« Hold-Up » : L’Institut Pasteur va porter plainte contre X pour diffamation

JUSTICE Le documentaire donne la parole à un pharmacologue accusant le laboratoire français d’avoir créé le virus

M.A.

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Le film Hold-Up qualifié de documentaire, se démarque des autres vidéos complotistes diffusées jusqu'à présent sur le Web.
Le film Hold-Up qualifié de documentaire, se démarque des autres vidéos complotistes diffusées jusqu'à présent sur le Web. — 20 Minutes

L’Institut Pasteur contre-attaque. Accusé par le documentaire polémique Hold-Up d’avoir fabriqué le coronavirus, la fondation de recherche a confirmé, ce mardi à 20 Minutes, qu’elle allait saisir la justice.

Ultra-viral sur Internet, promu par des célébrités, Hold-Up décline en 2h40 sa thèse selon laquelle une vaste « manipulation » des gouvernants est à l’œuvre autour du Covid. Imitant les codes de l’investigation journalistique, cette vidéo aligne pourtant infox et allégations sans preuves.

Les passages du documentaire concernant le laboratoire « seront versés au dossier plus large remis à la justice dans le cadre de la plainte contre X pour diffamation », a confirmé la fondation à 20 Minutes, ce mardi.

Début septembre, l’Institut Pasteur avait déposé plainte contre X pour diffamation auprès du Doyen des Juges d’Instruction du Tribunal Judiciaire de Paris à la suite de la publication fin août de vidéos le mettant en cause. « Face aux informations de nature diffamatoire et aux propos mensongers diffusés à son sujet, l’Institut Pasteur dépose et déposera plainte chaque fois que nécessaire », nous a précisé la fondation.

Un démenti sur le site de l’Institut Pasteur

Et parmi ces allégations, celle sur le laboratoire. Le documentaire donne la parole à Jean-Bernard Fourtillan, professeur et pharmacologue, qui a été mis en cause pour avoir mené un essai clinique sur 350 malades de la maladie de Parkinson et d’Alzheimer en leur délivrant des patchs, sans le feu vert de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). D'après ce scientifique interrogé dans Hold Up, le virus « a été fabriqué par l’Institut Pasteur ». Le pharmacologue cite notamment le dépôt, en 2004, d’un brevet portant sur une « nouvelle souche de coronavirus associé au SRAS et ses applications ». Problème, ce brevet porte sur une souche du SRAS différent du Covid-19.

Cette théorie complotiste circulant sur les réseaux sociaux depuis plusieurs mois, bien avant la publication du documentaire, l’Institut Pasteur avait publié, le 18 mars dernier, un démenti sur son site Internet : « À l’époque, les équipes de l’Institut Pasteur se sont mobilisées, en proposant plusieurs stratégies vaccinales, dont un candidat-vaccin basé sur la plateforme rougeole (le vaccin rougeole peut être recombiné et utilisé comme un véhicule pour induire une réponse immunitaire contre d’autres agents pathogènes, ici SARS-cov1) ».

Un homme condamné pour diffamation

Dans le documentaire, le scientifique avance également que le coronavirus existait au moins depuis 2015. Un brevet intitulé « système et méthode pour tester le Covid-19 » existe bien. « Toutefois, ce brevet a fait l’objet de modifications », expliquaient nos journalistes de la rubrique Fake off dans un article publié la semaine dernière. « Initialement déposé en 2015, celui-ci portait alors sur l’utilisation de données biométriques. Il a ensuite été modifié en septembre 2020 pour porter sur une méthode de test du nouveau coronavirus ». ​

Et le laboratoire a déjà reçu le soutien de la justice. Début novembre, le tribunal correctionnel de Senlis a condamné un homme, qui avait publié une vidéo dans laquelle il portait ces accusations contre l’Institut Pasteur, pour diffamation. L’accusé a écopé d’une peine de 5.000 euros d’amende avec sursis et d’une obligation de publication du jugement sur sa page Facebook et dans trois journaux aux choix de la partie civile, à ses frais.