Confinement à Marseille : « Entre la honte et se dire qu’il y a pire que nous », des étudiants contraints à l'aide alimentaire

REPORTAGE Une distribution de colis alimentaire était organisée à l’université Aix-Marseille face à la montée de la précarité chez les étudiants avec ce deuxième confinement

Adrien Max
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Des étudiants de l'université d'Aix-Marseille attendent une distribution de colis alimentaires.
Des étudiants de l'université d'Aix-Marseille attendent une distribution de colis alimentaires. — Adrien Max / 20 Minutes
  • Une distribution de colis alimentaires était organisée sur le campus de Saint-Jérôme de la faculté d’Aix-Marseille.
  • La précarité touche de plus en plus d’étudiants avec ce nouveau confinement.
  • Ces étudiants sont partagés entre « la honte et le fait de se dire qu’il y a pire que nous ».

Une longue file silencieuse face à une multitude de galères. Manon a 23 ans. Elle est étudiante en première année de master pour devenir professeure des écoles. Elle est aussi une jeune maman. Avec Camille 24 ans, elles viennent franchir le pas et récupérer un colis alimentaire pour améliorer un petit peu leur quotidien. Ils sont distribués par l’Unef, un syndicat étudiant, sur le campus de la fac de Saint-Jérôme à Marseille.

« Je n’avais pas de connexion Internet chez moi, j’ai dû prendre une box Internet pour suivre les cours à distance. J’ai un vieil ordinateur qui ne fonctionne plus très bien, il a cinq ans, la caméra ne marche plus. En fait c’est un peu une accumulation de tout. On ne peut pas sortir de chez nous, on galère pour suivre les cours, on s’inquiète par rapport à nos concours et la situation implique des dépenses supplémentaires. En gros, il n’y a rien qui va. Mais on hésitait à venir chercher ce colis, on n’osait pas trop, c’est un peu un mélange entre la honte et le fait de se dire qu’il y a pire que nous, qu’il y a des gens qui en ont plus besoin que nous », confient les deux jeunes femmes.

« Remise en cause personnelle »

Parmi les étudiants venus récupérer ces colis alimentaires distribués par le syndicat étudiant Unef, beaucoup d’étudiants étrangers. Comme Jinate, 25 ans, étudiante marocaine en master gestion de l’environnement. « D’habitude je faisais des petits boulots pour gagner un peu d’argent, surtout serveuse dans la restauration. Ça m’aidait un peu, mais tout s’est arrêté avec le confinement », regrette la jeune femme. Ses parents l’aident un peu, mais ce n’est pas suffisant face à la situation. Et Jinate partage le même sentiment que Manon et Camille : « Le plus compliqué c’est de franchir le pas, je n’arrête pas de me dire que la situation n’est pas assez grave pour moi, qu’il y a des personnes dans des états plus graves. »

Margot, en quatrième année des Beaux-arts, sur le campus de Luminy à l’autre bout de Marseille, avait mis de l’argent de côté après avoir travaillé cet été. Mais la situation l’a rattrapée. « Le Crous a mis beaucoup de temps à transférer mon dossier de Toulouse, où je suivais mes études jusqu’alors. Je me suis dit qu’avec ce que j’avais mis de côté ça suffirait. Mais avec le confinement, ça a été le retour à la réalité avec tous les frais à prévoir : Internet, ordinateur, gérer les courses, le loyer, l’électricité. Ma spécialité nécessite aussi l’achat de matériel onéreux, et je dois continuer à pratiquer », décrit-elle.

Cette situation couplée aux incertitudes liées aux examens, au futur marché de l’emploi, la plonge dans de nombreux questionnements. « Quand on voit ce qu’il se passe avec la culture, c’est assez flippant, on est censé devenir des artistes, créer, faire rêver les gens, alors qu’on est en pleine remise en cause personnelle », s’inquiète Margot.

Assistantes sociales et psychologues submergées

Une situation dont Fanchon Deflaux, la directrice des études des Beaux-Arts, a pleinement conscience. « La précarité étudiante est une préoccupation de tous les jours, mais cette situation fait apparaître des cas moins visibles que d’habitude. Nous avons par exemple eu trois à quatre fois plus de demandes d’exonération des frais de scolarité. Les assistantes sociales et les psychologues mis à disposition par la fac sont complètement submergées », avance-t-elle. Au point qu’elle réfléchit à faire appel à une psychologue privée pour recevoir des étudiants des Beaux-Arts.

En attendant, elle compile toutes les actions en soutien des étudiants organisées par l’université ou les syndicats étudiants. La mairie de Marseille offre son soutien à ses actions, comme pour cette distribution de colis alimentaires, et de masques, à Saint-Jérôme. « Nous travaillons avec toutes les institutions pour lutter contre cette précarité. Ces actions ont été coordonnées lors d’une table ronde avec différents acteurs, et nous les soutenons. Une délibération d’un peu moins de 60.000 euros doit être votée lors du prochain conseil municipal en faveur du Crous pour les aider dans ces aides apportées aux étudiants », a annoncé Aurélie Biancarelli-Lopes, adjointe en charge de l’enseignement supérieur et de la vie étudiante. Un premier pas nécessaire, mais sûrement pas suffisant pour Aix-Marseille Université, la plus grande université francophone du monde avec près de 80.000 étudiants.