Coronavirus : Pourquoi les profs font-ils pression pour que les mesures sanitaires soient renforcées dans les collèges ?

EDUCATION Une intersyndicale a lancé un appel à la « grève sanitaire » mardi pour demander de nouvelles mesures

Delphine Bancaud
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Au collège la grange aux belles à Paris, le 2 novembre 2020.
Au collège la grange aux belles à Paris, le 2 novembre 2020. — AFP
  • Pour Jean-Michel Blanquer, hors de question d’envoyer les collégiens une partie du temps chez eux pour suivre des enseignements à distance afin de limiter les risques de contamination au coronavirus.
  • Car selon lui, la densité de population est moindre au collège qu’au lycée et les élèves « plus jeunes » posent « moins de problèmes de contamination ».
  • Des arguments que réfute le Snes-Fsu, qui appelle toujours à la grève mardi, afin que de nouvelles mesures soient prises pour les collèges.

Les personnels du collège vont forcément lorgner ce qui se passe dans les lycées… Face à l’aggravation de l’épidémie de coronavirus et à une grogne assez vive dans les lycées depuis le début de la semaine, le ministre de l’Education a annoncé jeudi un nouveau renforcement du protocole sanitaire au lycée.

Les mesures de distanciation en vigueur depuis la rentrée « sont à l’évidence plus difficiles à appliquer au lycée, où les déplacements des élèves sont plus nombreux et plus fréquents, et l’organisation de la restauration scolaire plus complexe. Du fait de l’âge des élèves, de la taille des établissements et de leur organisation, les risques sont potentiellement plus importants », reconnaît Jean-Michel Blanquer dans un courrier envoyé jeudi aux chefs d’établissement. « Il convient désormais que chaque lycée établisse un plan de continuité pédagogique, mis en œuvre jusqu’aux prochains congés scolaires, qui garantisse au moins 50 % d’enseignement en présentiel pour chaque élève », demande-t-il. Mais chaque établissement peut s’organiser comme il le souhaite en privilégiant « l’accueil en demi-groupes », « l’accueil par niveau » ou « le travail à distance un ou deux jours par semaine », précise-t-il.

« Le collège reste organisé en 100 % présence »

Des annonces qui ont été saluées par les syndicats d’enseignants, mais le Snes-Fsu et le Snalc ont maintenu l’appel à la « grève sanitaire » pour mardi dans le premier et le second degré. Notamment pour demander qu’un renforcement des mesures soit aussi adopté dans les collèges. La semaine dernière, déjà, plusieurs collèges étaient notamment en proie à des mouvements de grève car les enseignants ne s’estiment pas en sécurité. Exemple au collège Guillaume-Budé de Paris, dont certains enseignants ont été en grève jeudi dernier, ces derniers se plaignant d' « un fort brassage dans tous les espaces de vie du collège : réfectoire, mais aussi cour de récréation, couloirs, abords du collège… ». Ils critiquent aussi le fait que « la désinfection n’a jamais été faite au maximum une fois par jour dans l’établissement entier », par manque de moyens et de personnel, expliquent-ils dans un communiqué. Ils notent par ailleurs que les élèves ne changent pas toujours leurs masques et qu’ils « les enlèvent régulièrement ».

Mais pour Jean-Michel Blanquer, hors de question de renvoyer les collégiens une partie du temps chez eux pour suivre des enseignements à distance. « Sauf exceptions très particulières, le collège reste organisé en 100 % présence », a-t-il martelé vendredi sur RTL. « La situation du collège est très différente de celle du lycée », a-t-il justifié. Dans ces établissements, il est « plus facile » de maintenir les élèves dans une seule classe, car ils n’ont pas d’enseignements de spécialité comme au lycée.

« Au collège, les élèves sont en moyenne 26 par classe, contre 30 au lycée ».

Les élèves y sont « plus jeunes », posent selon lui « moins de problèmes de contamination », et la densité des collèges est « en général moins forte » que celle des lycées. Ce qu’observe Philippe Vincent, secrétaire général du SNPDEN, le principal syndicat des chefs d’établissements : « Au collège, les élèves sont en moyenne 26 par classe, contre 30 au lycée, parfois 35 ».

Si le ministre a indiqué vendredi que 3.528 élèves ont été testés positifs au Covid-19 lors des 4 derniers jours et 1.165 personnels, il n’a pas fait le distinguo par niveau. Interrogé par 20 Minutes, le ministère de l’Education déclare ne pas disposer des chiffres des contaminations au collège. Or, dans sa note du 26 octobre, le Conseil scientifique ne fait pas de différence entre les collégiens et les lycéens en termes de contagiosité. « Les adolescents de 12 à 18 ans semblent avoir la même susceptibilité au virus et la même contagiosité vers leur entourage que les adultes. Ils font cependant des formes moins sévères de la maladie comparée aux adultes, avec une proportion de formes asymptomatiques autour de 50 % », peut-on lire.

L’allégement des programmes se pose aussi

Faire passer les collégiens en distanciel pour une partie de leurs cours poserait aussi d’autres soucis. Davantage de salariés travaillent sur site que lors du premier confinement (en raison notamment de l’ouverture des administrations, des établissements scolaires…), si bien que les collégiens seraient susceptibles de rester seuls chez eux certains jours. « Or, les parents des élèves de 6e jugent parfois leurs enfants trop jeunes et pas assez autonomes pour cela », indique Claire Krepper, secrétaire générale adjointe du syndicat d’enseignants SE-Unsa. Ce qui compliquerait encore la vie des entreprises et des administrations.

Des voix réclament aussi un allégement des programmes au collège : « Il faut adapter les attendus de fin d’année pour s’adapter à une année exceptionnelle à tous les niveaux d’enseignement », réclame ainsi le Sgen-CFDT dans un communiqué paru ce vendredi. La question d’une modification des épreuves du brevet, pour prendre en compte le fait que les collégiens n’ont pas eu le temps d’aborder tout le programme en raison du retard pris en début d’année pour réviser des notions, se pose aussi. Reste à savoir si la pression va augmenter dans les prochains jours dans les collèges et pousser le ministre à changer de braquet à nouveau.