Confinement à Montauban : Les commerçants au cœur du conflit entre mairie et préfecture

REPORTAGE La maire de Montauban Brigitte Barèges a pris un arrêté autorisant l’ouverture des commerces « non essentiels ». Mais certains ont été verbalisés par la police nationale

Nicolas Stival
— 
Dans le centre-ville de Montauban, le 4 novembre 2020.
Dans le centre-ville de Montauban, le 4 novembre 2020. — Nicolas Stival / 20 Minutes
  • Ce mercredi à la mi-journée, le centre-ville de Montauban était très peu animé, en pleine période de confinement.
  • La maire Brigitte Barèges a sorti un arrêté, attaqué par le préfet du Tarn-et-Garonne, pour autoriser tous les commerces à ouvrir.
  • Des commerçants restés ouverts ont été verbalisés.

Comme dans d’autres villes de France, la tension est montée d’un cran en fin de semaine dernière à Montauban, entre la maire Les Républicains Brigitte Barèges et le préfet du Tarn-et-Garonne Pierre Besnard. L’élue a dégainé un arrêté municipal pour autoriser l’ouverture des commerces « non essentiels » pendant la saison 2 du confinement, et le représentant de l’Etat a répliqué sur le terrain judiciaire. Le tribunal administratif devrait trancher vendredi. En attendant, ce mercredi midi, tout est très calme dans le centre de la cité des Tontons Flingueurs, baignée par un soleil frisquet.

Excessivement calme même. Juste en face de l’hôtel de ville, le coiffeur a tiré le rideau, tout comme à proximité Montauban Numismatique, malgré la présence fugace des patrons Rose et Eric. « Nous sommes juste venus faire quelques démarches administratives, mais nous sommes fermés depuis jeudi, explique le couple, qui achète or et argent depuis trente ans. Si vendredi, la décision du tribunal administratif est favorable, on rouvre tout de suite. Mais en attendant, on préfère rester comme ça, plutôt que de prendre une amende ou de risquer la fermeture administrative. »

Le calme règne sur la place Nationale, ce mercredi midi.
Le calme règne sur la place Nationale, ce mercredi midi. - Nicolas Stival / 20 Minutes

L’épisode de samedi matin est encore dans les esprits de tous les commerçants montalbanais. Comme dans celui de Christel (le prénom a été modifié), gérante d’une boutique de prêt-à-porter à deux pas des arcades désertées de la splendide place Nationale, cœur historique de la ville de 60.000 habitants.

Les policiers nationaux ont refroidi les ardeurs

« Il y avait peut-être la moitié des indépendants qui avait ouvert, que ce soit des vendeurs de vêtements, de chaussures, de montres ou d’accessoires, raconte-t-elle. La police nationale est arrivée environ une heure plus tard. Les policiers nous ont menacés de fermeture administrative et d’amendes. On a tenu jusqu’à midi et on a fermé car ils ont fait le tour de tous les commerces. Ils auraient pu nous laisser jusqu’à samedi soir, pour être confiné à partir de dimanche. Comme cela, on finissait le mois, ça paraissait plus logique. »

De nombreux commerces sont passés à la vente dématérialisée ou au « clique et collecte ».
De nombreux commerces sont passés à la vente dématérialisée ou au « clique et collecte ». - Nicolas Stival / 20 Minutes

Ce mercredi, comme depuis le début de semaine, Christel n’est passée au magasin que pour des histoires de « clique et collecte », devenue la norme à Montauban comme ailleurs. « On garde un contact avec la clientèle, mais ça ne compense pas du tout », observe-t-elle. Un peu plus loin, l’enseigne de maroquinerie Sac-a-d fait de la résistance, conformément au nom de la rue où elle se situe. Pourtant, sur le pas de la porte, sa gérante Delphine se dit « écœurée ».

La maire s’engage à payer les amendes

« Des policiers sont passés ce matin pour me donner une amende de 135 euros. Je vais rester ouverte, mais avec un système de réservation. » Après la tournée en forme d’avertissement de samedi, les fonctionnaires ont sanctionné un non-respect de l’interdiction d’ouverture des commerces « non essentiels ». La veille, Brigitte Barèges, dont l’arrêté municipal s’affiche sur certaines vitrines, avait fait le tour du centre ancien, et s’était engagée à régler ces fameuses contraventions.

Certaines rues du centre de Montauban sont désertes, en plein confinement.
Certaines rues du centre de Montauban sont désertes, en plein confinement. - Nicolas Stival / 20 Minutes

Au-delà des bisbilles mairie-préfecture, chez Delphine comme chez beaucoup de ses collègues montalbanais, c’est l’incompréhension qui domine. « Quand j’accueille une ou deux personnes, la distanciation sanitaire est respectée. Nous appliquons le protocole. Il y a plus de risques dans un centre commercial ! » L’approche de Noël - « c’est 30 % de mon chiffre d’affaires »- et le flou sur la durée réelle du reconfinement accentuent l’inquiétude. Avec une certitude : ce sont les mastodontes de la vente en ligne qui vont profiter de la situation.

A côte des « non essentiels », les épiceries et autres commerces de bouche peuvent travailler sans craindre la visite des forces de l’ordre. C’est le cas dans la majeure partie de la rue du Greffe où règne un semblant d’animation entre boucherie, fromagerie et torréfacteur. « Mais ça n’a rien à voir avec d’habitude, lâche un professionnel de cette artère qui finit sur la place Nationale. Si c’est pour rester ouvert alors qu’il n’y a personne, car la majorité des gens sont confinés… »

Plus généralement, « essentiels » ou pas, les commerçants du centre de Montauban ont le sentiment de voir leur situation empirer année après année, comme c’est le cas dans de nombreuses villes moyennes. « Il y a eu les attentats, les "gilets jaunes", les travaux, le premier et maintenant le deuxième confinement, énumère Christel devant son magasin de prêt-à-porter. Mais on se démène ! » Une détermination intacte qui rejaillit dans un dernier cri du cœur : « Il faut boycotter Amazon ! ».