Pont effondré à Mirepoix-sur-Tarn : Un an après, les vestiges du pont « rappellent sans arrêt le drame »

ACCIDENT Un an après l’effondrement du pont de Mirepoix-sur-Tarn, dans lequel deux personnes sont mortes, les travaux de démontage des vestiges de l’édifice se préparent. Mais la reconstruction, très attendue, n’aura pas lieu avant plusieurs années

Béatrice Colin

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Un an après son effondrement, les vestiges du pont de Mirepoix sur Tarn sont toujours visibles.
Un an après son effondrement, les vestiges du pont de Mirepoix sur Tarn sont toujours visibles. — B. Colin / 20 Minutes
  • Le 18 novembre 2019, le pont suspendu de Mirepoix-sur-Tarn s’effondrait sous le poids d’un camion en surcharge, causant la mort de deux personnes.
  • Alors que l’enquête judiciaire se poursuit, les travaux de démontage vont débuter au cours des prochains jours, un an après le drame.
  • Pour le village et ses habitants, la présence des restes du pont restent un rappel quotidien du drame. Tous attendent avec impatience la reconstruction qui leur permettra d’avoir à nouveau un accès direct à l’autre rive.

De notre envoyée spéciale à Mirepoix-sur-Tarn

Les haubans sont toujours là, suspendus dans le vide au-dessus du Tarn, tandis qu’une partie du tablier reste immergée, comme une marque indélébile de la catastrophe qui a meurtri le village de Haute-Garonne le 18 novembre 2019. Ce jour-là, peu après 8 h, une Clio et un camion se sont engagés sur le pont suspendu de Mirepoix-sur-Tarn. Quelques secondes plus tard, l’édifice s’effondrait sous le poids du semi-remorque et sa surcharge, emportant avec lui son conducteur et la passagère de la voiture, âgée de 15 ans.

« Une catastrophe », lâche un promeneur qui chaque jour vient promener son chien sur les berges du Tarn. « En tant que maire mais aussi habitante, le plus difficile c’est de voir les restes du pont toujours présents. Des gens en ouvrant leurs fenêtres chaque matin ont la vue dessus, cela rappelle sans arrêt le drame », relève Sonia Blanchard-Esser qui a pris les commandes de la mairie il y a quelques mois.

Même si elle n’est pas décisionnaire sur les questions de travaux et de reconstruction, par la force des choses, ce dossier est devenu une priorité pour la nouvelle maire. Car il a un impact quotidien sur la vie de son village de 1.000 âmes. « L’humeur est maussade, triste et tendue, tout le monde attend. Sans ce pont, c’est l’accès principal à la commune qui n’existe plus, cela crée des difficultés dans la gestion des déplacements et dégrade les routes secondaires. Cela coupe aussi l’accès aux commerces de proximité et pour le restaurant du village, c’est une perte de fréquentation à laquelle s’ajoutent celles dues au confinement », énumère l’élue.

Galère pour circuler

Désormais, pour rallier l’autre berge du Tarn, il faut prendre l’un des deux autres ponts surplombant la rivière, en amont, à Bessières, ou en aval, à La Magdelaine-sur-Tarn. « Ça rallonge, tout le monde vous le dira, et puis ce sont des petites routes, souvent dangereuses où l’on croise des camions ou encore des bus », raconte Jean, un habitant installé depuis 33 ans à Mirepoix.

Un an après, il s’étonne que rien n’ait bougé, mais sait d’ores et déjà qu’il n’est pas près de rouler à nouveau sur un pont reliant directement sa commune à l’autre berge du Tarn. Pour l’instant, les vestiges « n’ont pas pu être démontés jusqu’ici en raison de l’enquête judiciaire en cours », indique le conseil départemental de la Haute-Garonne, gestionnaire de la route et de cette infrastructure.

Mais dans les prochains jours, les premiers coups de pioche devraient être donnés. La juge d’instruction en charge du dossier vient en effet de donner son feu vert autorisant la phase de démontage.

Evacuation de l’ancien pont à partir de janvier

« La préparation du chantier de déconstruction démarrera dès le mois de décembre. Le démontage et l’évacuation de l’ancien pont se feront courant 2021, en deux temps. Dès janvier, le département procèdera au démontage des parties aériennes du pont, c’est-à-dire les pylônes, les câbles et leurs attaches. Cet été, le démontage et l’évacuation de la partie immergée du pont suivront », détaille la collectivité.

Une deuxième phase délicate puisque le chantier doit permettre de dégager des eaux pas moins de 600 tonnes d’acier et de béton. Et les entreprises spécialisées s’affairent actuellement pour mettre au point une technique, les berges n’étant pas consolidées. En parallèle, et pour le compte de l’Etat, le conseil départemental va aussi procéder au renflouement du camion qui gît toujours au fond du Tarn.

Des phases nécessaires avant la reconstruction du pont de 150 mètres de long au même emplacement. Des consultations d’entreprises ont été lancées et les différents scénarios seront présentés à la population et aux élus au printemps prochain. En début d’année, le président du département, Georges Méric, avait annoncé espérer pouvoir le reconstruire au cours des quatre années à venir, prévoyant un budget à plus de 20 millions d’euros.

Mais avec la crise sanitaire, le projet a pris du retard. « L’annonce de cette reconstruction a permis en tout cas aux habitants de se projeter. On aurait pu penser que cela allait freiner les gens et neutraliser notre développement, mais les terrains en vente ont trouvé preneurs », tente de relativiser Sonia Blanchard-Esser qui ce mercredi rendra hommage aux deux victimes lors d’un dépôt de gerbe en petit comité.