Lyon : Le Britannia, symbole d’un fiasco architectural au cœur de la Part-Dieu

ARCHIMOCHE? « 20 Minutes » s’intéresse aux bâtiments qui ne laissent pas indifférents. Certains les qualifient de « laids », d’autres apprécient leur architecture. A Lyon, on a choisi de vous parler du Britannia, immeuble de bureaux situé au cœur de la Part-Dieu

Caroline Girardon

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Les bâtiments qui ne laissent pas indifférents les Lyonnais — 20 Minutes
  • Dans le paysage, on ne voit que ces bâtiments. Massif, trop haut, pas harmonieux, raté, etc. sont les adjectifs qui reviennent pour évoquer ces constructions qui au final sont devenues des emblèmes de nos villes. La tour Eiffel est l’un des exemples les plus manifestes. Dans la série Archimoche ?20 Minutes s’intéresse aux bâtiments qui ne laissent pas indifférents, qui détonnent voire que certains qualifient de « laids ».
  • A Lyon, Le Britannia, immeuble de 12 étages et de 40.000 mètres carrés de bureaux interpelle.
  • Il symbolise à lui seul le fiasco d’un projet pourtant grandiose qui visait à faire de la Part-Dieu le nouveau centre-ville de Lyon.

Des chefs-d’œuvre d’architecture mais aussi des ratés retentissants. La ville de Lyon n’échappe pas à la règle. A côté de bâtiments faisant la fierté de la capitale des Gaules, surgissent parfois des curiosités ayant la particularité d’avoir très mal vieilli au fil des années. La première tentation aurait été de désigner parmi ceux-là l’échangeur de Perrache surnommé la « verrue ». Mais nous avons fait le choix de nous intéresser à un autre bâtiment, moins connu des visiteurs et des habitants : le Britannia, situé en plein cœur du quartier de la Part-Dieu.

« Avec ses 40.000 mètres carrés, il est le plus grand immeuble de bureaux de la région », expose en préambule Olivier Montillet de l'association Cybèle qui organise des visites insolites de Lyon et qui vient de lancer les Cymoches, visites des bâtiments les plus laids de la ville.

Le Britannia, l'un des bâtiments les plus laids de Lyon.
Le Britannia, l'un des bâtiments les plus laids de Lyon. - C. Girardon / 20 Minutes

Le symbole d’un échec

Fruit d’une coopération commerciale entre la France et la Grande-Bretagne, le Britannia a été inauguré en 1974 après deux années de travaux. Doté de 12 étages et de larges façades grises dignes des constructions soviétiques les plus austères, l’immeuble adossé au centre commercial de la Part-Dieu en impose tant par son aspect massif que par son manque de charme. Quant aux espaces verts promis sur le site, ils se résument à des massifs de cactus… en béton ! « L’architecture du quartier suscite souvent le débat mais ce bâtiment-là est particulièrement affreux. Il n’a ni goût ni grâce », rigole Olivier Montillet. Comme le symbole d’un projet grandiose qui a viré au fiasco.

« Au début des années 1960, Charles Delfante, architecte et urbaniste de Lyon, avait une tout autre idée pour la ville », expose notre guide. A l’époque, l’Etat veut décentraliser et doter les grandes métropoles de centres décisionnels capables de contrebalancer les décisions prises de Paris. A Lyon, le maire Louis Pradel demande alors à l’architecte d’imaginer un nouveau centre-ville à la taille de la région. Et le choix se porte sur la Part-Dieu. « Le Vieux-Lyon, crasseux et sombre, n’avait pas bonne réputation et la presqu’île avait mal vieilli, explique Olivier Montillet. A la Part-Dieu, il y avait l’immense caserne militaire des Cuirassiers. » Un terrain de 28 hectares que la ville a acquis en 1960.

Le Britannia, l'un des bâtiments les plus laids de Lyon.
Le Britannia, l'un des bâtiments les plus laids de Lyon. - C. Girardon / 20 Minutes

« Sacré gâchis »

« L’idée était d’y implanter des logements, de nombreux espaces verts, de construire une rue commerçante qui aurait relié l’est et l’ouest du quartier, d’harmoniser l’urbanisme, poursuit le membre de l’association Cybèle. Mais ça va partir dans tous les sens et ce qui va aboutir n’aura plus rien à voir avec le projet initial. »

Problèmes administratifs, subventions qui tardent à être versées, militaires peu pressés de partir… Le terrain en question va se vendre par lots. « Et chaque propriétaire, suivant son propre intérêt, va faire un peu ce qu’il veut sans tenir compte des règles architecturales imposées par Delfante. Au fil des années et des constructions, la vision d’ensemble du projet va se perdre pour aboutir à un sacré gâchis », conclut Olivier Montillet. Un « gâchis » que les élus tenteront de réparer quarante ans plus tard. La Part-Dieu est actuellement en pleine rénovation.

Des visites hors des sentiers battus