Adolescents : « Le manque d’activité physique expose à des problèmes de santé de façon certaine »

INTERVIEW Irène Margaritis, cheffe de l’unité d’évaluation des risques liés à la nutrition à l’Anses, lance l'alerte face aux risques pour la santé du manque d'activité physique des ados

Propos recueillis par Lucie Bras

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Le coronavirus pourrait aggraver ces comportements sédentaires.
Le coronavirus pourrait aggraver ces comportements sédentaires. — CRISTINA QUICLER / AFP
  • L’ampleur du temps passé devant les écrans et sans activité physique provoque des risques pour la santé de deux tiers des jeunes aujourd’hui en France, alerte une étude de l’Anses.
  • « La situation est très préoccupante. Le monde adulte doit faire en sorte que les jeunes acquièrent des comportements pour la santé, tant physique que mentale », prévient Irène Margaritis, autrice de l’étude pour l’Anses.

Trop d’écrans, pas assez d’activité physique. C’est en résumé le cocktail explosif qui menace la santé de plus en plus d’adolescents, selon une étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) publiée ce lundi. Un constat renforcé par les deux confinements successifs qui ont fait chuter l’activité de tous les Français.

Cette activité physique est pourtant nécessaire pour ces jeunes qui garderont ces habitudes une fois adultes et qui s’exposent à des risques de diabète, de surpoids ou de cancer. 20 Minutes a interrogé Irène Margaritis, cheffe de l’unité d’évaluation des risques liés à la nutrition de l’agence sanitaire, qui tire la sonnette d’alarme.

Quel est le constat dressé par cette étude ?

Le principal constat, c’est la très forte proportion de jeunes de 11 à 17 ans qui passent beaucoup de temps sur un écran et qui n’ont pas assez d’activité physique pour leur santé. C’est très visible : on a d’une part une attractivité des écrans qui fixe énormément l’attention des jeunes. D’autre part, aujourd’hui, les enfants ont des amplitudes de cours très larges, du matin au soir, ce qui laisse peu de possibilités d’avoir une activité sportive.

Pour ce qui est de l’activité physique, comme la marche à pied ou le vélo, elle a été très délaissée avec la culture du tout-voiture, qui fait que les enfants et adolescents ont pris l’habitude de se déplacer de façon motorisée.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris ?

Ce qui nous a surpris, c’est leur nombre. On savait que c’étaient des comportements qui existaient, mais on ne les pensait pas si nombreux. Ce sont deux tiers des adolescents qui sont dans une situation très défavorable à leur santé. Le problème, c’est que les ados et les parents n’ont pas conscience encore des risques que cela représente.

Le fait de ne pas avoir d’activité physique, on sait aujourd’hui que ça expose à des problèmes de santé de façon certaine. Etre sédentaire et inactif c’est en soit un risque pour la santé, les études le montrent. La situation est très préoccupante. Le monde adulte doit faire en sorte que les jeunes acquièrent des comportements pour la santé, tant physique que mentale.

Y a-t-il des facteurs de risque en fonction de l’âge ? Du lieu d’habitation ? Du milieu social ?

Les filles ont plus de mal à bouger que les garçons. C’est un décrochage assez marqué à l’adolescence, qu’on ne voit pas chez les enfants. Il y a pas mal de causes à cela : culturellement, le regard porté sur la fille qui bouge n’est pas le même que sur le garçon qui bouge. Chez les plus âgées, il y a un sentiment d’insécurité des parents quand les filles sortent. Ce sont des glissements successifs qui font que les filles sont plus sédentaires que les garçons.

Le milieu socio-professionnel joue aussi : les enfants et les adolescents de familles à faible revenu ou à faible niveau d’étude apparaissent les plus touchés par des niveaux de sédentarité élevés. L’âge également : à 15-17 ans, on est moins actif qu’à 12-14 ans.

Le Covid-19 a-t-il fait empirer les choses ?

Mécaniquement, le confinement a augmenté l’inactivité physique. Avec ce deuxième confinement, pas mal de lycées assurent les cours de sport une semaine sur deux seulement. Les ados, qui restent assis à faire leurs devoirs toute la journée, vivent un demi-confinement.

Pourquoi est-il important de pratiquer une activité physique ? Quelles maladies peuvent entraîner ces comportements ?

On constate plus de risques d’obésité et de surpoids, des problèmes directement liés au temps de sédentarité. On commence à voir du diabète de type II chez des ados et, ça, c’est nouveau. Avec les écrans, les ados sont très exposés aux pubs qui encouragent la consommation de certains aliments gras et énergétiques, et il y a plus de grignotage. Ces jeunes sédentaires développent des problèmes de santé à l’âge adulte, avec notamment des maladies cardiaques, métaboliques ou des cancers (sein, colon), que l’on sait liés en partie à l’inactivité.

Il y a aussi moins de bien-être : la sédentarité longue dans la journée peut augmenter les risques pour la santé mentale. On observe par exemple qu'il y a moins d’estime de soi, c’est un indicateur très important en psychologie. La sédentarité présente aussi des risques pour le sommeil : une qualité de sommeil moins bonne, un temps d’endormissement plus long, une nervosité accrue.

Quelles solutions pour les ados ?

L’éducation à l’activité physique démarre très tôt et souvent, on le néglige car l’enfant a une activité spontanée forte, qu’il perd ensuite peu à peu. Pour retrouver une activité physique, il faut une participation familiale, avec une implication des parents. Il y a aussi une responsabilité collective pour attirer les enfants et adolescents hors des écrans qui sont faits pour être le plus attractifs possibles. L’école doit en parler, leur dire que c’est très important.

Ces habitudes-là, on les retrouve à l’âge adulte et, quand elles sont installées, il est difficile de faire machine arrière. Les ados doivent comprendre dès aujourd'hui qu’il est essentiel pour eux d’aller dehors.