Halloween : « On découvrira de nouvelles théories scientifiques qui expliqueront les maisons hantées », explique Yves Lignon

INTERVIEW A l’occasion d’Halloween, « 20 Minutes » vous fait découvrir des maisons hantées ou des lieux maudits un peu partout en France. Yves Lignon, spécialiste des phénomènes paranormaux, décrypte ces croyances d’hier et d’aujourd’hui

Béatrice Colin

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Yves Lignon, spécialiste des maisons hantées et phénomènes paranormaux, a écrit plusieurs livres sur le sujet.
Yves Lignon, spécialiste des maisons hantées et phénomènes paranormaux, a écrit plusieurs livres sur le sujet. — B. Colin / 20 Minutes
  • Ce samedi, c’est Halloween, l’occasion de se raconter des histoires d’horreur. 20 Minutes vous fait découvrir celles de lieux maudits ou de maisons hantées partout en France.
  • Yves Lignon, auteur de plusieurs livres sur les phénomènes paranormaux, décrypte ces croyances autour du paranormal.

Pianos qui jouent tout seuls, dames blanches au bord de la route ou encore fantômes qui déambulent dans les couloirs de maisons hantées. Depuis des siècles, les récits de phénomènes paranormaux nourrissent l’imaginaire collectif. Alors qu'Halloween se profile, ces histoires ressortent du placard. Pendant quarante ans, Yves Lignon, a enquêté sur des affaires de ce type, avec toujours un objectif : regarder les faits sous un angle scientifique. Fondateur du laboratoire de parapsychologie, il a écrit de nombreux livres sur le sujet et répond aux questions de 20 Minutes.

Est-ce que le concept de maison hantée existe vraiment ?

Ou, dans tout ce qu’on appelle paranormal, il y a un double sens : celui de la science et celui du cinéma et de la littérature fantastique. Sur le terrain, on constate une réalité. Cela peut-être des bruits et craquements à répétition. On utilise alors les moyens scientifiques pour l’expliquer, comme les infiltrations d’eau par exemple. Des explications simples auxquelles les gens ne veulent parfois pas penser. C’est le cas d’une dame près de Toulouse à qui l’on a expliqué que le jour où les camions arrêteraient de passer à côté de sa maison, celle-ci arrêterait de vibrer. Il y a aussi des arnaques, dire que la maison est hantée pour ne pas payer son loyer, on a vu des cas. Et puis il y a des situations où la science ne dispose pas de moyens pour l’expliquer. C’est rare mais cela existe.

Avez-vous rencontré beaucoup de cas inexpliqués scientifiquement ?

Entre 1974 et 2008, nous avons reçu 1.118 récits de maisons et lieux hantés au sein du laboratoire de parapsychologie de Toulouse. Nous avons ouvert des enquêtes pour 97 d’entre eux. Et sur ces 97, j’en ai retenu huit ou je me suis dit que nous étions en présence d’une réalité scientifiquement inexplicable. Ça suffit pour dire que des objets qui se déplacent tout seuls, des instruments de musique qui jouent sans musicien, c’est une réalité. Scientifiquement on constate, mais scientifiquement on ne connaît pas d’explication, c’est la définition du paranormal.

Et que se dit-on face à ces phénomènes quand on est plutôt cartésien comme vous ?

On pense que dans 50 ans, 100 ans on saura. Vous savez quand les Grecs entendaient le tonnerre, ils disaient qu’il y avait une querelle de ménage chez les dieux. Pour la maison hantée, on en est à peu près au même stade. Un jour on découvrira de nouvelles théories scientifiques qui expliqueront le phénomène de la maison hantée, ça, je n’en doute pas.

Il y a l’aspect matériel dans le paranormal. Et la dimension psychologique ?

Il y a des gens troublés, déstabilisés et qui voient des choses qui n’existent pas. Cela concerne les sciences humaines mais pas les sciences exactes. Les gens trouvent souvent des exutoires ailleurs, en particulier en période de crise qui sont propices au développement du merveilleux sordide.

Que pensez-vous des chasseurs de fantômes qui font les beaux jours de certaines émissions de télévision ?

Beaucoup de mal. Ils ne connaissent pas les dossiers d’un point de vue scientifique. On recherche des fantômes sans se poser la question préalable de l’existence même des fantômes. Qui dit maison hantée, dit fantôme, dit manifestation de personnes décédées. C’est sans fondement scientifique et cela discrédite les recherches.

Les maisons hantées existent, mais pas les fantômes ?

Scientifiquement, on fait une distinction entre les maisons hantées et les fantômes. Les maisons hantées ce sont des déplacements d’objets et bruits incongrus, des pianos qui jouent tout seuls. Les fantômes c’est un tout autre problème. On a encore moins d’informations sur les apparitions, une seule fois il y en a eu une dans un contexte de laboratoire, lors d’une reconstitution d’une séance de spiritisme en laboratoire, en 1929.

Le surnaturel n’est pas nouveau. Pourquoi cette passion pour ces phénomènes à travers les siècles ?

Il y en a eu dès l’Antiquité romaine. Pline le Jeune en raconte une qui pouvait être très moderne, une histoire de squelette accroché à des chaînes. Sous la dynastie Ming on ne bâtissait des palais qu’avec des couloirs qui zigzaguaient car on disait que les fantômes marchaient droit. C’est vraiment universel. L’être humain a besoin de merveilleux, moi le premier.

Mais ces questions de paranormal drainent aussi tout un tas de charlatans…

En France particulièrement, parce qu’il n’y a pas de scientifiques spécialisés, contrairement aux Etats-Unis ou à d’autres pays, où des universités ont des laboratoires qui se penchent sur le sujet. Il y a un vide énorme et le charlatanisme prospère si la science laisse l’espace libre. Rentrer en communication avec les morts, ça rapporte de l’argent et cela correspond à un besoin car les êtres humains en général ont toujours refusé le caractère définitif de la mort.