Confinement : Attention, cette photo virale d’un supermarché dévalisé date de mars dernier

FAKE OFF Sur Facebook, un post rapporte que des supermarchés sont en rupture de stock dans l’Hérault, cliché à l’appui. Celui-ci remonte en réalité au 4 mars et a été pris dans l’Essonne, avant même le premier confinement

Emilie Jehanno

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A la sortie d'un supermarché, à Bordeaux, le 27 octobre 2020.
A la sortie d'un supermarché, à Bordeaux, le 27 octobre 2020. — Philippe LOPEZ / AFP
  • Un post vu près de 400.000 fois sur Facebook alerte sur une ruée dans les supermarchés dans l’Hérault avant l’annonce du nouveau confinement.
  • En réalité, la photo, publiée dans Le Parisien, date du 4 mars dernier et concerne une enseigne d’Athis-Mons (Essonne).
  • Le témoignage présenté dans la publication est un condensé de deux citations extraites de ce même article de presse.

L’annonce du reconfinement n’avait pas encore été faite que déjà circulait sur Facebook un post alarmiste montrant des rayons en rupture de stock. Une publication indiquait ainsi, mercredi 28 octobre en début d’après-midi, que les « rayons de certaines enseignes [étaient] en rupture de stocks » dans l’Hérault. Une photo d’un rayon vide illustre cette publication, vue près de 400.000 fois.

La publication sur Facebook le 28 octobre fait référence à des rayons de supermarchés vidés.
La publication sur Facebook le 28 octobre fait référence à des rayons de supermarchés vidés. - Capture d'écran Facebook

Un témoignage, présenté comme celui d’un employé d’une enseigne Système U, accompagne le cliché : « En à peine une demi-journée on a dix palettes de farine qui sont parties. L’individualisme inquiétant de la part des clients est juste dingue. Les gens ne comprennent pas que c’est en se ruant sur les stocks bêtement qu’on arrive à une pénurie. C’est ridicule et ça montre à quel point les gens sont individualistes. » Le post relaie ensuite un appel au calme de la Fédération des commerces et de la distribution.

FAKE OFF

Plusieurs éléments de cette publication sont erronés, et tirés en réalité d’un article publié avant le premier confinement. La photo date, en fait, du 4 mars 2020. Une simple recherche inversée dans Google Image permet d’en retrouver la trace sur le site du Parisien. Elle avait été publiée dans le cadre d’un article consacré à un magasin Carrefour d’Athis-Mons, dans l’Essonne, qui avait été pris d’assaut par peur d’un éventuel confinement, début mars. On remarquera d’ailleurs que la photo publiée sur Facebook a été recadrée.

Le témoignage du supposé employé d’une enseigne Système U mêle, presque mot pour mot, deux citations extraites de cet article, celle d’Adel, une cliente, et d’Ali, un employé. Dans l’article, Adel dit : « C’est juste dingue, les gens ne comprennent pas que c’est en se ruant sur les stocks bêtement qu’on arrive à une pénurie. C’est ridicule et ça montre à quel point les gens sont individualistes, c’est chacun pour soi et puis c’est tout. »

Par ailleurs, c’est Ali, l’un des employés du magasin, qui explique au Parisien : « En à peine une journée on a dix palettes de pâtes qui sont parties, c’est incroyable. » Les pâtes ont apparemment été remplacées par de la farine dans la publication.

Un appel à ne pas se ruer sur les courses bien réel

L’appel au calme et à la mesure de la Fédération des commerces et de la distribution (FCD) est, par contre, bien réel. Jacques Creyssel, délégué général de la FCD, est intervenu sur BFMTV, mercredi 28 octobre, pour rappeler qu’il y a des stocks disponibles. Il souhaite que chacun fasse preuve d’un « comportement civique et raisonnable ». « En mars, personne n’a manqué de produits. Lorsqu’il y a eu des difficultés, c’était vraiment des difficultés très spécifiques », précise-t-il.

« On a un tout petit peu d’expérience, on a vu ce qui a précédé le confinement de mars, cela nous a appris un certain nombre de choses ainsi qu’à l’amont, aux industriels, a aussi expliqué à l’AFP Thierry Desouches, porte-parole de Système U. Depuis la sortie du confinement, on a des stocks légèrement supérieurs à ce qu’ils sont normalement de produits qu’on dit "psychologiques", comme les pâtes ou les conserves de légumes. »