Confinement : Après la fête à l’école de police de Nîmes, les syndicats dénoncent « un vrai problème de recrutement »

ENQUETE La vidéo montrant des élèves de l’école de police de Nîmes faisant la fête en plein couvre-feu a suscité l’indignation

Thibaut Chevillard

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Des élèves de l'école de police de Nîmes, en novembre 2016
Des élèves de l'école de police de Nîmes, en novembre 2016 — PASCAL GUYOT / POOL / AFP
  • Une enquête administrative a été ouverte après la diffusion d’une vidéo montrant des élèves de l’école de police de Nîmes faisant la fête en plein couvre feu.
  • Le ministre de l’Intérieur a assuré ce lundi matin sur BFMTV que les élèves concernés « seront exclus ».
  • Pour les syndicats, cet incident révèle une baisse du niveau des personnes recrutées.

Une fête organisée en plein couvre-feu qui pourrait leur coûter cher. Les images de cette soirée clandestine, à laquelle participaient mercredi dernier des élèves de l’école de police de Nîmes, ont fait le tour des réseaux sociaux, obligeant le ministre de l’Intérieur à réagir fermement. « J’attends le rapport du directeur général de la police nationale pour me dire quels sont les élèves concernés, et ces élèves seront exclus », a déclaré Gérald Darmanin ce lundi sur BFMTV. « On ne peut pas être policier et se moquer des règles que l’on impose aux autres, a-t-il ajouté. Pour être respecté, il faut être respectable. Sur la base de preuve, j’exclurai ces élèves de l’uniforme de la police nationale. »

Il est 21h20, ce mercredi, lorsque deux policiers de la brigade cynophile se rendent au chenil situé dans l’enceinte de l’école de police de Nîmes. Quelques minutes plus tôt, le président de la République a annoncé, lors d’une allocution télévisée, que les Français seraient de nouveau confinés pour plusieurs semaines dès le lendemain soir. Soudain, les deux fonctionnaires entendent « des hurlements et de la musique anormalement forte provenant a priori du stade de l’école de police », raconte l’un d’eux dans une main courante consultée par 20 Minutes. Après avoir nettoyé les box et s’être occupé des animaux, les deux fonctionnaires partent en voiture en direction du poste de garde de l’école.

« Les bons profils veulent de moins en moins venir en police »

Dans la descente du stade, ils tombent sur « une centaine d’élèves ». Certains, les voyant arriver, se mettent à crier « Ara ! Ara ! » à plusieurs reprises, comme les guetteurs dans les cités qui alertent les dealers de la présence des forces de l’ordre. Les deux agents se retrouvent au beau milieu d’un « mouvement de foule ». Des participants « encapuchés » – « des individus dépourvus de toute éducation » – les invectivent, les sifflent et les insultent. Les deux policiers décident alors de sortir de leur véhicule avec un chien, ce qui « a pour résultat de disperser toute cette foule ». Une enquête administrative a été ouverte par l’école dès le lendemain des faits.

Dans les rangs policiers, l’incident a du mal à passer. « Que certains aient voulu faire la fête, on peut le comprendre, même s’ils doivent être évidemment sanctionnés. Cela reste des étudiants. Mais ceux qui ont insulté nos collègues, qui se sont comportés comme des délinquants, il n’y a pas débat, ils n’ont rien à faire chez nous ! », explique à 20 Minutes Linda Kebbab, déléguée nationale du syndicat Unité SGP Police-FO.

Pour la syndicaliste, cet incident montre que les nouvelles recrues n’ont pas toujours le niveau requis pour rejoindre l’institution. « Avec les conditions de travail pourries, le niveau des salaires en baisse, le sentiment de mépris, les bons profils veulent de moins en moins venir en police. Mais il faut répondre à l’urgence et à la demande des politiques » qui annoncent des recrutements supplémentaires, poursuit-elle.

« Il ne faudrait pas que cela se retourne contre nous »

« Certains se sont comportés comme de petits voyous ! » s’indigne une autre source syndicale, désolée par les images de la soirée. Avant d’ajouter : « Il y a un vrai problème de recrutement. Des élèves sont acceptés alors qu’ils n’ont que 8 de moyenne à l’examen, ça ne va pas ! Il y en a des paquets. A mon époque, cela ne se passait comme ça. En pleine période terroriste, il ne faudrait pas que cela se retourne contre nous. » Un élève de l’école de police de Nîmes, âgé d’une trentaine d’années, avait d’ailleurs été suspendu, en mai 2017, pour avoir fait circuler une vidéo de propagande de Daesh dans son établissement. Il avait été dénoncé à la direction de l’école par ses camarades.