Grippe aviaire, Noël confiné... Les producteurs de foie gras se démènent pour sauver leurs fêtes de fin d'année

BONNE CHERE A moins de deux mois des fêtes de fin d’année, les professionnels du foie gras vivent une situation compliquée avec le risque de la grippe aviaire et le deuxième confinement

Julie Rimbert

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Un élevage de canards (Illustration).
Un élevage de canards (Illustration). — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • Jeudi, les autorités ont demandé aux éleveurs de 46 départements de confiner leurs volailles afin d’éviter une contamination par la grippe aviaire, qui est apparue la semaine dernière aux Pays-Bas.
  • C’est la double peine pour les éleveurs de palmipèdes qui doivent s’organiser pour vendre leurs produits alors que le confinement lié au coronavirus est en vigueur depuis plus d’une semaine.
  • L’interprofession met en place des offres promotionnelles et des formats de petits conditionnements si les fêtes devaient se tenir en petits comités à cause de la crise sanitaire.

« Il ne manquait plus que cela alors que c’est en novembre et décembre que je fais 70 % de mon chiffre d’affaires », confie Pierre Lava, producteur de foie gras à la Ferme d’en Siguès dans le village gersois d’Aubiet. Si ce petit producteur n’a pas actuellement de canard en plein air, la menace d’un virus aviaire et le confinement lié au coronavirus compliquent son activité à moins de deux mois des fêtes de fin d’année.

Jeudi, les autorités ont demandé aux éleveurs de 46 départements français, dont le Gers, de confiner leurs volailles, afin d’éviter une contamination à la grippe aviaire par les oiseaux migrateurs. Une situation qui deviendrait cauchemardesque pour ces éleveurs déjà touchés par l’influenza aviaire à l’hiver 2015-2016 et 2016-2017, coûtant des centaines de millions à la filière.

Peur d’une baisse de l’activité

« Depuis fin août, nous avions une vigilance particulière sur la grippe aviaire au vu de la situation en Russie et au Kazakhstan car nous savions qu’il y avait un risque, souligne Marie-Pierre Pé, directrice de l’interprofession du Cifog. L’alerte au Pays-Bas la semaine dernière nous rappelle de mauvais souvenirs mais nos professionnels sont aujourd’hui mieux formés et armés qu’il y a quatre ans. Les éleveurs ont mis en place des mesures de biosécurité et ont investi dans des bâtiments protégés ».

Depuis jeudi, volailles, canards et palmipèdes doivent rester à l’intérieur des élevages afin de ne pas être en contact avec les oiseaux migrateurs, possibles porteurs de la maladie. Une précaution sanitaire qui s’ajoute aux contraintes liées à la pandémie du coronavirus, qui empêche les producteurs de vendre sur les foires. « Lors du premier confinement, nous n’étions pas en période festive alors que pour le deuxième, nous sommes en plein dedans, se désole Marie-Pierre Pé. 75 % de notre activité se fait en novembre et décembre alors nous avons déjà mis en place des offres de petits conditionnements pour 4 à 6 personnes ».

Des éleveurs mieux armés et formés

Pierre Pérès est éleveur de canards à Saint-Michel, près d’Auch depuis une trentaine d’années. Actuellement, il élève entre 8.000 et 10.000 canards en plein air, répartis en deux lots : des petits canetons nés il y a une semaine et un lot de canards de 14 semaines qui vont partir au gavage. Le confinement de ces canards demandé par les autorités n’est pas une surprise.

« On voit depuis une quinzaine de jours que le risque était élevé mais nous sommes bien informés par les chambres d’agriculture, confie ce professionnel qui a vu ses canards abattus à l’hiver 2016 à cause de l’influenza aviaire. Pour les protéger, nous avons construit des petits parcs couverts. Nous sommes mieux armés que lors des crises précédentes mais cela reste un boulot colossal, sans compter les livraisons et drives que nous alimentons à cause du confinement ».

Pour éviter l’épidémie de grippe aviaire, la filière du foie gras a mis en place la base de données avicole pour localiser en temps réel tous les lots d’animaux en place. En cas d’alerte par les autorités sanitaires, cet outil cartographique donne la possibilité de bloquer leurs déplacements pour stopper la propagation de l’influenza aviaire.