Confinement à Saint-Malo : « Il faut se révolter »… La propriétaire d’un magasin d’ameublement vend du pain pour rester ouverte

CRI DE RAGE Sylvie Scotti a accueilli quelques clients ce vendredi dans son magasin Album de famille à Saint-Malo

Camille Allain

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Sylvie Scotti est la propriétaire de deux magasins d'ameublement situés à Saint-Malo. Elle refuse de fermer malgré le confinement.
Sylvie Scotti est la propriétaire de deux magasins d'ameublement situés à Saint-Malo. Elle refuse de fermer malgré le confinement. — Pascal Helleu

Elle est en colère et elle le fait savoir. Propriétaire de deux magasins indépendants d’ameublement installés à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), Sylvie Scotti a ouvert normalement ce vendredi matin, faisant fi de l’interdiction imposée par le confinement. La patronne a même organisé un dépôt de pain à l’entrée de ses établissements, laissant croire que son activité revêt un volet alimentaire. Une plaisanterie ?

Pas du tout. Plutôt un cri de rage, de désespoir. « Il faut se révolter. Il faut en parler. Ce qui nous arrive, c’est une injustice, une concurrence déloyale. Je ne pense pas qu’à moi mais à tous les indépendants, tous les libraires, tous ceux à qui on interdit de travailler. Mais Amazon va cartonner », s’agace la Bretonne.

Darty ou Leroy-Merlin restent ouverts

Au-delà de la vente en ligne, grande gagnante de l’épidémie de Covid-19, Sylvie Scotti s’énerve de voir certaines grandes enseignes ouvrir, à l’image de Leroy-Merlin, la Fnac ou Darty, pendant que d’autres sont contraints à baisser le rideau pendant un mois. « Je ne suis pas opposée à ce qu’ils ouvrent, mais pourquoi eux et pas d’autres ? Moi je vends de la peinture aussi, de l’aménagement ». Ce vendredi matin, sa boutique de conseil en ameublement a reçu quelques clients, mais uniquement ceux qui avaient rendez-vous. « On a laissé les portes ouvertes mais avec le confinement, les clients de passage ne sont pas là ».

Lors du premier confinement de mars, la propriétaire d’Album de famille avait accusé une perte sèche de 450.000 euros. Pour cette fin d’année où elle réalise normalement une belle part de son chiffre d’affaires, elle estime que ce sont pas loin de 800.000 euros qui pourraient s’envoler. « J’ai douze salariés. Mais si on ferme encore un mois, on ne rouvrira pas », prévient la fondatrice de l’enseigne, créée il y a trente ans, à Rennes. Jeudi soir, elle avait pris le soin d’alerter la mairie de Saint-Malo et la gendarmerie de sa volonté d’ouvrir délibérément. Contrairement à un propriétaire de magasin de jouets des Côtes d’Armor, les gendarmes ne s’étaient pas déplacés ce vendredi matin. « Ils peuvent venir me chercher, je ne céderai pas ! », prévient-elle.