Lyon : Le confinement peut-il à lui seul diminuer les menaces proférées à l’encontre des ressortissants arméniens ?

LYON Ces derniers jours, les menaces, insultes ou tentatives d’intimidation se sont multipliés à l’égard des ressortissants arméniens de l’agglomération lyonnaise

Caroline Girardon

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Tag à la gloire d'Erdogan retrouvé sur le mémorial du génocide arménien de Décines (Rhône).
Tag à la gloire d'Erdogan retrouvé sur le mémorial du génocide arménien de Décines (Rhône). — AFP
  • Ces derniers jours, les menaces, insultes ou tentatives d’intimidation se sont multipliés à l’égard des ressortissants arméniens de l’agglomération lyonnaise.
  • Le confinement, instauré depuis vendredi, pourrait freiner la situation tout comme la décision de dissoudre les Loups gris, mouvement ultranationaliste turc.

Le confinement, instauré en France depuis vendredi, peut-il calmer les ardeurs des militants pro-Turquie dans l’agglomération lyonnaise ?  Tentatives d’intimidation, a ffrontements, tags anti-Arménie… Plusieurs incidents ont émaillé ces derniers jours dans l’agglomération. Particulièrement à Décines, ville où vivent de nombreux citoyens d’origine arménienne, à Lyon mais aussi à Vienne, dans le Nord Isère.

Pour Jeanine Paloulian, co-présidente du conseil de coordination des organisations arméniennes de France, le confinement « peut contribuer à calmer le jeu dans la mesure où tous les gens savent qu’ils sont susceptibles d’être verbalisés ». Mercredi soir dernier, 65 contraventions pour non-respect du couvre-feu ont été dressées à l’encore de militants turcs ayant défilé à Vienne puis Décines pour intimider les Arméniens, rappelle-t-elle.

La dissolution des Loups gris est-elle suffisante ?

L’annonce de la dissolution des Loups gris, mouvement ultranationaliste turc, par le gouvernement est perçue comme une « très bonne nouvelle ». « C’est quelque chose que nous réclamions depuis des semaines », se félicite Jeanine Paloulian, espérant que cette décision contribuera à ramener le calme. « Cela veut dire que tous ceux qui se prendront en photo sur les réseaux sociaux ou dans un stade de foot en faisant le signe des Loups gris, seront susceptibles d’être condamnés », explique-t-elle.

Laurence Fautra, la maire LR de Décines se réjouit, elle aussi, de cette annonce. Mais reste prudente : « Nous avons affaire à un groupuscule, pas une association qui a pignon sur rue. Par définition, ils n’ont pas de siège social, pas de locaux. Ces gens-là agissent souvent dans l’ombre et se revendiquent du mouvement. Il ne sera pas simple de dissoudre ».

« Aucune complaisance » envers Erdogan et la Turquie

La commune de Décines, qu’elle dirige, fait actuellement l’objet d’une attention particulière de services de l’Etat. Les patrouilles y ont été renforcées en concertation avec la préfecture du Rhône. « On souhaiterait une solution pérenne, à savoir davantage de soldats Sentinelle mais on a conscience que la situation est globalement tendue en ce moment », poursuit-elle, déterminée à « faire respecter les règles républicaines ». « On ne peut pas être Français et prononcer des discours haineux envers la France ou ses compatriotes », insiste-t-elle attendant que l’Etat aille « plus loin ». « Cela veut dire investiguer, par exemple, pour trouver ceux qui distillent des messages de haine », évoque la maire.

« Aujourd’hui, les citoyens français d’origine arménienne ont peur. Il y a une psychose réelle, analyse Jeanine Paloulian. Les réseaux sociaux ont un effet catastrophique et aggravent considérablement la situation. Erdogan, lui-même instrumentalise les ressortissants français turcs et focalise leur haine sur leurs concitoyens arméniens. Tout en insultant la France ». Elle plaide aujourd’hui pour une réaction ferme du gouvernement « qui se couche devant la Turquie ». « On ne peut avoir aucune complaisance », conclut-elle.