Paris : Le siège du PCF, un bloc de béton dont « la magie fonctionne toujours »

ARCHIMOCHE? « 20 Minutes » s’intéresse aux bâtiments qui ne laissent pas indifférents. Certains les qualifient de « laids », d’autres apprécient leur architecture. A Paris, on a choisi de vous parler du siège du Parti communiste français dans le 19e arrondissement

R.L.
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Les bâtiments « laids » de la capitale, selon les Parisiens — 20 Minutes
  • Dans le paysage, on ne voit que ces bâtiments. Massif, trop haut, pas harmonieux, raté, sont les adjectifs qui reviennent pour évoquer ces constructions qui au final sont devenues des emblèmes de nos villes. La tour Eiffel est l’un des exemples les plus manifestes. Dans cette série, 20 Minutes s’intéresse aux bâtiments qui ne laissent pas indifférents, qui détonnent voire que certains qualifient de « laids ».
  • Le siège du PCF dans le 19e arrondissement, œuvre de l’architecte Oscar Niemeyer, a étonné dès sa sortie de terre en 1971.
  • Mais la force du génie brésilien est encore vive, « sa modernité et son utopie » font que « la magie fonctionne toujours », explique Matthieu Salvaing, photographe et auteur du livre Oscar Niemeyer (Editions Assouline).

« Le siège du PCF ne sera pas simplement un bon exemple d’architecture, mais une marque de la société socialiste qui s’impose déjà avec la force d’une nécessité historique », prédisait en 1965, l’architecte brésilien Oscar Niemeyer, lors d’une exposition organisée par le Musée d’art décoratif du Louvre. Une prophétie, dont on trouve encore une trace dans un supplément spécial de Révolution. Si l’hebdomadaire du Parti communiste français s’est éteint en 1995 et a été relégué au rang d’archive, il reste néanmoins consultable dans le cœur du projet de Niemeyer : « la maison des communistes français » inaugurée en 1971.

Près de cinquante ans plus tard, à côté d’un rond-point grisâtre figé dans le temps, au 2, place du Colonel-Fabien dans le 19e arrondissement de Paris, le siège du PCF résiste toujours. A l’occasion d’ un appel à participatif lancé par 20 Minutes auprès des Parisiens et des Parisiennes sur les bâtiments qui suscitent le débat car ils ne laissent pas indifférents, plusieurs monuments de la capitale sont revenus : la Tour Montparnasse, cette « verrue parisienne » ou la Basilique du Sacré-Cœur régulièrement désignée, elle, comme la « verrue versaillaise », par les adorateurs de la Commune. Mais le siège du PCF a également été cité. Alors, 20 Minutes a décidé de se pencher sur ce bloc de béton armé de l’est de la capitale, à l’heure où le leitmotiv des alliés écologistes d’Anne Hidalgo (PS) est de se libérer de ce matériau.

« Bunker de luxe » et « sublime forteresse »

Des bureaux en extérieur, une vie souterraine, des couloirs arrondis mitraillés de moquette, des portes de navette spatiale et une coupole qui abrite la somptueuse salle du comité central… Le bâtiment détonne dès sa sortie de terre. Il est décrit comme un « bunker de luxe » par L’Aurore, une « sublime forteresse », par Le Monde. L’œuvre ne laisse pas indifférente. L’essence même de l’art ? « A l’époque, l’immeuble lui-même surprend. Si sa silhouette est devenue familière et même classique, on continue à s’étonner, par exemple, de la façon dont il repose sur la pointe en quelque sorte d’un triangle isocèle inversé », écrit  L’Humanité dans son édition de décembre 2012, rendant hommage à Oscar Niemeyer alors décédé à l’âge de 104 ans.

Car le style architectural du siège du PCF est indissociable de son créateur, génie brésilien, exilé en France, ancien élève de Le Corbusier et animé par la liberté. Son style : les courbes. Sa matière : le béton. Et un mantra se défendant de potentielles critiques : « Le béton n’est pas responsable de la laideur », disait-il. Architecte iconique et bâtisseur prolifique, il a à son actif la ville de Brasília qu’il a monté de toutes pièces, Le Volcan du Havre, la Bourse du Travail de Bobigny et le siège du PCF. Qui, il en était persuadé, deviendrait « un centre de curiosité et d’attractions architecturales ».

« Pas des plus fonctionnels mais la magie fonctionne toujours »

Matthieu Salvaing, photographe, auteur du livre Oscar Niemeyer (Editions Assouline) qui a collaboré durant vingt ans avec l’architecte en parle encore avec émotion. « Ses courbes étaient celles du Pain de Sucre [à Rio], des plages, et des femmes. Il y a chez Niemeyer une modernité et un brutalisme avec le béton. Et cette vision futuriste et utopique qui lui appartient et qui crée la magie », explique-t-il à 20 Minutes. Mais le futur vieillit-il bien ?

« C’était une époque et il était honnête avec toutes ses contradictions. C’est de l’architecture qui n’était à mon avis peut-être pas des plus fonctionnels et aujourd’hui on se rend compte que le béton que ça ne respire pas. Mais la modernité, l’aspect futuriste et la magie fonctionnent toujours. » Tant la lumière de la salle du conseil national qui « part du sol et rayonne sur les murs » semble encore opérer.

La salle principale du siège du PCF
La salle principale du siège du PCF - JACQUES DEMARTHON / AFP

« Dès qu’un artiste veut quelque chose de moderne il va au siège du PCF »

Le bâtiment - « haut lieu du mouvement ouvrier » dépourvu de « luxe », selon Georges Gosnat, trésorier du PCF, en 1971- a été divisé en deux en 2008 et une partie devient l’Espace Niemeyer pour faire face aux problèmes financiers du PCF. Très vite, une autre foule que les aficionados du « Grand Soir » s’y pressent. Dès 2004, Prada y organise un défilé. Puis, des cinéastes, des artistes arpentent les couloirs du Parti pour capter la lumière si unique de la salle du comité central. Dernier exemple en date avec la chanteuse belge Angèle pour son clip Jalousie.

« Le siège était devenu un truc des seventies délaissé. Mais il a été redécouvert. Il est désormais utilisé et réutilisé à outrance. Il est redevenu iconique. Dès qu’un artiste veut un shooting photo, un clip, un défilé moderne il va au siège du PCF », réagit Matthieu Salvaing qui se souvient de sa dernière rencontre avec Oscar Niemeyer à Rio. La discussion avait alors tourné autour d’une question : La beauté peut-elle sauver le monde ? « Il m’avait répondu que oui et que cela passait par l’être aimé, par la femme. Jusqu’à la fin, l’humain est resté au cœur de sa philosophie ».