Confinement en Gironde : Le patron d’une auto-école en grève de la faim tant qu’il ne « rouvrira pas »

Covid-19 Le patron d’une auto-école de Sainte-Foy-la-Grande a entamé une grève de la faim il y a une dizaine de jours pour protester contre les mesures sanitaires qui lui interdisent de donner des leçons de conduite

20 Minutes avec AFP

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Le patron de cette auto-école de Sainte-Foy-la-Grande est en grève de la faim contre les mesures sanitaires qui l'empêchent de travailler
Le patron de cette auto-école de Sainte-Foy-la-Grande est en grève de la faim contre les mesures sanitaires qui l'empêchent de travailler — MEHDI FEDOUACH / AFP

« Tant que je ne rouvrirai pas, je ne mangerai pas », affirme Patrice Reynaud, 60 ans. Installé devant son établissement, le patron d’une auto-école à Sainte-Foy-la-Grande (Gironde) observe depuis dix jours une grève de la faim pour protester contre les mesures sanitaires qui lui interdisent de donner des leçons de conduite, a-t-il indiqué mercredi.

« Organisé pour tenir six à huit semaines », il entend « attirer l’attention des pouvoirs publics sur leurs décisions inadaptées, coupées du terrain », a-t-il expliqué, « je fais ça pour tous ceux dont le seul moyen de vivre est leur petite entreprise, les restaurateurs, les coiffeurs… ».

Selon lui, son auto-école a perdu 100.000 euros depuis le début de la crise sanitaire

Patrice Reynaud, qui dit avoir déjà perdu cinq kilos et n’absorber que « de l’eau, du jus d’orange et du café », affirme n’avoir pas hésité à se lancer dans cette « action » en dépit de son diabète. « J’ai subi le premier confinement, je ne voulais pas subir le deuxième ! Si je ne faisais rien, je ne pourrais pas me regarder dans la glace… ».

Selon lui, son auto-école a perdu 100.000 euros depuis le début de la crise sanitaire et son compte en banque est dans le rouge de 55.000 euros. Il dit aussi avoir mis un point d’honneur à payer ses cinq employés depuis mars, même s’il a dû se résoudre à les mettre en chômage partiel début novembre. Pour autant, le Girondin, qui déplore n’avoir reçu aucune marque de soutien de sa profession, ne veut pas d’aides de l’Etat. « Je préfère que l’entreprise rouvre plutôt que d’aller mendier, je veux travailler ! ».

« Je rentre chez moi tous les deux jours pour me laver, me changer »

Le sexagénaire a installé sur le trottoir une tente bleue dans laquelle il dort, avec des messages « pas d’argent », « pas de dons », « pas de cagnotte Internet merci » épinglés. « Je rentre chez moi tous les deux jours pour me laver, me changer », dit-il. Une infirmière passe prendre sa tension régulièrement.

La mention « En grève de la faim » s’étale en gros sur la devanture de l’auto-école, avec un courrier adressé aux autorités, et un cahier de doléances a été ouvert à la signature des passants. « On est trois générations à avoir passé notre permis ici, c’est la famille », assure Nelson, 23 ans, qui dit venir presque tous les jours.

« On m’a dit d’aller faire un tour aux urgences et qu’après je fermerai ma gueule… »

« Dans la grande majorité, les réactions sont positives mais certains qui ont été touchés par le Covid, m’ont insulté », raconte le sexagénaire aux cheveux grisonnants et à la barbe fournie. « On m’a dit d’aller faire un tour aux urgences et qu’après je fermerai ma gueule… Mais je ne mets personne en danger, c’est l’Etat qui met des gens en danger (financièrement) ».

Patrice Reynaud avait tenté de continuer les leçons de conduite à l’annonce du reconfinement mais les gendarmes sont venus, selon lui, le rappeler à l’ordre au bout d’une semaine.