Bordeaux : Avec son style « années 70 », le Conservatoire s’intègre-t-il mal sur les quais ?

ARCHIMOCHE ? « 20 Minutes » s'intéresse aux bâtiments qui ne laissent pas indifférents. Certains les qualifient de « laids », d'autres apprécient leur architecture. A Bordeaux, on a choisi de vous parler du Conservatoire Jacques Thibaud

Elsa Provenzano

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Les bâtiments qui ne laissent pas indifférents les Bordelais — 20 Minutes
  •  Dans le paysage, on ne voit que ces bâtiments. Massif, trop haut, pas harmonieux, raté, etc. sont les adjectifs qui reviennent pour évoquer ces constructions qui au final sont devenues des emblèmes de nos villes. La tour Eiffel est l'un des exemples les plus manifestes.
  • Dans la série Archimoche ?, 20 Minutes s'intéresse aux bâtiments qui ne laissent pas indifférents, qui détonnent voire que certains qualifient de « laids » .
  • Le Conservatoire Jacques Thibaud est caractéristique du courant architectural brutaliste. 
  • Certains lui reprochent de mal s'intégrer à l'architecture classique des quais. 

« Le Conservatoire dénature cette partie des quais », estime Harry qui a répondu à l’appel à contributions lancé par 20 Minutes, au sujet des bâtiments de la ville les plus controversés sur le plan esthétique. Il fait partie de ceux qui ont été gratifiés du plus grand nombre de commentaires.

Typique de l’architecture brutaliste, avec un style « années 1970 », « il associe de grands débords, des jardinières et des matériaux un peu bruts, organiques », commente Frédéric Neau, architecte à l’agence King Kong qui a notamment réalisé l’hôtel Seeko sur les quais et aménagé la place Pey-Berland, à Bordeaux.

« Quelques ratés »

« Il y a quelques ratés dans les abords de ce bâtiment, par exemple en dessous, il devait y avoir des fontaines, un plan d’eau mais on y trouve maintenant des grilles donc ça a perdu un peu de son esprit d’origine, estime l’architecte. Il est en plein dans l’alignement de la façade historique des quais donc je comprends qu’il y ait une rupture et que ça puisse choquer, mais moi ça ne me heurte pas. » Et loin de mal vieillir, ces bâtiments typiques des années 1970, qui rappellent le très décrié quartier Mériadeck, pourraient même faire l’objet d’un regain d’intérêt, dans les dix prochaines années, selon cet architecte. « C’est le regard qui change », souligne-t-il.

L’ancienne Caisse d’épargne, qui s’inscrit dans la même lignée architecturale, commencerait déjà à être moins critiquée selon lui. Les internautes l’épinglent quand même dans le cadre de notre appel et Jean-Marc la renie définitivement en la qualifiant de « bouse de brontosaure »… L’édifice, à l’entrée du quartier Mériadeck, a tout de même été classé monument historique.

Le « style Mériadeck » très critiqué

Bâti sous les mandatures de Chaban Delmas, le quartier Mériadeck est très souvent pointé du doigt par les internautes. « Tous les bâtiments de ce quartier d’affaires sont d’une extrême laideur. Ils datent des années 1960 et on pourrait se croire dans un film qui dépeint un monde postapocalyptique », déclare Jérémi. Typique de l’urbanisme sur dalles, l’idée à la base de la construction de ce quartier est de dédier les dalles surélevées aux piétons, à un moment où le tout voiture monopolise les rues.

« Tous les étudiants en architecture de Bordeaux ont réfléchi sur ce quartier et son problème c’est son accroche avec la ville, pointe Frédéric Neau. Il manque une rampe ou des escaliers, c’est-à-dire une transition claire avec l’esplanade ». Une transition pour ce quartier, la Cité municipale a tenté d’en devenir une, avec un succès mitigé. « Notre agence a participé au concours.et je pense que le terrain était un peu petit par rapport au nombre de mètres carrés demandé, cela donne un bâtiment un peu monolithique », estime Frédéric Neau.

La concentration dans ce même quartier de bâtiments administratifs (conseil régional, départemental, préfecture, centre des finances publiques etc.), auxquels il a fallu trouver une place lors de la décentralisation, a eu l'avantage d’éviter de construire dans le centre-ville historique.

Des métaphores très imagées pour la Cité du vin

« Une figue blette », « un urinoir », « un étron », « entre la chaussure et la crotte de chien », et au mieux « une carafe inachevée » : les mots des contributeurs sont très durs pour la Cité du Vin, livrée en 2016. Certains architectes ne la trouvent pas non plus à leur goût car trop ostentatoire. « Moi je l’aime bien, cet édifice a été fait pour être un phare à l’entrée du port, apprécie l’architecte. Au milieu des quais, il y a d’un côté la Meca et de l’autre la Cité du vin et cela fonctionne, on mesure bien la courbure des quais ». Destiné à être une locomotive touristique, les Bordelais ont peut-être aussi davantage de mal à s’approprier l'édifice. « De temps en temps, il faut faire des constructions iconiques, emblématiques, estime Frédéric Neau. Il est dans la veine du Guggenheim, c’est un bâtiment d’architecture internationale ».

S’il y a débat entre les architectes sur la Cité du vin, il n’y en a pas pour la caserne des pompiers, bâtie dans les années 1960, qui fait l’unanimité parmi la profession. « C’est Claude Ferret qui l’a dessinée elle est inspirée du mouvement moderne, dans la veine de le Corbusier, apprécie Frédéric Neau. C’est un signal à l’arrivée du pont de pierre. » Après le déménagement des pompiers, elle devrait connaître une nouvelle vie. « Quand vous êtes dedans, c’est super, s’enthousiasme l’architecte. Les appartements ont de très belles vues ! » Il est là encore persuadé qu’elle saura conquérir le cœur des Bordelais dans les années à venir. Pour l’instant, son mauvais état n’arrange pas la piètre opinion qu’ont une partie des habitants à son sujet.