Confinement : « Plus de temps », « pas de transports » et « moins de stress »... Ils racontent pourquoi ils aiment cette saison 2

LIBERTE Si certains vivent très mal ce nouveau confinement, d’autres l’apprécient et y trouvent de la sérénité

Anissa Boumediene
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Pour certains, ce reconfinement permet de retrouver de la sérénité et plus de temps pour soi et sa famille.
Pour certains, ce reconfinement permet de retrouver de la sérénité et plus de temps pour soi et sa famille. — RAPHAEL BLOCH/SIPA
  • Face à la deuxième vague de coronavirus, la France est reconfinée au moins jusqu’au 1er décembre.
  • Une situation souvent mal vécue, mais que certains apprécient.
  • Calme, temps retrouvé pour soi et sa famille, sérénité du télétravail : nos lecteurs et lectrices racontent à 20 Minutes ce qui leur plaît dans ce reconfinement.

Pour beaucoup, ce reconfinement est une punition. Voir ses proches, profiter d’une soirée entre amis, faire les boutiques ou aller chez le coiffeur : ces plaisirs simples ne sont plus permis. On peut travailler, emmener ses enfants à l’école, faire ses courses alimentaires et se dégourdir les jambes une heure par jour près de chez soi. Et c’est à peu près tout.

Un quotidien métro-boulot-dodo (ou télétravail en pyjama) qui devrait durer au moins jusqu’au 1er décembre, le temps d’infléchir la courbe de l’épidémie de Covid-19 et de faire retomber la pression sur les hôpitaux, engorgés par l’afflux de patients souffrant du  coronavirus. Pour autant, ce confinement saison 2, il y en a qui l’apprécient. Nos lecteurs et lectrices nous racontent pourquoi.

« Je gagne 3 heures 30 par jour et j’évite le facteur contagion des transports »

Olivier « l’apprécie pour une raison toute bête : je gagne 3h30 de vie par jour, soit le temps que je passe dans les transports pour aller et revenir de mon travail. C’est usant. Là, je suis 100 % en télétravail. Mais il y a aussi une raison sanitaire : j’évite le facteur contagion des transports en commun. Mon trajet d’1h40 en train, c’est prendre le risque d’être au contact d’un cas Covid pendant tout ce temps. Alors je suis bien content de l’éviter ». Un sentiment partagé par Pauline, qui « travaille dans un commerce jugé essentiel dans le centre-ville de Nantes. Qu’est-ce que c’est agréable d’aller travailler lorsque les transports ne sont pas bondés ! »

« Beaucoup craignent de sortir, observe Stéphane Rusinek, psychologue et professeur de psychologie à l’Université de Lille, auteur de La patiente de 17 heures(éd. Th. Marchaisse). Même si on se dit qu’on ne risque rien, que l’on est en bonne santé et dans la force de l’âge, y a quand même la peur d’être contaminé, surtout quand on a des proches âgés et vulnérables que l’on veut préserver ». C’est le cas de Géraldine, travailleuse handicapée : « Etre confinée, c’est pouvoir télétravailler, être moins fatiguée et moins malade. Et comme mes problèmes de santé affaiblissent mon système immunitaire, je suis plutôt contente de pouvoir éviter mon lieu de travail et les réunions de famille et les embrassades. D’autant que mes parents vivent avec nous, dont c’est aussi un moyen pour mes enfants, mon mari et moi de les préserver ».

« Plus de temps pour moi », « ne pas avoir à se maquiller »

Pour beaucoup, dont Sophie, ce reconfinement est aussi l’occasion d’avoir plus de temps pour soi. « J’adore rester seule, confie la jeune femme. Je peux enfin lire tranquillement sans devoir dire à mes amis que je suis fatiguée ou malade parce qu’en vrai, j’ai la flemme. J’en profite pour tester de nouvelles recettes, je n’ai pas le temps de m’ennuyer, et j’aime ce confinement comme j’ai aimé celui du printemps ». Brigitte, elle, poursuit durant ce deuxième confinement ce qu’elle a commencé durant le premier : un changement de vie. « Au printemps, j’étais en chômage partiel, j’avais entamé les démarches pour une  validation des acquis de l’expérience. J’ai pu travailler sur mon mémoire professionnel, prendre des cours d’anglais et obtenir un diplôme de community manager. Là, je prends plus de temps pour moi. Vivement le troisième confinement ! », plaisante-t-elle.

Pour Melina, « c’est pouvoir enfin profiter de son chez-soi en toute sérénité, ne pas avoir à se maquiller, ne pas être en représentation permanente. Quelque part, c’est être libre, libre de gérer son temps comme on le souhaite et de faire chez soi ce que l’on remet toujours à plus tard ». Et même les jeunes y trouvent leur compte, à l’instar de Michel-Ange, étudiant et employé de restauration. « Je n’ai aucune raison de sortir, je reste chez moi pour un mois de tranquillité où je peux me consacrer entièrement à la révision de mes partiels. Ce confinement, je le vis comme une pause dans ce marathon effréné qu’est la vie ». De manière générale, « on a du mal à gérer l’organisation de nos taches et de notre temps, on a cette tendance naturelle à prioriser les tâches professionnelles et à oublier le reste, analyse Stéphane Rusinek. Alors, certains trouvent des points agréables, apprécient de prendre leur temps, d’avoir moins de contraintes d’organisation, de changer leur routine ».

Certains en profitent pour faire le vide. Comme Hervé qui, outre la joie « d’entendre de nouveau les oiseaux en centre-ville », voit ce reconfinement comme le moment « de changer durablement mes habitudes d’achat, de vider les placards, faire du tri, ranger ». « Les gens apprécient le temps qu’ils gagnent et l’occupent, observe Stéphane Rusinek. Faire du tri, du ménage, être dans un environnement plus serein et plus propre, on sait que cela a des bienfaits. On le conseille même à des patients en dépression. C’est de l’activation comportementale : je fais une tache dont je peux me féliciter, et j’y trouve des bienfaits, un bien-être. Après, ce reconfinement plaît aussi parce qu’on a une perspective : on sait que ça ne va pas durer », pointe le psychologue.

« Pas de bruit », « pas de stress »

Ce reconfinement, certains l’aiment pour le calme qu’il procure. « Les terrasses éphémères et les bars sont fermés et on peut de nouveau dormir ! Pourvu que ça dure ! », renchérit Jean-Marc. Ghislaine, qui vit à la campagne, apprécie « le bonheur de ne plus entendre les coups de fusil de chasseurs, ne plus avoir peur pour mes chats et de savourer mon café dehors ! »

Christel, en ce moment en télétravail, se réjouit de ne plus subir « le bruit de l’open space ». Car pour beaucoup, le lieu de travail est une source de stress. « Je souffre d’hypersensibilité, alors aller au travail, avec le bruit, l’exigence de productivité et le jugement des autres est une épreuve », explique Tiphaine. « C’est pour certains d’autant plus stressant que l’on ne peut pas couper aux conversations anxiogènes sur le coronavirus, ce qui rajoute de l’angoisse au stress », analyse Stéphane Rusinek. Loin de son lieu de travail, Tiphaine se sent plus sereine. « Je n’ai plus d’horaires fixes, donc quand je n’arrive plus à réfléchir, je fais autre chose – préparer un gâteau, prendre une pause – puis je me remets au travail ».

Une souplesse d’organisation qu’apprécie beaucoup Igor, heureux de télétravailler dans une maison à la campagne. « Avec mon épouse, nous ne sommes pas retournés au bureau depuis mars. Nous avons la chance de travailler pour des sociétés très ouvertes sur le télétravail. Nos patrons nous font confiance, et nous le leur rendons à 100 % en étant des productifs et heureux, libres d’organiser nos journées, mais travailleurs ». Car l’une des grandes tendances de cette année confinée, c’est bien sûr l’essor du télétravail. « Cela a des effets bénéfiques, procure un sentiment de contrôle important, on gère son temps comme on le souhaite. D’ailleurs les salariés sont généralement plus productifs en télétravail, souligne Stéphane Rusinek. Sentir qu’on a la confiance de son employeur apporte plus de liberté et de motivation ».

« On profite de notre fils »

Pour les couples, ce reconfinement en télétravail est aussi l’occasion de passer plus de temps en famille. « Mon conjoint peut profiter de notre bébé de 3 mois », se réjouit Manon. « On a le temps de se reposer, de profiter de notre maison, de notre fils de 6 mois, de rattraper le rangement et le bricolage en retard, de partager des repas faits maison », énumère Claire.

Noémie, elle, a « accouché au tout début du premier confinement. Je me suis retrouvée à la maison avec mon nouveau-né, mon fils aîné à qui il fallait faire l’école à la maison et le papa enfermé dans une chambre pour télétravailler. La maison était constamment mal rangée et sale, c’était vraiment dur, se souvient la jeune maman. Aujourd’hui, les enfants sont à l’école et chez la nounou. Mon mari et moi télétravaillons. Nous passons du temps ensemble au calme, allons marcher tous les midis et faisons du sport. Et nous profitons des trajets évités pour partager des moments en famille et profiter des enfants avec qui nous faisons des activités de Noël. Je me sens plus sereine et calme ». Et il y a de quoi : « il n’y a plus la contrainte du premier confinement où il fallait tout gérer : le télétravail, l’école à la maison et toute la logistique que cela implique, relève Stéphane Rusinek. Là, les enfants sont à l’école, donc ce reconfinement peut être mieux vécu par les parents ».

Et il plaît aussi aux papas, comme Cédric : « mon travail m’amène à être souvent en déplacement ou à rentrer tard du bureau. Là, c’est moi qui amène et vais chercher à pied les enfants à l’école. Ils sont ravis et moi aussi. Je leur fais faire les devoirs, puis je "m’isole" dans mon bureau installé dans la caravane dans le jardin pour l’occasion. Et mes fils m’y rejoignent pour jouer ou colorier pendant que je travaille, et j’aime beaucoup ces moments ».