Marseille : Le « Vaisseau bleu » est-il le bâtiment le plus laid de la ville ?

ARCHIMOCHE? « 20 Minutes » s’intéresse aux bâtiments qui ne laissent pas indifférents. Certains les qualifient de « laids », d’autres apprécient leur architecture. A Marseille, on a choisi de vous parler du « Vaisseau bleu » qui abrite le conseil départemental

François Maillet

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Les bâtiments qui ne laissent pas indifférents les Marseillais — 20 Minutes
  • Dans le paysage, on ne voit que ces bâtiments. Massif, trop haut, pas harmonieux, raté, etc. sont les adjectifs qui reviennent pour évoquer ces constructions qui au final sont devenues des emblèmes de nos villes. La tour Eiffel est l’un des exemples les plus manifestes. Dans la série Archimoche ?, «20 Minutes» s’intéresse aux bâtiments qui ne laissent pas indifférents, qui détonnent voire que certains qualifient de « laids ».
  • A Marseille, le « Vaisseau bleu » qui abrite le conseil départemental est arrivé en tête des mauvais suffrages attribués par nos lecteurs.
  • Cet édifice érigé en 1994 par l’architecte anglais William Alsop dans le quartier Saint-Just a le chic pour s’attirer les foudres des Marseillais.

Il y a peu, 20 Minutes a posé cette question presque anodine à ses lecteurs : « Quels sont, selon vous, les édifices qui méritent de figurer dans le classement des bâtiments les plus laidsde Marseille ? » Les réponses ont fusé avec, en pole position, le… « Vaisseau bleu » du conseil départemental. Cet édifice érigé en 1994 par l’architecte anglais William Alsop dans le quartier Saint-Just a le chic pour s’attirer les foudres des Marseillais.

« C’est d’un kitsch. J’ai mal aux yeux chaque fois que je passe devant », avance Ludo, alors que Philippe est plus péremptoire encore : « C’est une verrue dans notre ville magnifique ». Un terme peu flatteur revenant à plusieurs reprises dans les témoignages. « Ce « Bateau bleu », on peut avoir l’impression qu’il a été posé là par la marée », confirme Cédric Geeraert, architecte et urbaniste au cabinet Tangram, à Marseille. Cherchant à comprendre l’aversion d’une partie des habitants pour ce lieu, nous nous sommes tournés vers ce professionnel. Lequel livre plusieurs pistes à brûle pourpoint.

Un lieu « déconnecté du quotidien des habitants »

« C’est avant tout l’hôtel du Département, un bâtiment institutionnel. Il doit donc être important pour exister politiquement. Nous sommes dans un secteur de la ville où se trouvent de grandes voies de circulation, et il est situé sur un immense carrefour. Architecturalement, il doit donc s’imposer pour être à l’échelle de son environnement. Mais il est déconnecté du quotidien des habitants, qui ne s’y rendent que très rarement. » Difficile en effet de s’approprier un lieu quand il vous est étranger.

Ensuite, poursuit l’architecte, « ce bâtiment est posé comme un Ovni à Saint-Just. C’est un objet politique et contemporain dans un quartier ancien, avec une forme qui ne renvoie à rien de connu, à quelque chose que l’on pourrait dater. Il n’est pas intégré, il ne fait pas de jonction, d’où le sentiment de rejet. » Cependant, sa couleur azur – choisie pour rappeler la mer – doit plaire à certains, puisque Jean Nouvel l'a reprise sur son nouveau bâtiment d’habitation situé en face du conseil départemental. Peut-être que le « Bateau » serait en train de façonner son port, et qu’il sera un jour accepté dans un quartier évoluant à son image…

« Prenons l’immeuble du Corbusier, par exemple, complète Cédric Geeraert. Il a été fortement décrié à sa construction, on ne voulait pas y habiter. Aujourd’hui, les gens le défendent, il fait partie du quartier, il en est même devenu un monument. Certains viennent de loin pour le visiter. » Et l’architecte d’avancer : « La population pourrait s’approprier le « Vaisseau » par le passage, en établissant une relation ». A Martine Vassal, présidente de département, d’organiser des portes ouvertes. Mais peut-être est-ce inutile, puisque « quand on fait un bâtiment de cette importance, c’est pour qu’il soit vu et connu. Et de ce côté-là, c’est gagné ! » conclut malicieusement Cédric Geeraert.