Présidentielle américaine : Les médias ont-ils « décidé » d’attribuer la victoire à Joe Biden ? Non !

FAKE OFF Sur les réseaux sociaux, certains internautes accusent les médias américains d’avoir décrété la défaite de Donald Trump aux élections américaines. Faute d’organe fédéral, il est de coutume que les médias annoncent l’issue du scrutin à partir des résultats provisoires

Tom Hollmann

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Discours du Président-élu, Joe Biden, au Queen Theatre de Wilmington, dans le Delaware, aux États-Unis.
Discours du Président-élu, Joe Biden, au Queen Theatre de Wilmington, dans le Delaware, aux États-Unis. — Carolyn Kaster/AP/SIPA
  • De nombreux internautes questionnent la légitimité des médias à désigner les premiers le nom du vainqueur à l’élection présidentielle américaine.
  • En l’absence d’organe fédéral chargé de centraliser les résultats en temps réel, c’est pourtant bien eux qui ont pris l’habitude de publier les résultats provisoires, sur la base de sondages de sortie des urnes et des dépouillements dans les comtés.
  • Le vote des grands électeurs aura lieu le 14 décembre prochain, une fois les résultats certifiés par les gouverneurs de chaque Etat.

A qui revient la responsabilité d’annoncer le nom du vainqueur de l'élection présidentielle américaine ? Certainement pas aux médias, jugent de nombreux internautes, qui ont remis en question leur légitimité à désigner  Joe Biden comme 46e président des Etats-Unis ce samedi, après une longue période d’incertitude, alors même que Donald Trump n'a toujours pas reconnu sa défaite.

Sur ce post Facebook, un internaute se demande comment les médias peuvent annoncer Joe Biden comme 46e président des Etats-Unis avant l'administration américaine.
Sur ce post Facebook, un internaute se demande comment les médias peuvent annoncer Joe Biden comme 46e président des Etats-Unis avant l'administration américaine. - Facebook

Dans ce post vu plus de 15.000 fois sur Facebook au cours des dernières 24 heures, un internaute, comme de nombreux autres, dénonce un « coup d’État » médiatique et se demande pourquoi les grands médias sont en mesure d’introniser un vainqueur avant l’administration fédérale américaine. « Ce n’est ni leur rôle, ni leur autorité », argue-t-il. Pourtant, ce processus n’a en réalité rien d’étonnant.

FAKE OFF

Les États-Unis ne disposent pas d’un organisme fédéral chargé de centraliser les résultats du scrutin présidentiel et de proclamer le nom du vainqueur. Chaque État est chargé d’organiser les élections sur son territoire et de comptabiliser les voix à l’issue du dépouillement. Depuis des décennies, les médias ont pris l’habitude de réunir les résultats du vote populaire – et donc d’être en mesure de connaître le nom du « winner ».

Bien que décriée par les supporteurs de Donald Trump cette année, cette pratique ancienne a, jusqu’ici, fait ses preuves. « Il n’y a rien de frauduleux là-dedans, explique Nicole Bacharan, historienne spécialiste des États-Unis. Donald Trump le sait aussi, puisqu’il avait accepté ce même compte rendu des médias qui le désignaient vainqueur quatre ans auparavant ! »

Au fil des décennies, cette pratique s’est considérablement structurée. Ainsi, avec 4.000 observateurs postés dans tout le pays pour cette élection, Associated Press fait référence depuis 1848. Cette dernière, qui travaille avec le NORC (National Opinion Research Center) de l’université de Chicago, possède également son propre outil de sondage, AP Votecast, qu’elle partage avec la chaîne conservatrice Fox News, ou encore avec le Washington Post.

Viennent ensuite ABC News, CBS News, CNN et NBC News, qui s’appuient en particulier sur les sondages de sortie des urnes d’un second consortium, le National Election Pool. L’existence de deux entités de sondage explique ainsi les écarts qui ont parfois pu être observés entre les différentes chaînes de télévision américaines.

Une prudence exacerbée cette année

Cette année, avec plus de 60 millions d’électeurs qui ont voté par correspondance, les médias savaient que les votes mettraient du temps à être comptabilisés. La prudence était donc de mise dans les rédactions américaines, comme le soulignait au magazine Forbes le responsable de la cellule chargée de valider les résultats à Fox News depuis vingt ans, Arnon Mishkin : « Nous avons donné à nos journalistes la consigne de ne pas tirer de conclusions hâtives si un résultat provisoire est en contradiction avec un sondage précédant le vote. »

Comme prévu, les résultats se sont fait attendre et n’ont été décisifs qu’au quatrième de dépouillement, samedi dernier. Les médias ont alors eu la certitude que Joe Biden avait obtenu le nombre suffisant de grands électeurs, soit 270.

La suite du processus

Ce n’est qu’environ une semaine après la fin du scrutin que les gouverneurs certifieront les résultats électoraux dans chaque Etat. Les opérations de recomptage et recours devant la Cour suprême devront avoir été tranchés avant le 8 décembre prochain.

Le vote des grands électeurs aura lieu le 14 décembre et sera transmis au Sénat, à Washinton D.C., dans les neuf jours qui suivent, soit le 23 décembre au plus tard. Le Congrès nommera ensuite le président le 6 janvier, avant l’« Inauguration Day » (la journée d’investiture), qui se déroulera le 20 janvier prochain. Durant la période de transition, Joe Biden ne dispose d’aucun pouvoir prévu par la Constitution américaine.