « On est en train d’ouvrir un centre d’hébergement supplémentaire dans un centre de congrès dans le nord de Paris », affirme-t-elle sans en préciser davantage. Elle promet une « solution pour chaque personne dans les jours qui viennent » pour une situation qui ne date pas d’hier.

Quid de l’avenir ?

Depuis la crise migratoire de 2015, c’est le 65e démantèlement de grande ampleur en Ile-de-France, pour près de 300 opérations dites de « mise à l’abri ». Pour tenter de faire face à la crise migratoire dans la capitale, la mairie a ouvert récemment une halte humanitaire (anciennement à la Bulle de la Chapelle) au sein de l’ancienne mairie du 1er arrondissement gérée par l’Armée du Salut ou encore un centre d’accueil de jour pour les familles ou encore une maison des réfugiés. Mais Ian Brossat le répète : « L’hébergement des demandeurs d’asile relève de la compétence exclusive de l’Etat et de notre côté, nous allons au-delà des nôtres. »

« L’Etat doit assumer ses responsabilités ce qui n’est pas le cas aujourd’hui », conclut-il en déplorant une dégradation de la situation depuis plusieurs mois. « Il y a une stratégie de harcèlement policier qui s’est mise en place avec confiscations des tentes. Ce qu’on avait jamais vu jusqu’à présent. »