A la station de métro
A la station de métro — B. Colin

RECONSTRUCTION

Après une série de fusillades mortelles, les Izards espèrent sortir du cliché de quartier de la drogue

Béatrice Colin

Quelques semaines après les fusillades mortelles qui ont eu lieu aux Izards, les habitants du quartier populaire saturent de la délinquance et de la réputation qui colle à leur lieu de vie

  • Au cours de l’été, plusieurs fusillades mortelles ont eu lieu au sein du quartier des Izards sur fond de guerre de territoire liée au trafic de drogue.
  • Le Premier ministre a annoncé le 9 octobre dernier l’affectation de trente policiers d’ici à deux ans qui doit permettre « une reconquête du territoire, préalable au développement des projets » assure le maire de Toulouse.
  • En attendant, les habitants, à bout, essaient de réinvestir le terrain avec les moyens du bord.

Les immeubles sont flambants neufs, loin de l’image d’un quartier décrépi ou l’insalubrité guettait le moindre HLM. Depuis un peu moins de cinq ans, les barres délabrées des Izards ont peu à peu laissé la place à de petites résidences plutôt coquettes au bardage de bois. Une rénovation urbaine à coups de millions d’euros pour ce quartier toulousain qui a vu grandir Zebda.

Mais ces investissements n’ont pas stoppé le trafic de drogue. Ces dernières années, les Izards en sont même devenus un haut lieu, supplantant en termes de rentabilité le très populaire Mirail. De quoi aiguiser les appétits, surtout après l’arrestation de plusieurs pontes « d’Izards Industrie », le label que les dealers se sont auto attribués. La place laissée libre, cet été, une guerre de territoire a vu le jour, faisant quatre morts à coups de règlements de compte. Il y a plus d’un mois, le Premier ministre en personne y avait fait le déplacement, annonçant son placement en zone de reconquête républicaine, avec à la clé une trentaine de policiers affectée au cours des deux prochaines années.

Des épaves devant l'entrée du stade Rigal, dans le quartier toulousain des Izards (illustration).
Des épaves devant l'entrée du stade Rigal, dans le quartier toulousain des Izards (illustration). - B. Colin

Ce mardi, le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, était de retour dans la cité populaire pour y rencontrer la population et entendre son ras-le-bol. Mais aussi faire un constat sur place. Car derrière les beaux immeubles, il y a la réalité des squats. Comme celui qui se trouve au bout du terrain de foot du stade Rigal. « On a perdu pied ici », reconnaît un agent de la Métropole devant l’édile venu visiter ces installations de la rue Raphaël. Certaines salles sont occupées, « et dès qu’on les ferme, elles sont rouvertes », poursuit-il.

« Reconquête du territoire, un préalable »

« Et ça s’est intensifié avec le confinement. Pour rassurer les parents, on a fait virer les squatteurs, mais ce qu’il faudrait, c’est quelqu’un en permanence pour garder les locaux », avance Mohamed Benguenaoui du  KD Boxing, qui s’occupe d’une soixantaine d’enfants. Devant une rangée d’épaves qui obstrue l’entrée du complexe sportif, ce dernier l’avoue sans détour : « on se sent parfois délaissés, c’est de la survie ». Et pour appuyer ses dires, il énumère aux élus les problèmes du quotidien, des excréments qui jonchent le sol aux difficultés à financer les équipements, souvent volés aussitôt installés.

Les adjoints venus sillonner le quartier aux côtés de Jean-Luc Moudenc notent consciencieusement les requêtes sur des petits morceaux de papier, promettant de trouver des solutions. « Pour les évacuations de squat, l’enlèvement de véhicules, le maire n’a pas la main. Si on organise une surveillance avec un agent municipal et qu’il est menacé, ça ne marchera pas. Il y aura ici bientôt 30 policiers dédiés à ce territoire limité géographiquement, si on arrive à rétablir la sécurité, nos projets vont de développer. L’inconvénient, c’est que l’actualité occulte le travail de fond de la collectivité », assure le maire de la Ville rose qui réfléchit toutefois à compléter le parc de sept caméras de vidéosurveillance.

Des moyens, pour le quotidien

Ce dernier évoque alors la politique de reconstruction de logements pour plus de mixité sociale, les investissements futurs dans un équipement public enfance et loisirs mutualisé avec d’autres services pour un montant de 5,5 millions d’euros ou encore la rénovation du stade Rigal pour 2 millions d’euros d’ici trois ans. « J’ai entendu des gens dire qu’on abandonnait le quartier, à partir du moment où on veut le transformer, ça prend du temps », relève Jean-Luc Moudenc.

Mais certains habitants sont impatients. Comme ces mères de famille réunies autour d’une table au sein du petit local d’Izards Attitude. Là, on parle bénévolat et engagement dans la lutte contre le décrochage scolaire ou accompagnement psychologique pour les enfants parfois traumatisés par les fusillades à répétition. « Avant la sécurité il y a la prévention, il faut mettre le paquet sur la prévention. On est convaincu de ce que l’on fait parce qu’on le fait avec le cœur », martèle Yamina Aïssa Abdi, l’enthousiaste présidente de l’association.

Mais comme tout un chacun, elle est aussi confrontée à des problèmes terre à terre comme l’amplitude horaire des salles pour accueillir l’aide aux devoirs dispensés par les parents eux-mêmes. « Et puis ici, l’association paye 250 euros de loyers par mois à Toulouse Métropole Habitat, c’est un poids, à la fin de l’année ça compte », plaide Salah Amokrane, coordinateur du Tactikollectif et ancien conseil municipal, qui veut jouer la carte du concret, loin des visites ministérielles du mois dernier.