Coronavirus : Dans les lycées, la colère monte face au protocole sanitaire jugé faiblard… Et c’est loin d’être fini

EDUCATION Plusieurs syndicats plaident pour l’accueil des élèves en effectifs réduits, via un système de rotation

Delphine Bancaud

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Coronavirus: Des lycéens manifestent pour dénoncer le protocole sanitaire dans les établissements scolaires — 20 Minutes
  • La grogne monte dans les lycées. Des élèves et des enseignants dénoncent le protocole sanitaire, jugé insuffisant pour freiner l’épidémie.
  • Après des tentatives de blocages de lycées par des élèves mardi, de nouvelles perturbations pourraient avoir lieu ce jeudi. Certains enseignants se sont aussi déjà mis en grève et le mouvement pourrait s’étendre.
  • De nouvelles mesures, comme la généralisation des cours en demi-groupes et l’allégement des programmes, sont demandées.

« Dans les classes on est 35, impossible de respecter la distanciation sociale. Dans les couloirs du lycée, nous sommes agglutinés. Dans les queues des selfs, on est collé les uns aux autres. En résumé, aucun lieu n’est sécurisé. Si ça continue comme ça, les lycées vont devenir des clusters », fulmine Mathieu Devlaminck, le président de l’Union national des lycéens (UNL).

Une impression qu’il est loin d’être le seul à avoir. « Dans certaines salles, les fenêtres sont condamnées, ce qui rend impossible l’aération. Et les agents ne sont pas assez pour assurer le nettoyage. Il aurait fallu des mesures sanitaires beaucoup plus fortes », témoigne aussi Karine *, professeure d’histoire-géographie à Villepinte (Seine Saint-Denis). Selon elle, le protocole sanitaire renforcé que le ministère de l’Education a publié vendredi sur son site est insuffisant. Celui-ci prévoit notamment un renforcement de l’aération des classes et des locaux, la limitation du brassage des élèves, et la distanciation d’au moins un mètre s’applique aussi, si c’est possible… Et si les lycées sont en première ligne dans la contestation car ils accueillent plus d’élèves, « dans les collèges aussi la colère monte », souligne Karine.

Des blocages de lycées mardi

Du coté des proviseurs, on sent bien aussi la température monter : « J’ai des retours provenant d’une vingtaine d’académies qui font état d’une tension forte chez les enseignants. Ils estiment qu’il y a trop de différences entre les mesures sanitaires qui sont prises pour les établissements et celles pour le reste de la société civile. D’autant que la réforme du bac a pour conséquence un plus grand brassage des élèves, car avec le jeu des spécialités, ils ne passent que 50 % de leur temps avec leur groupe classe », explique Philippe Vincent, secrétaire général du SNPDEN, le principal syndicat des chefs d’établissements.

Et cette grogne a déjà commencé à s’exprimer haut et fort dès lundi. « Des enseignants se sont mis en grève. Mais nous ne disposons pas pour l’heure de chiffres à ce propos », reconnaît le ministère de l’Education, interrogé par 20 Minutes. Et mardi, une dizaine de lycées parisiens ont été la cible de brefs blocages​ ou de tentatives de blocage par des élèves pour dénoncer la faiblesse du protocole sanitaire. Ailleurs en France, quelques autres tentatives de blocus ont eu lieu, comme au lycée Guist’hau de Nantes ou au lycée Pasteur de Besançon, où plus d’une centaine de lycéens étaient mobilisés. Idem en Corse, où des blocages ou rassemblements se sont aussi tenus devant plusieurs établissements.

« Le risque, c’est qu’on ajoute une crise sociale à la crise sanitaire »

Et selon Philippe Vincent, la fièvre n’est pas près de tomber : « La cocotte-minute peut exploser si aucune décision n’est prise. Le risque, c’est qu’on ajoute une crise sociale à la crise sanitaire ». Même son de cloche chez Mathieu Devlaminck : « Jeudi, il se peut qu’il y ait encore des blocages. Et si avant vendredi 12h, le ministre ne fait aucune annonce, nous appellerons à la mobilisation. Elle pourrait prendre la forme de sit-in des élèves dans les cours de récréation », prévient-il.

Tous sont unanimes sur un point : il existe des solutions pour faire prendre moins de risques aux profs et aux élèves. « Il y a une demande généralisée d’organiser les cours en demi-groupes avec un système de rotation. Ce qui permettrait de réduire de manière drastique le nombre d’élèves présents en même temps au lycée », indique Philippe Vincent. « Ce n’est pas idéal, mais ce serait la solution pour éviter une fermeture des lycées dans les prochaines semaines », renchérit Mathieu Devlaminck. « Avec ce système, les élèves suivent un cours en présentiel et repartent avec du travail à faire chez eux pendant que l’autre groupe sera au lycée », explique Karin. La région Hauts-de-France s’est prononcée mardi pour cette solution, jugeant elle aussi le protocole sanitaire incomplet.

« Nous demandons aussi un allégement des programmes scolaires »

Cette possibilité est théoriquement déjà offerte aux établissements et certains l’ont déjà adoptée. « Mais il faut au préalable que le projet d’établissement soit soumis au rectorat, qui s’appuie sur des critères sanitaires et pédagogiques pour avaliser la mise en place des cours en demi-groupes », précise la rue de Grenelle. Or, si certains recteurs valident ces projets de cours en demi-groupes, d’autres les refusent. « Le ministre ayant dit qu’il n’y était pas favorable, certains recteurs ne s’autorisent pas à les valider. Il faut une consigne plus claire », explique Philippe Vincent. Son syndicat participe d’ailleurs ce mercredi soir à une réunion avec l’entourage de Jean-Michel Blanquer. « On pourrait nous envoyer des signaux d’ouverture sur le sujet », déclare-t-il.

Et si jamais la communauté éducative obtient gain de cause sur la généralisation des cours en demi-groupes, elle ne s’arrêtera pas là. « Nous demandons aussi un allégement des programmes scolaires, car dans ces conditions particulières, tous les élèves n’avanceront pas avec la même vitesse », estime Mathieu Devlaminck. « Ça va en effet vite s’avérer nécessaire », abonde Philippe Vincent.

Le prénom a été changé