Coronavirus à Lourdes : Au bord du gouffre, 2.400 saisonniers ne croient plus à un miracle mais veulent des actes

SOCIAL Privée de pèlerins et de touristes, la cité mariale a vu baisser son activité économique et, avec, l’arrêt de travail de ses saisonniers. La présidente du collectif qui les rassemble a entamé une grève de la faim ce samedi

Béatrice Colin

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A Lourdes, les saisonniers ont planté des croix pour symboliser leur enterrement.
A Lourdes, les saisonniers ont planté des croix pour symboliser leur enterrement. — Collectif saisonniers
  • Avec la crise du coronavirus, la ville de Lourdes, qui vit des pèlerinages et du tourisme, connaît une baisse d’activités très importante.
  • La plupart des 2.400 saisonniers de la cité mariale sont en grandes difficultés, certains au RSA, d’autres bientôt en fin de droits chômage.
  • Réunis au sein d’un collectif, dont la présidente a entamé une grève de la faim ce samedi, ils demandent une année blanche à l’assurance chômage.

Alors que le miracle a fait la richesse de Lourdes, ses saisonniers eux n’y croient plus beaucoup. Depuis le mois de février, la plupart d’entre eux sont au chômage, quand ils y ont encore droit. Avec la crise sanitaire et les deux confinements, les pèlerins ont déserté les rues de la cité mariale des Hautes-Pyrénées.

Ce samedi, ces travailleurs précaires qui travaillent pour la plupart dans l’hôtellerie-restauration, ont manifesté pour crier leur désespoir à l’appel du collectif qui les représente. Mais à défaut d’attendre que l’horizon sur le front du Covid se dégage, ils ont décidé de demander un soutien fort de l’Etat.

Année blanche pour les droits au chômage

« Nous demandons une année blanche, que les doits au chômage soient prolongés d’un an, mais aussi la reconnaissance du statut d’intermittent du travail. Aujourd’hui, beaucoup sont au RSA et en décembre, près de 500 saisonniers auront perdu leurs droits », déplore Emilie Vivian, membre du collectif. Car si certains ont eu droit au chômage partiel, c’est loin d’être le cas des saisonniers.

Axelle Richardson, la présidente du collectif des saisonniers de Lourdes et sa vallée a entamé une grève de la faim.
Axelle Richardson, la présidente du collectif des saisonniers de Lourdes et sa vallée a entamé une grève de la faim. - Collectif saisonniers

A Lourdes, la plupart sont embauchés en avril, lorsque redémarre la saison. Mais cette année, avec un confinement en mars, aucun n’a signé de contrat et une partie se retrouve aujourd’hui sans la possibilité même d’avoir droit au RSA.

Pour faire avancer les choses, et face à la précarisation de nombreuses situations, Axelle Richardson, qui préside le collectif, a entamé une grève de la faim. Désespérée, elle se retrouve en difficultés comme nombre de ses collègues qui pour certains vont gonfler la queue des bénéficiaires de la Banque alimentaire ou peuvent compter sur la solidarité des commerçants.

« On nous dit d’aller chercher du travail ailleurs, sur les réseaux sociaux, on nous traite de feignasses. Mais du travail ailleurs il n’y en a pas, on n’est pas des pions interchangeables, on a nos vies ici, nos enfants scolarisés. Les gens sont qualifiés dans ce qu’ils font avec un public de pèlerins particuliers. Aujourd’hui, on ne fait pas l’aumône, on revendique nos droits, on veut qu’on respecte nos statuts », conclut Emilie Vivian.