Montpellier : Vous avez élu la mairie, le Triangle et l'Arbre blanc les bâtiments les plus laids de la ville

ARCHIMOCHE ? « 20 Minutes » s'intéresse aux bâtiments qui ne laissent pas indifférents. Certains les qualifient de « laids », d'autres apprécient leur architecture. A Montpellier, on a choisi de vous parler de la nouvelle mairie, du Triangle et de l'Arbre blanc

Nicolas Bonzom

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Les bâtiments qui ne laissent pas indifférents les Montpelliérains — 20 Minutes
  • Dans le paysage, on ne voit que ces bâtiments. Massif, trop haut, pas harmonieux, raté, etc. sont les adjectifs qui reviennent pour évoquer ces constructions qui au final sont devenues des emblèmes de nos villes. La tour Eiffel est l’un des exemples les plus manifestes.
  • 20 Minutes s’intéresse à ces bâtiments qui ne laissent pas indifférents, qui détonnent, voire que certains qualifient de « laids ».
  • A Montpellier, le Triangle, mais aussi, plus étonnant, la nouvelle mairie et l’Arbre blanc sont les édifices qui ont suscité le plus de rejet chez nos lecteurs.
  • Nous avons demandé à Gilles Cusy, professeur à l’école d’architecture de Montpellier, de décrypter les doléances des habitants à l’égard ces bâtiments.

Montpellier(Hérault) regorge de merveilles. Le Peyrou, l’opéra ou la place de la Comédie font le ravissement des touristes, et rayonnent, sur Instagram. Mais d’autres édifices piquent un peu les yeux. 20 Minutes a lancé un appel aux habitants, pour connaître les bâtiments qu’ils considèrent comme les plus moches de la ville.

Le Triangle, et, plus étonnant, l’Arbre blanc et la mairie sont les trois qui cristallisent le plus les doléances. Nous avons demandé à Gilles Cusy, professeur à l’école d’architecture, de décrypter les rejets que les habitants éprouvent pour ces édifices.

La nouvelle mairie

L’hôtel de ville de Montpellier, inauguré en 2011, est le bâtiment pour lequel les lecteurs éprouvent le moins d’affection dans la capitale de l’Hérault. Imaginé par les architectes Jean Nouvel et François Fontès, le bâtiment surplombe le Lez. « Massif », « trop sombre », un édifice « sans aucune âme », se plaignent-ils. « Il paraît que c’est du bleu », s’interroge Chantal, qui voit plutôt, elle, un bâtiment noir. « Nous sommes au pays du soleil ! », s’exclame-t-elle. Emmanuelle est d’accord : c’est un « gros truc noir ! ».

La mairie de Montpellier
La mairie de Montpellier - N. Bonzom / Maxele Presse

Julia y voit même « une prison futuriste » et le compare à l’Etoile noire, la station spatiale construite par Dark Vador, dans Star Wars. Ils sont plusieurs à comparer la mairie au funeste projet du seigneur sith. « Un bunker, aux couleurs tristes, sans rapport avec la Méditerranée, renchérit Didier. Il pourrait être le siège de services secrets, d’une administration militaire. Rien d’accueillant… Un comble pour un hôtel de ville ! » « On dirait un monument funéraire, c’est froid et trop imposant », regrette un autre lecteur. Le bâtiment n’inspire à un autre qu’un « empire de la bureaucratie ».

C’est aussi son intégration à l’environnement qui est pointé. « Son architecture est trop tranchante » avec le paysage, note Marine. Thierry y voit même une « tache dans l’écrin de verdure où elle se trouve ». Une « verrue », déplore Francis. Une « vision cauchemardesque qui pollue le cadre bucolique des rives du Lez », lâche Jeff.

« L’architecture de Jean Nouvel a toujours été un peu brutaliste, c’est une architecture forte, qui s’impose au paysage, explique Gilles Cusy, professeur d’architecture. Il est souvent très difficile d’appréhender une architecture en son temps, il faut parfois un certain temps pour l’assimiler. La mairie souffre sans doute de ce rapport-là : c’est une réalisation moderne, abrupte, puissante. Il faut, dans les villes, des projets singuliers comme celui-là. Il faut, sans doute, lui laisser du temps, pour qu’elle soit appréciée. »

Le Triangle

Construite dans les années 1970 sur le square où s’arrêtait le petit train de Palavas-les-Flots, elle est l’une des tours les plus hautes de Montpellier. Posé entre la place de la Comédie et le Polygone, le Triangle, aux allures d’escalier géant, abrite un hôtel, la librairie Sauramps, mais aussi une galerie marchande, en sous-sol, quelque peu désertée ces dernières années. Et, selon les contributeurs, l’édifice a mal vieilli.

Elle est « complètement défraîchie », regrette Axel. Une « verrue » dans le centre-ville de Montpellier, déplore Ghis. Il « défigure complètement le profil de la ville », note Suzanne. Et il est « très béton », confie Laurence. C’est « très années 1970 », pointe Néri, qui précise que le bâtiment est visible à des kilomètres à la ronde. « Un bon ravalement, de la lumière, quelques façades végétalisées et un parvis digne de ce nom feront de ce bâtiment le phare de Montpellier », assure-t-il pourtant.

Le Triangle à Montpellier
Le Triangle à Montpellier - N. Bonzom / Maxele Presse

Annie, elle, pense que le Triangle, « inhumain et sans chaleur », a fait son temps, et qu’il faut le détruire. D’autant que la tour dénote, dit-elle, avec « l’harmonieuse silhouette du pic Saint-Loup, qui se détache au fond ». Elle fait « de l’ombre aux immeubles haussmanniens magnifiques qui sont derrières », renchérit Frédéric. Ses couleurs « ne sont pas lumineuses, pour une ville du Sud », regrette Michel.

Pour Gilles Cusy, l’architecture du Triangle, tout comme celle de sa voisine presque autant rejetée, l’ancienne mairie, est quelque peu « datée ». Notamment pour ces murs vitrés, terriblement « énergivores », surtout au bord de la Méditerranée. « Quarante ans après, ces architectures ne sont plus adaptées à notre époque, reprend le professeur. Elles témoignent d’un temps où l’on se fichait un peu de consommer beaucoup, où on n’était pas très attentif aux réalités du climat. »

L’Arbre blanc

Étonnamment, l'Arbre blanc, ouvert en 2019, figure parmi les édifices qui crispent le plus les Montpelliérains. Cet immeuble de 17 étages, dernière « Folie montpelliéraine » avant l’arrêt du concours, a pourtant été primé de nombreuses fois partout dans le monde, pour sa beauté, mais aussi pour ses prouesses architecturales. Mais ces balcons, suspendus dans le vide, ne séduisent pas tout le monde. Ce « n’est pas très esthétique », regrette Valentin. « On dirait un étendoir à linge », plaisante Martine.

Pour Matthieu, qui n’est pas convaincu par l’édifice, l’Arbre blanc est le symbole de « la dérive architecturale de Montpellier, et du quartier Port-Marianne, avec ses bâtiments éclectiques, au design cheap, qui ne manqueront pas de paraître obsolètes dans quelques décennies et de figurer le mauvais goût les années 2000 et 2010. »

L'Arbre blanc à Montpellier
L'Arbre blanc à Montpellier - N. Bonzom / Maxele Presse

« C’est un bâtiment qui est un peu à l’envers de mes convictions de l’architecture méditerranéenne, qui s’appuie sur des ombres, sur plus de matière, qui fabrique des cours ou des patios, note le professeur de l’école d’architecture de Montpellier, Gilles Cusy. L’Arbre blanc, c’est l’inverse. Mais ce n’est pas pour cela que ce n’est pas intéressant : ces grandes terrasses, qui se prolongent, comme des plongeoirs, sur le Lez, valaient la peine d’êtres faites, un peu comme une expérience, innovante. »

Et, là encore, l’environnement dans lequel s’inscrit le bâtiment, imaginé par l’architecte japonais Sou Fujimoto, ne joue pas vraiment en sa faveur. « Il arrive, certes, comme un cheveu sur la soupe, reprend Gilles Cusy. Mais ça, c’est l’une des conditions malheureuses de l’architecture contemporaine : on ne pense désormais plus la ville comme un système, dans lequel les architectures se répondent. On pense l’architecture comme des objets qui viennent se poser au milieu de n’importe quoi. »

L’Arbre blanc est en effet sorti de terre, au raz d’un rond-point, dans un quartier marqué par une architecture héritée des années 1980, qui n’a pas beaucoup bougé depuis. « Le quartier Antigone est uniforme, dans les tons beiges, avec des jeux de symétrie, et l’Arbre blanc vient s’implanter à côté de ça, regrette Rachel. Son architecture n’a rien à voir : moderne, blanc, sans symétrie, très désordonné, pas d’ornements… » Le bâtiment « dénote totalement », renchérit Anne. Il « casse le paysage », reprend Christophe. Pour Thomas, l’Arbre blanc est même « trop innovant », dans ce quartier vieillissant. William se demande par ailleurs si le bâtiment « sera encore blanc dans quelques années ».

Interrogé par 20 Minutes, Nicolas Laisné, l’un des architectes de l’Arbre blanc, trouve « plutôt flatteur que ce bâtiment ne laisse pas indifférent les Montpelliérains ». « Il est normal que certains aient du mal à accepter une architecture disruptive, confie Nicolas Laisné. Elle va mettre du temps à s’installer dans le paysage urbain, et dans le cœur des riverains. Dans l’histoire de France, les innovations architecturales n’ont pas fait immédiatement consensus : on peut penser à la tour Eiffel ou au centre Pompidou, décriés chacun si longtemps. Pour moi, le principal, c’est de construire des bâtiments dans lesquels il fait bon vivre, où la nature a sa place. C’est ce que j’ai voulu faire avec l’Arbre blanc, et je peux vous dire que ceux qui y vivent en sont très heureux. »