Lyon : Dès janvier, les TCL seront gratuits pour les plus démunis, est-ce une « fausse bonne idée » ?

TRANSPORTS EN COMMUN Le Sytral a adopté ce lundi la gratuité des transports pour les plus démunis à Lyon. Une mesure qui prendra effet le 1er janvier mais qui suscite déjà le débat

Caroline Girardon

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Les transports en commun de Lyon seront gratuits pour les plus précaires à partir du 1er janvier 2021.
Les transports en commun de Lyon seront gratuits pour les plus précaires à partir du 1er janvier 2021. — C. Girardon / 20 Minutes
  • Les élus du Sytral à Lyon ont voté ce lundi matin la gratuité des transports en commun pour les plus précaires : allocataires du RSA et du minimum vieillesse, bénéficiaires de l’allocation handicapé adulte et demandeurs d'asile.
  • Les étudiants et les demandeurs d'emploi sont les grands oubliés de cette décision qui prendra effet le 1er janvier 2021.
  • Cette mesure évaluée à 10 ou 12 millions d’euros par an divise pourtant les élus, craignant un ralentissement des investissements et donc de futurs projets de desserte de l’agglomération.

La décision a été votée ce lundi matin en comité syndical du Sytral. A compter du 1er janvier 2021, les transports en commun de Lyon seront gratuits pour les plus précaires. Entendez par là, les bénéficiaires du RSA et leurs enfants. Mais aussi les personnes âgées bénéficiaires du minimum vieillesse, celles qui touchent l’allocation adulte handicapé et les demandeurs d'asile. Cette mesure dite « solidaire » devrait concerner 130.000 personnes mais ne s'adresse pas aux demandeurs d'emplois.

Par ailleurs, un tarif unique de 10 euros, soit une réduction de 85 % sera également appliquée sur les abonnements plein tarif pour les bénéficiaires de l’allocation de retour à l’emploi, de l’aide aux chômeurs créateurs ou repreneurs d’entreprises ou encore les scolaires boursiers. Ce qui devrait concerner 70.000 personnes supplémentaires.

Un système inégalitaire ?

Si la mesure de gratuité a été saluée sur le fond, elle soulève néanmoins de nombreuses questions. « Consciente de la nécessité de venir en aide aux plus démunis », Michèle Vullien, conseillère métropolitaine centriste, s’interroge sur les conséquences de cette décision. « Allez expliquer au smicard, qui se lève tous les jours pour aller travailler, qu’il ne pourra pas en bénéficier », pointe-t-elle, persuadée que « la gratuité n’est pas la solution à apporter ».

« C’est un message négatif envoyé aux personnes qui retrouvent un emploi même avec un salaire au plus bas. La première des punitions sera de payer leurs transports », abonde Alexandre Vincendet, le maire LR de Rillieux-la-Pape, favorable à un tarif « modique » : « C’est donner de la dignité aux gens ». « Un euro symbolique ou un centime symbolique aurait été préférable à la gratuité, qui n’est jamais une bonne chose », surenchérit Daniel Valero, maire de Genas et vice-président de la CCEL, communauté de communes de l’est lyonnais.

Un frein aux investissements ?

Selon Michèle Vullien, la mesure adoptée lundi risque également de créer des inégalités territoriales. « La gratuité ne s’appliquera qu’à la métropole. Quid du reste du département du Rhône ? », questionne-t-elle, soucieuse également de la préservation des investissements durant le prochain mandat. Un point partagé par Alexandre Vincendet. « Le coût de cette mesure (entre 10 et 12 millions d’euros pour le Sytral) sera majoré si le nombre d’allocataires du RSA augmente ces prochaines années. Avec la crise économique et sociale que nous traversons, nous ne pouvons avoir aucune garantie », estime-t-il. Parlant d’une « fausse bonne idée », il s’inquiète que cela freine les investissements et ainsi la réalisation de futures lignes de transports.

« Si l’on rapporte cette somme aux 6 prochaines années, ce sont entre 60 et 72 millions d’euros en moins. Soit l’équivalent de 4 kilomètres de tramway T6 ou l’achat de 120 bus électriques », souligne à son tour Michel Le Faou, membre LREM du Sytral.

« Notre situation financière est saine. Ce geste n’obérera pas notre capacité d’investissement », répond Béatrice Vessilier (EELV). « Avec la crise sanitaire, le Sytral perdra 136 millions d’euros de recettes en 2020. C’est bien plus important que le montant du financement de la gratuité pour les plus démunis », ajoute le président du Sytral et de la métropole Bruno Bernard qui se veut par ailleurs rassurant pour les étudiants, grands oubliés de cette mesure (à l'exception des boursiers).

« Nous allons proposer quelque chose à la rentrée de septembre », promet-il. Et d’ajouter qu’il envisage de mener une étude sur des tarifs solidaires plus globaux cette fois. « Cela prendra quelques années mais l’objectif est d’y aller progressivement », ajoute-t-il, rappelant que pour la première fois, il n’y aura pas d’augmentation des tarifs en 2021, que ce soient pour les tickets de transports ou les abonnements. « Compte tenu de la crise sanitaire et de l’offre amoindrie durant les semaines de confinement, il nous paraissait juste d’adopter une telle mesure », conclut Bruno Bernard.