Confinement : « Le grand bazar » pour fermer les rayons des produits « non-essentiels » dans les grandes surfaces

COMMERCES Clients comme employés des grandes surfaces ont un peu de mal à s’y retrouver entre ce qui est autorisé à la vente ou non

Clément Carpentier
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Les supermarchés doivent fermer leurs rayons « non-essentiels » à partir de ce mardi.
Les supermarchés doivent fermer leurs rayons « non-essentiels » à partir de ce mardi. — Clément Carpentier / 20 Minutes
  • Les supermarchés doivent fermer leurs rayons « non-essentiels » à partir de ce mardi après la publication du décret au Journal officiel.
  • Malgré la publication de la liste des produits autorisés à la vente, les grandes surfaces et leurs clients ont beaucoup de mal à s’y retrouver pour le moment.
  • Il y aura une « tolérance » encore jusqu’à mercredi. En revanche, une jauge va devoir être respectée.

Dans cette grande surface bordelaise, on se croirait à la gare Saint-Jean un jour de grève à la SNCF. Il y a des gilets rouges partout. Mais cette fois-ci, ils ne répondent pas à des voyageurs mais à des clients un peu paumés avec la fermeture ce mardi matin des rayons des produits dits « non-essentiels ». Problème, Delphine*, vendeuse de son état, a elle-même « du mal à s’y retrouver » dans son secteur, le numérique. Les téléphones portables, c’est oui. Les jeux vidéo, c’est non.

Lors de cette matinée si particulière, elle passe son temps à poser de la rubalise sur ses produits plutôt que les habituelles guirlandes et autres décorations de Noël à cette période de l’année. Mais au moins avec la parution du décret au Journal officiel ce mardi, elle en sait un peu plus que ces derniers jours : les supermarchés doivent ainsi fermer leurs rayons textiles, culture (livre, CD, etc.), jouets, meubles et fleurs.

Les clients valident cette décision

« C’est juste normal, pour Nicolas un client, c’est le minimum que l’on peut faire pour aider les petits commerçants qui ne peuvent pas ouvrir pendant ce confinement. C’est tellement injuste pour eux. Ça ne va pas les sauver mais c’est déjà mieux que rien. » Derrière son caddie, il trouve même que d’autres rayons devraient aussi fermer. « Franchement, les produits de beauté, c’est essentiel ? », s’interroge-t-il. A quelques mètres de lui, Marianne pense que « c’est une bonne chose » cette décision du gouvernement, en revanche elle ne valide pas la forme.

Pour cette Bordelaise, « il n’y a absolument rien de préparé, on fait tout à l’arrache. Un jour, on entend quelque chose, le lendemain, c’est autre chose. On n’anticipe pas, on ne fait que de réagir et au final personne ne comprend rien. Dans quelque temps, on ne saura même plus où aller pour faire nos courses ». Son compagnon, Thierry, remarque que « la rubalise n’empêche personne de prendre ce qu’il y a dans ces rayons » et se demande « ce qu’on lui dira à la caisse si jamais il a un DVD dans mon chariot… Qui va contrôler ça ? Si ce sont les caissières, ça va être l’enfer. »

Des centaines de mètres carrés fermées à coups de rubalise

L’enfer, c’est justement ce qu’est en train de vivre l’un des responsables de ce supermarché. « On essaie de faire au mieux, avoue-t-il entre deux consignes à ses équipes, mais c’est très compliqué, on en met [de la rubalise] un peu partout sans trop savoir. Mettre des grilles, c’est impossible car il y a plusieurs centaines de mètres carrés à fermer. C’est le grand bazar. » Il regrette qu’au sein du même rayon, « il est parfois difficile de trancher » et prend l’exemple des arts de la table : « Une poêle, c’est essentiel, on est d’accord mais la tasse de café à côté, j’en fais quoi ? »



Il espère qu’au fil des jours, tout va rentrer à peu près dans l’ordre. Pour l’instant, il a décidé de maintenir le rayon des jouets ouvert. Certains des employés passent d’ailleurs avec des palettes venues du rayon numérique pour le remplir. Mais s’il y aura une « tolérance » jusqu’à mercredi, il devra bien ensuite le fermer. Du coup, il a décidé d’afficher dès maintenant de grandes affiches pour insister les clients à poursuivre leurs achats en « click and collect ». Ahmed profite en tout cas de ce « dernier jour » pour remplir son caddie de jouets pour ses deux garçons car « on ne sait pas quand ça va rouvrir et il est hors de question de commander sur Internet ».

Une jauge à respecter dès mercredi

C’est justement ce qui fait réagir Martine un peu plus loin devant le rayon librairie fermé, lui, depuis samedi matin. Cette aide-soignante « comprend les commerçants comme les grandes surfaces mais franchement la personne qui veut vraiment quelque chose, elle va le chercher sur Internet. Point barre. » « On ne fait simplement que repousser le problème plus loin et en plus, on crée la pagaille. Soit on ferme tout, soit on laisse tout ouvert ! Là, ça ne ressemble pas à grand-chose », ajoute la quadragénaire.


A partir de mercredi, les grandes surfaces devront aussi faire avec une jauge. Elles ne pourront pas « accueillir un nombre de clients supérieur à celui permettant de réserver à chacun une surface de 4 m2 », précise le décret. La capacité maximale d’accueil devra être « affichée et visible depuis l’extérieur » des magasins.

*Le prénom a été changé