Disparition d’Estelle Mouzin : Michel Fourniret hospitalisé après un malaise, l’espoir de découvrir la vérité s’éloigne-t-il ?

SANTE Il a été pris en charge par le Samu et les pompiers puis transporté au CHU Henri Mondor, dans le Val-de-Marne

Vincent Vantighem

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Le déplacement de Michel Fourniret dans les Ardennes, entamé lundi, a pris fin vendredi sans avoir permis de retrouver le corps d'Estelle Mouzin
Le déplacement de Michel Fourniret dans les Ardennes, entamé lundi, a pris fin vendredi sans avoir permis de retrouver le corps d'Estelle Mouzin — FRANCOIS NASCIMBENI / AFP
  • Agé de 78 ans et atteint par des troubles neurologiques, Michel Fourniret a fait un malaise dans sa cellule de la prison de Fresnes, ce vendredi matin.
  • Déjà condamné à la perpétuité incompressible, il a, ces dernières années, reconnu son implication dans la disparition de trois jeunes femmes et dans celle d’Estelle Mouzin.
  • Son état fait craindre qu’il ne puisse jamais livrer l’endroit où il a dissimulé le corps d’Estelle Mouzin même si de nouvelles fouilles sont prévues le 7 décembre.

Fin octobre, lors des recherches du corps d’Estelle Mouzin dans les Ardennes, la juge Sabine Khéris avait prévu un fauteuil roulant pour faciliter la tâche de Michel Fourniret. Le tueur en série ne s’en est pas servi. Mais tout le monde a pu s’apercevoir qu’il avait tout de même pris un « sérieux coup de vieux », comme le résume un des avocats présents sur place.

Agé de 78 ans, « l’ogre des Ardennes » a fait, ce vendredi matin, un malaise dans sa cellule du centre pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne). La porte-parole du ministère de la Justice a confirmé à 20 Minutes qu’il avait été pris en charge par le Samu et les pompiers et qu’il avait été transporté à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil. Selon nos informations, il a été victime d'un problème cardiaque et il a été admis en réanimation.

« Il ressemble presque à un clochard »

Atteint par des troubles de type neurologiques, selon une expertise médicale réalisée en 2018 et que 20 Minutes a pu consulter, Michel Fourniret avait donné de grands signes de faiblesse ces derniers mois, alors que les investigations se multipliaient, notamment au sujet de la disparition d’Estelle Mouzin dont il a reconnu être à l’origine.

« C’est un vieux monsieur désormais, lâche ainsi un avocat qui l’a côtoyé à plusieurs reprises. Par moments, on voit qu’il est paumé. » Un enquêteur confirme : « Lors des reconstitutions, il avait parfois l’air de ne pas reconnaître les gens autour de lui. Il est confus comme une personne âgée… Il est capable de dire que le café est bon. Et dans la foulée de ne pas se souvenir en avoir bu… »

Surtout, celui qui a écopé de la peine la plus lourde (réclusion criminelle à perpétuité incompressible) n’a plus rien de l’homme qu’il était, si ce n’est le regard bleu glaçant. Les cheveux en bataille, la barbe hirsute, « il ressemble presque à un clochard », lâche un spécialiste qui a suivi les récentes opérations judiciaires. Et son jogging informe et ses deux grosses chaussures à scratch – deux chaussures droites d’ailleurs par souci de confort – dissimulent mal les problèmes de rétention d’eau et d’incontinence dont il souffre désormais. « On s’est aperçu que la crise du coronavirus l’avait encore un peu isolé et qu’il en avait pâti », souffle l’une de nos sources.

Scepticisme à l’idée de la voir comparaître un jour

Il y a quelques semaines encore, l’un des avocats impliqués dans la procédure ne cachait pas son scepticisme à l’idée de le voir un jour comparaître devant une cour d’assises pour les derniers crimes qu’il a avoués. Déjà condamné pour les meurtres et assassinats de huit jeunes femmes, Michel Fourniret avait, ces dernières années, reconnu son rôle dans les disparitions de Joanna Parrish, Marie-Angèle Domèce et Lydie Logé. Mais c’est surtout l’affaire Estelle Mouzin qui l’avait remis sous les feux des projecteurs.

Plus de dix-sept ans après la disparition de l’écolière de Guermantes (Seine-et-Marne), la juge Sabine Khéris était parvenue à obtenir de lui des aveux. Mais les opérations de recherches menées cet automne afin de retrouver le cadavre de la fillette n’avaient rien donné. « Fourniret a pointé du doigt plusieurs endroits sur la carte, mais sans aucune certitude », confie une source qui a participé aux récentes opérations de recherche.

La colère d’Eric Mouzin, le père d’Estelle

Le malaise dont il a été victime, ce vendredi, ne risque pas d’arranger les choses. Mais d’intensifier encore un peu plus la colère d’Eric Mouzin, le père d’Estelle, qui se bat depuis 2003 pour savoir ce qui est arrivé à sa fille. Interviewé par 20 Minutes en 2019, il ne cachait pas sa frustration de voir que l’on avait attendu aussi longtemps pour s’intéresser au rôle du tueur en série dans la disparition de sa fille. « C’est parce que son cas et celui de Monique Olivier n’ont pas été mieux examinés plus tôt qu’on en arrive là maintenant », critiquait-il alors. Raison pour laquelle il a décidé, il y a deux ans déjà, d’attaquer l’État français pour « faute lourde », pointant du doigt la mauvaise gestion du dossier de la disparition de sa fille.

Très efficace depuis qu’elle a repris en mains le dossier, la juge Khéris ne veut pas baisser les bras pour autant. Selon nos informations, elle a prévu à partir du 7 décembre une nouvelle session de fouilles autour du château du Sautou (Ardennes) où l'ogre a vécu un temps. Peut-être l'ultime chance de retrouver le corps d'Estelle Mouzin.