Coronavirus : Les travailleuses du sexe plongées dans une extrême précarité avec le reconfinement

PANDEMIE Les deux confinements de cette année pourraient être fatals aux travailleuses du sexe, qui ont bien sûr très peu d’aides pour faire face à la crise

20 Minutes avec AFP
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Lors d'une manifestation de travailleurs et travailleuses du sexe à Paris, en 2017. (archives)
Lors d'une manifestation de travailleurs et travailleuses du sexe à Paris, en 2017. (archives) — SEVGI/SIPA

Lors du premier confinement, beaucoup ont dû s’endetter en l’absence de revenus. Cette fois, ils et elles n’ont d’autre choix que d’essayer de travailler, malgré le coronavirus. Des travailleurs et travailleuses du sexe sombrent dans l’extrême précarité, alertent des associations qui demandent une aide d’urgence à l’Etat. « Elles ont peur du virus, comme tout le monde. Mais quand on ne sait pas ce qu’on va manger et où on va dormir le soir, il y a des priorités », explique June Charlot, médiateur santé à l’association Grisélidis, à Toulouse. Il parle de « la panique » au sein de la communauté face au reconfinement. Des questions reviennent de manière récurrente : « Comment vais-je payer mon loyer ? Comment vais-je nourrir mes enfants ? »

Les travailleuses du sexe « aimeraient pouvoir ne pas travailler, se protéger, protéger la santé publique, mais elles sont difficilement en mesure de le faire. C’est une population exsangue », déplore Sarah-Marie Maffesoli, coordinatrice à Médecins du Monde. « La situation est désastreuse, y compris au niveau de la santé mentale », s’alarme-t-elle.

90 % des travailleuses et travailleurs du sexe sont précaires

Elle estime que cette grande précarité concerne 90 % des travailleuses du sexe. Soit plusieurs dizaines de milliers de personnes. Des associations, dont Médecins du Monde, Aides et le Strass (le Syndicat du travail sexuel), réclament des mesures de l’Etat, dont elles critiquent « l’indifférence ». Elles demandent notamment « un fonds d’urgence pour compenser la perte de revenu durant le confinement » et « un moratoire sur les amendes, la pénalisation des clients et les arrêtés anti-prostitution ».

Le mouvement du Nid demande des « tickets services pour de l’aide alimentaire », dans la continuité des tickets qui avaient été distribués après le premier confinement par la Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement. Le Nid souhaite aussi que les travailleuses du sexe « qui en ont besoin ait accès aux hébergements d’urgence » mobilisés pour les femmes victimes de violences.

Une petite aide de l’Assemblée

Le député LREM Raphaël Gérard a fait voter lundi à l’Assemblée une augmentation du soutien financier de 90.000 euros pour 2021 aux associations qui accompagnent les travailleuses du sexe. « Non, ça ne suffit pas. Mais cela permet de poser le sujet dans le débat public », a dit le député. Il appelle à « mettre entre parenthèses l’idéologie », la ligne abolitionniste du travail du sexe, qui prédomine depuis la loi de 2016. « Le bénéfice d’une aide reste conditionné à l’engagement dans un parcours de sortie de la prostitution », déplore-t-il. « Cela ne répond pas à l’urgence ! ». Et, note-t-il, cela n’a concerné que 250 femmes depuis 2016.

Lors du premier confinement, les associations avaient lancé plusieurs opérations de soutien. Le Strass avait créé une cagnotte : 80.000 euros avaient été récoltés grâce à des dons de clients ou de travailleuses du sexe ayant davantage de moyens. Près de 500 personnes et des associations en avaient bénéficié. « On va probablement devoir recommencer », explique Thierry Schaffauser du Strass.