Lyon : Privés de festivités, les vignerons s’organisent pour faire déguster le beaujolais nouveau

VIGNOBLE Pour la première fois, les festivités traditionnelles liées à la sortie du beaujolais nouveau n’auront pas lieu ce jeudi en raison du Covid-19. Mais dans le vignoble, de multiples initiatives ont fleuri pour permettre au public de découvrir le primeur

Elisa Frisullo

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Des visiteurs célèbrent le "Beaujolais nouveau" à Beaujeu, dans le Rhône, Illustration
Des visiteurs célèbrent le "Beaujolais nouveau" à Beaujeu, dans le Rhône, Illustration — Jeff Pachoud AFP
  • Pour la première fois, la sortie du beaujolais nouveau ce troisième jeudi de novembre s’organise loin des festivités habituelles en raison de la crise sanitaire.
  • Malgré ce contexte et la petite récolte de cette année, les vignerons se sont adaptés pour valoriser leurs vins et permettre la découverte du primeur au public.

Ce mercredi soir, les rues de Lyon resteront désertes et privées de l’effervescence habituelle qui accompagne la mise en perce du beaujolais nouveau, organisée chaque année dans la ville et dans le beaujolais pour fêter l’arrivée du primeur. Une tradition vieille de soixante-dix ans à laquelle les vignerons ont dû renoncer pour la première fois en raison de la situation sanitaire. Mais Covid ou non, dans le Beaujolais, les producteurs de vin ont multiplié les efforts et les initiatives, pour permettre au public de découvrir le primeur, dès ce troisième jeudi de novembre, et pour valoriser leurs vins.

Car dans les vignes aussi, cette année 2020, empêtrée dans les crises sanitaire et économique liées au coronavirus, laissera des traces. « On a réussi de manière générale à passer le premier confinement sans trop de dégâts. Avant mars, on avait pris un peu d’avance sur les ventes. Et puis lors du premier confinement, la consommation de vin à domicile a été bonne pour notre style de vignoble », souligne Dominique Piron, président d’Inter Beaujolais, l’interprofession des vins du Beaujolais. Si bien qu’à fin juin, les ventes de vin étaient quasi équivalentes à 2019. « Collectivement, il n’y a pas trop d’angoisse, on devrait s’en sortir, ajoute le vigneron. Mais c’est inégal, il y a des situations très difficiles ».

Un millésime compliqué

Dans nombre de domaines, le reconfinement est venu assombrir le moral des troupes, peu épargnées non plus côté météo. « On cumule un peu. L’année dernière, c’était la grêle et la sécheresse. Cette année, c’est aussi un millésime un peu compliqué. Avec la sécheresse, la vigne a souffert et a manqué d’eau », ajoute Julien Bertrand, dont le domaine familial existe depuis les années 1950 à Charentay. Dans cette exploitation, où l’on produit des crus, des beaujolais village blancs et du primeur, la récolte a été limitée. « C’est une toute petite récolte, équivalente à 2019. On part avec des stocks très bas. Mais c’est une très jolie récolte en termes de qualité », ajoute Dominique Piron, soucieux que la sortie du primeur et les fêtes de fin d’année soient bénéfiques pour les ventes.

« Nous avons moins de vin mais tout ce qui a été embouteillé, nous voulons le vendre », souligne le président d’Inter Beaujolais. Pour valoriser le travail des vignerons et les soutenir pendant cette crise sans précédent, l’organisme a multiplié les campagnes de promotion, sur les réseaux sociaux notamment. Malgré les restrictions sanitaires, de multiples événements sont prévus au cours des prochains jours. Au domaine Bertrand, Julien, qui a repris l’exploitation familiale avec le soutien de ses parents, retraités actifs, propose des paniers dégustation avec, pour accompagner le primeur, des saucissons, du lard au gène (marc de raisin) et des huîtres du Cotentin. « Sur trois jours, vendredi, samedi et dimanche, nous avons 180 paniers commandés par nos clients et beaucoup d’habitants de Charentay. Ils ont vraiment joué le jeu pour nous soutenir », se réjouit Julien, qui reste combatif malgré le contexte.

Des ventes en chute libre

En 2020, son domaine a vu ses ventes baisser de 40 %. « On vend en circuit court. Notre clientèle, des restaurateurs et des cavistes notamment, a une activité réduite ou stoppée. Nous faisons aussi pas mal de salons qui n’ont pas pu avoir lieu. Alors forcément, tous nos créneaux ont été impactés, confie-t-il. Mais nous ne sommes pas les plus à plaindre car nous avons pu continuer à travailler ».

« Sur le beaujolais nouveau, nous sommes à 25 % de ventes en moins. Ceux qui travaillent en circuit court, avec les salons et les petits caveaux, ont plus de difficulté que ceux qui ont un système de distribution plus organisé, avec des grossistes, à l’export ou avec la grande distribution », explique Dominique Piron.

« Mais on y croit, on s’accroche, on reste motivés et on fait tout ce qu’on peut pour tenir le choc », ajoute Julien. Un leitmotiv dans le vignoble, où des ventes en drive, livraisons à domicile et accueil dans les domaines sont organisés jusqu’à dimanche soir. Parmi les multiples occasions de goûter le primeur, référencées sur le site Les Rendez-vous Beaujolais, Caroline et François D’Haene, propriétaires du domaine de Germain à Saint-Julien, ont opté pour l’originalité. Ultratrailer réputé, ce vigneron a décidé d’enfourcher son vélo pour livrer ses bouteilles dans la région, à Grenoble, Lyon ce mercredi et Gap samedi. Au domaine d’Ouilly, à Arnas, un drive permet aussi de récupérer des paniers, avec ou sans rendez-vous, et des livraisons gratuites sont possibles autour du domaine.

A Belleville-en-Beaujolais, Quincié-en-Beaujoalis et Dracé, les commerçants, dont les boutiques sont restées ouvertes pendant le confinement, ont mis la main à la pâte pour soutenir les producteurs du coin. Une dizaine de magasins met ainsi en avant les vins des domaines alentour. Des idées pour faire le beaujolais nouveau à domicile et perpétuer -un peu- la tradition.

« C’est sûr que ça enlève de la convivialité. Le beaujolais nouveau est par excellence un vin de fête, de partage. Habituellement, on est 140 dans le caveau pour la sortie du primeur, avec tout le monde sur les tables et de la musique. Mais il faut s’adapter, estime Julien. J’espère juste qu’on n’aura pas à le refaire l’année prochaine… »