Coronavirus : « A mon sens, je suis en règle, non ? »… Les Alsaciens continuent de faire leurs courses en Allemagne

REPORTAGE Même en plein confinement, la ville frontière de Kehl attire les Strasbourgeois grâce à ses produits bon marché

Thibaut Gagnepain
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Danilla et Renée, venues faire un peu de shopping à Kehl, la ville-frontière qui borde Strasbourg.
Danilla et Renée, venues faire un peu de shopping à Kehl, la ville-frontière qui borde Strasbourg. — T. Gagnepain / 20 Minutes
  • Le confinement ne change rien, la frontière franco-allemande est ouverte. Comme entre Strasbourg et Kehl.
  • Malgré les conseils de la préfète du Grand-Est de ne pas se rendre outre-Rhin, des Français continuent à aller faire leurs courses en Allemagne, où certains produits sont moins chers.
  • Ils ne sont toutefois pas très nombreux, au grand dam des commerçants.

Une présence policière avant et après le Rhin, des files de voitures en attente de contrôle et le tram arrêté côté strasbourgeois… Ces scènes de mars et avril derniers sont maintenant révolues. Entre les deux confinements, la situation a bien changé à la frontière franco-allemande. Elle est cette fois ouverte !

Enfin, officiellement… En pratique, la préfète du Grand-Est déconseille depuis fin octobre de quitter le pays. Une position qu’elle a encore répétée ce lundi. « Les règles sont claires : les gens doivent aller faire leurs courses au plus rapide, au nom du principe de proximité », a déclaré Josiane Chevalier. Ce n’est pas prévu qu’on fasse des kilomètres pour aller en Allemagne. « Dans ce cas, on pourrait avoir des soucis au retour. »

« Je ne vois pas pourquoi », réagit Nadège, croisée ce mardi matin à Kehl, la ville-frontière qui borde Strasbourg. « Pour les achats de première nécessité, on va où on veut, il n’y a rien qui dit le contraire. Moi je suis venu chercher des lingettes pour enfants et après, j’irai faire mes courses. A mon sens, je suis en règle, non ? »

« J’avais besoin de bougies pour ma couronne de l’Avent »

Un avis partagé par Marie-Christine, qui vient juste de charger son coffre après quelques emplettes. « J’avais un rendez-vous à la clinique Rhéna [à proximité] donc j’en ai profité pour venir », explique la sexagénaire, qui vit dans un quartier de la capitale alsacienne. « Logiquement, je ne vois pas pourquoi je n’aurais pas le droit d’être ici… Et puis j’avais besoin de bougies pour ma couronne de l’Avent, impossible d’en trouver chez nous avec toutes les boutiques fermées ! C’est bon, je les ai et c’est allé vite, il n’y avait presque personne. »

A l’intérieur du DM-Drogerie Markt, une seule caisse est ouverte, à la place des six ou sept d’un samedi classique. « Ça nous change de d’habitude, confirme une vendeuse, désabusée par la situation. En mars, les Français se plaignaient que les frontières étaient fermées et maintenant qu’elles sont ouvertes, ils ne viennent pas ! »

Plus loin, les rues du centre-ville sont quasi désertes et de nombreux bureaux de tabac de la Strassburger Strasse vides. « Avant, je faisais 200 à 300 clients par jour. Maintenant, c’est moins de 80 », détaille une tenancière, sans trop se plaindre. « Les clients me prennent davantage de marchandise quand ils viennent. » Histoire de dépanner les amis ou de revenir moins souvent.

Dans les rues de Kehl, en Allemagne, ce mardi matin.
Dans les rues de Kehl, en Allemagne, ce mardi matin. - T. Gagnepain / 20 Minutes

Danilla et Renée ne le cachent pas, elles sont aussi venues pour ces fameuses cigarettes « moins chères ». Mais pas que. « C’était pour sortir un peu aussi ! Depuis le début du reconfinement, ça doit être la troisième fois que je mets le nez dehors », avoue l’une des deux septuagénaires, des sacs de shopping à la main. L’une comme l’autre ne sont pas sûres d’être dans leur bon droit. Mais tant pis ! « Si on se fait arrêter par les flics, on leur dira la vérité. »

« Des policiers allemands arrêtaient quelques voitures »

Karim, lui, a déjà son argument tout trouvé. « J’habite à Aristide-Briand, c’est tout près d’ici », s’amuse le jeune homme, pas trop inquiet à l’idée de retraverser le Rhin. « A l’aller, des policiers allemands arrêtaient quelques voitures, surtout leurs compatriotes je crois. Moi, j’ai ralenti, ils m’ont regardé et m’ont fait signe de passer. Côté français, il n’y avait personne. C’est tranquille ! »

Tellement que de nombreux Strasbourgeois, ou Alsaciens, sont venus en balade, le week-end dernier à Kehl. « Ils ne devaient pas tous habiter à moins d’un kilomètre », sourit une habitante de la ville allemande, pas rancunière. Dans le Bade-Wurtemberg, le taux d’incidence était de 133 cas positif au Covid-19 sur 100.000 habitants. Contre près du double dans le Bas-Rhin (259) le même jour.