Confinement : « A quoi ça sert d’être ouvert si on ne peut pas servir à manger à midi »… On a bu plein de cafés dans un relais routier

REPORTAGE Leçon du premier confinement, des relais routiers peuvent rester ouverts. Plongée, près de Toulouse, dans ce monde parallèle où l’on sert encore cafés et petits plats…

Hélène Ménal

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Au Grillon, un des cinq relais routiers de la Haute-Garonne, autorisé à rester ouvert.
Au Grillon, un des cinq relais routiers de la Haute-Garonne, autorisé à rester ouvert. — H. Menal - 20 Minutes
  • Il reste cinq restaurants ouverts, légalement, dans la Haute-Garonne. Les relais routiers sélectionnés par le préfet.
  • Mais, paradoxalement, ils ne peuvent pas servir à midi.
  • « 20 Minutes » est allé boire des cafés au Grillon, un relais du Lauragais qui aimerait bien servir davantage et où les débats sur le confinement sont forcément plus éclairés.

« Salut poulet, un café, et un pour toi aussi ». La scène a lieu ce mardi matin, en plein confinement. Le petit noir est commandé au comptoir même si le client le boit seul sur une grande tablée, entouré de chaises vides. Bar clandestin ? Pas du tout. Jérôme est routier. Il a garé son « porte-char » sur le grand parking du Grillon, vénérable relais, niché dans l’ombre des éoliennes de Saint-Félix-de-Lauragais, à une quarantaine de kilomètres de Toulouse. Un îlot où l’on sert encore de la soupe maison et du sauté de veau.

A côté de son immense salle à manger, le restaurant abrite un compartiment douches. Il fait donc partie des cinq établissements sélectionnés par le préfet de la Haute-Garonne pour échapper à la fermeture administrative. « J’ai appris le samedi 7 novembre par un coup de fil que je faisais partie de la liste, j’ai rouvert le lundi 9 », raconte Christophe Surre affairé sur son percolateur, après avoir salué des militaires de Castelnaudary affectés au transport des troupes.

L’impasse du repas de midi

Le patron du Grillon, qui boit presque autant de cafés qu’il a de clients qui rentrent, se réjouit de l’évolution par rapport au premier confinement. « Les routiers nous font vivre toute l’année. C’est quand même la moindre des choses d’être là pour eux », estime celui qui savoure l’ambiance très « brèves de comptoir » de sa maison. « La première fois, mon cousin "nini" qui est dans le transport international ne s’est pas douché pendant quatre jours », appuie Jérôme.

L'ardoise du Grillon, un relais routier près de Toulouse.

A priori Christophe et ses clients, exclusivement des transporteurs routiers comme le stipule l’ardoise sur la porte, sont des veinards. Mais il faut le dire vite. Car l’arrêté préfectoral tant attendu précise aussi les horaires d’ouverture : 18 h – 10 h. « Franchement, à quoi ça sert de rester ouvert si on ne peut pas servir à manger le midi », s’agace le restaurateur.

Il a beau ne pas être frappé de fermeture administrative, niveau chiffre d’affaires, c’est loin d’être Byzance. Ses quatre salariés sont au chômage partiel, pour les cafés et les croissants, même pour les repas du soir, il peut assurer seul. « On fait surtout du social », râle-t-il même si on le sent heureux de continuer à tenir « ce carrefour où les gens et les accents viennent de partout », sans télé, parce qu’entre les blagues sur le rugby et, parfois, la politique, la conversation roule toute seule.

Le « crève-cœur » des autres travailleurs en extérieur

Mais une question turlupine Christophe : comme il est ouvert cette fois, aura-il droit aux aides compensatoires ? Il n’en a pas la moindre idée. « Pour que ce soit vraiment viable, il faudrait aussi qu’on puisse accueillir tous ceux qui travaillent en extérieur, les artisans, les entreprises », avance-t-il. Un routier de Carcassonne approuve. Jérôme compatit : « Encore, là, il fait beau. Mais quand je vois des mecs qui sont à trois dans un fourgon assis sur des plots au bord de la route avec leur gamelle, c’est un crève-cœur ». « Le pique-nique, c’est sympa, une fois de temps en temps et l’été », plaisante Christophe avant de tirer le rideau… à 10h du matin.

Il rouvrira ce soir son relais où circuleront à nouveau des idées de terrain pour améliorer l’ordinaire de ce deuxième confinement. Une dernière pour la route, venue de Carcassonne : « Les contrôles le dimanche, c’est pas sous les éoliennes qu’il faut les faire, c’est aux péages ».