Violences faites aux femmes : On a suivi la journée de mobilisation en ligne de #NousToutes

ACTIVISME 2.0 Tout au long de la journée, les militantes de #NousToutes et leurs invitées ont égrainé des tweets d’interpellation, pris la parole, donné des formations, mais aussi des concerts

Aude Lorriaux

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Capture du compte Instagram de NousToutes
Capture du compte Instagram de NousToutes — Capture

Il est 8h 22 ce samedi 21 novembre, et déjà la mobilisation a commencé. Sur un groupe WhatsApp comptant près de 200 participants et participantes, Caroline De Haas, cofondatrice de #NousToutes, poste un message : « Bonjour à toutes et tous ! Ceci est le seul message qui sera posté ici aujourd’hui. Nous sommes le 21 novembre. La journée de mobilisation contre les violences sexistes et sexuelles commence ! Notre objectif ? Faire un maximum de bruit, toute la journée sur les réseaux sociaux, pour sensibiliser le plus grand nombre de personnes contre les violences ».

Sur Instagram, Twitter ou Facebook, des petits carrés violets ont commencé à fleurir. C’est encore loin à cette heure d’être un raz-de-marée, mais la philosophe Camille Froidevaux-Metterie, ou la créatrice du collectif Stop harcèlement de rue Héloïse Duché, ont par exemple revêtu leurs habits violets.

Il faut dire que la mobilisation de #NousToutes, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes le 25 novembre, est en concurrence avec l’autre sujet du jour : la loi sur la Sécurité globale, adoptée vendredi soir par l’Assemblée nationale. Il n’empêche : ce samedi matin, l’expression « violences conjugales » est en « trending topics » sur Twitter, les sujets les plus discutés du réseau.

Affiches et interpellations

Les militantes de #NousToutes s’activent dans les coulisses. Vers 10h, un groupe WhatsApp propose de recopier ou d’imprimer une affiche comportant des informations sur le numéro d’écoute national contre les violences faites aux femmes, et de proposer aux commerçants et commerçantes de l’accrocher, ou encore de la « mettre dans le hall de votre immeuble ».

Affiche 3919
Affiche 3919 - Capture

Le même groupe propose quelques minutes plus tard d’interpeller le gouvernement et les parlementaires sur l’ampleur des violences sexistes et sexuelles en France, arguant que « depuis le Grenelle contre les violences conjugales, aucune réelle mesure de prévention des violences, dès le plus jeune âge, n’a été mise en œuvre par le gouvernement » et que « le budget consacré à la lutte contre les violences (361 millions d’euros) n’a pas été augmenté ».

Un lien renvoie vers un formulaire, puis un email vers un « mode d’emploi » pour cette interpellation. Les militantes sont guidées, avec des modèles de textes, pour interpeller le Premier ministre et son cabinet, les ministres ou les parlementaires par mail ou sur les réseaux. Une petite recherche indique que Gérald Darmanin ou Jean Michel Blanquer inspirent à cette heure un peu plus les militantes qu’Elisabeth Moreno ou Jean Castex :

Montage de captures d'écran de recherches associées aux messages de mobilisation de #NousToutes
Montage de captures d'écran de recherches associées aux messages de mobilisation de #NousToutes - A.L.

« C’est hyper important de rester mobilisé en ces temps troubles »

A la mi-journée, on se balade sur l’Instagram du compte de l’organisation. Jeanne Cherhal est en live, en chemise en jean devant un mur bordeaux. Elle a déposé à côté de son piano une petite statuette avec le poing levé, symbole de son engagement. « Aujourd’hui on ne peut pas marcher mais on est quand même là », dit-elle. Elle raconte son souvenir « très ému » du rassemblement de l’année dernière, et le concert à la Cité fertile qu’elle avait donné à l’issue de la marche. « C’est hyper important de rester mobilisé en ces temps troubles », dit-elle avant de chanter L’an 40, chanson écrite sur ses 40 ans de femme « un peu cabri, un peu gazelle », pleine d’énergie. On vous laisse découvrir la suite ici.

Formation à la non-violence

L’envie nous vient d’aller faire un tour sur l’une des sept formations organisées ce jour par l’association. A 13h30, c’était « Eduquer à la non-violence ». Geneviève de #NousToutes explique une des revendications de l’organisation : un brevet de non-violence obligatoire pour tous les collégiens. « Bien se conduire doit commencer dès le plus jeune âge », dit-elle, en paraphrasant la sécurité routière, qui délivre une attestation obligatoire pour passer le permis.

Sur le chat, les réactions sont nombreuses : « Il me semble que l’éducation se fait tout au long de la vie ainsi il serait intéressant de regarder l’éducation à la non-violence auprès de différents publics et non pas seulement auprès des enfants », commente par exemple Marie.

Extrait d'une formation donnée par l'association #NousToutes
Extrait d'une formation donnée par l'association #NousToutes - Capture

Live de Grace Ly

A 14h30, on a le choix entre un live de Grace Ly, journaliste et co-animatrice du podcast Kiffe ta race, ou une formation donnée par Caroline De Haas. On commence par la première, où Grace Ly apparaît en visio sur le même écran que Léonor Guénoun, militante à #NousToutes.

Grace Ly explique aux auditrices et auditeurs la notion d’intersectionnalité, qui « permet de comprendre que nous sommes à l’intersection de plusieurs discriminations ». Elle donne l’exemple de femmes asiatiques âgées ciblées dans une ligne de bus par des agresseurs : « Le procès a démontré le caractère à la fois sexiste et raciste de ces agressions », résume-t-elle.

Extrait du live de Grace Ly par #NousToutes
Extrait du live de Grace Ly par #NousToutes - Capture

Un quiz s’affiche à l’écran

Au même moment, Caroline De Haas est en train de donner les mises en garde habituelles pour ce type de formation aux 500 et quelques participantes du Zoom « Comment accompagner une victime de violence ». « Les formations peuvent réactiver des traumas, et dans ce cas-là il vaut mieux quitter la formation », prévient-elle. Puis elle déroule le programme : « Savoir qualifier les violences, transmettre des outils, connaître les phrases clés, se mettre à la place, adopter la bonne posture et enfin savoir orienter ».

Un quiz s’affiche à l’écran, avec la première question : « Des massages répétés par un collègue dans le cou sont une agression sexuelle, vrai ou faux ? ». De nombreux « vrai » s’affichent dans la colonne de chat. C’est faux : « L’agression sexuelle est un contact avec une partie considérée comme sexuelle. » Toutes les formations seront disponibles en rediffusion sur le Facebook de #NousToutes dès le 23 novembre.

Extrait d'une formation donnée par NousToutes
Extrait d'une formation donnée par NousToutes - Capture

Journée marathon

Toute l’après-midi, conférences et lives s’enchaînent : l’élue EELV et militante féministe Alice Coffin, la fondatrice de l’association Chance et protection pour toutes, Anita Traoré, l’auteur du livre Dans l’enfer des foyers et membre du Conseil National de la Protection de l’Enfance, Lyes Louffok, la syndicaliste de la CGT Sophie Binet, et bien d’autres encore prennent la parole sur Instagram, les chanteuses Mathilde et Pauline Croze donnent de la voix, tandis que sur les autres réseaux sociaux les tweets d’interpellations et les visuels de sensibilisation se multiplient.

La journée marathon se terminera à 21h avec un questions/réponses de Caroline De Haas et Léonor Guénoun, qu’il est encore temps de suivre par ici.