Halloween à Bordeaux : Le mystère des momies de la tour Saint-Michel

ICI TROUILLE A l’occasion d’Halloween, « 20 Minutes » vous fait découvrir des maisons hantées ou des lieux maudits un peu partout en France. A la tour Saint-Michel, plane toujours le mystère de momies découvertes au XVIIIè siècle

Mickaël Bosredon

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Les momies trouvées sous la flèche Saint-Michel ont été exposées dans la crypte pendant près de 200 ans
Les momies trouvées sous la flèche Saint-Michel ont été exposées dans la crypte pendant près de 200 ans — Bordeaux Tourisme
  • Ce samedi, c’est Halloween, l’occasion de se raconter des histoires d’horreur. « 20 Minutes » vous fait découvrir celles de lieux maudits ou de maisons hantées partout en France.
  • En 1791, quelque 70 momies dont la provenance reste mystérieuse ont été déterrées sous la tour de la basilique Saint-Michel.
  • Exposées pendant près de 200 ans dans la crypte de la tour, elles ont alimenté les légendes les plus effrayantes, et leur mystère demeure toujours.

(Re)confinement oblige, il n'est plus possible de visiter la tour Saint-Michel. Et cela pour un long moment, puisqu'il était prévu que la flèche ferme samedi pour travaux pendant... cinq ans. Mais cela ne vous empêche pas de tenter de percer, à votre tour, le mystère des momies de la tour Saint-Michel à Bordeaux...

Mais attention, ce mystère s’annonce plus compliqué à résoudre que l’énigme du dernier escape game à la mode. Il va falloir vous documenter en archéologie, en anatomie, voire en géologie, pour tenter d’y voir plus clair. Relire Stendhal, Hugo, Flaubert ou Théophile Gauthier. Et plonger aussi un peu dans les arcanes du spiritisme… Prêts à vous embarquer dans cette histoire ahurissante, et à voyager dans le temps ?

Très vite, des légendes se transmettent autour de ces momies

La tour, ou flèche, de la basilique Saint-Michel a été édifiée au XVe siècle sur un ancien sanctuaire datant du Moyen-Âge. En 1791, le directoire du département ordonne la suppression d’un charnier, situé sous la tour. « Quand la pioche arriva près des fondations de la tour, on fut surpris de ne plus rencontrer ni bières pourries, ni vertèbres rompues mais des corps entiers, desséchés et conservés par l’argile qui les recouvrait depuis tant d’années », écrit Victor Hugo à ce propos. Quelque 70 corps momifiés, en parfait état de conservation, des lambeaux recouvrant encore leur chair asséchée, sont effectivement déterrés. Comment avaient-ils pu traverser les âges sans être réduits à l’état de poussière ? Le mystère est entier.

Les théories les plus baroques ont été avancées pour tenter d’expliquer l’inexplicable, sachant que ces cadavres seraient donc vieux de plusieurs siècles. D’antiques coutumes auraient-elles été pratiquées sur ces corps, leur permettant de se figer dans le temps ? Très vite, des légendes se transmettent autour de ces momies, exposées au public dès 1791 dans la crypte de la flèche Saint-Michel. Mais quel sort avait-il pu être jeté sur ces cadavres, pour qu’ils reviennent hanter de la sorte les vivants ?

« Pour moi, ce n’était pas des momies ; c’était des fantômes » écrit Victor Hugo

Parmi les momies figurait, se dit-il, une famille entière de six ou sept personnes, mortes des suites d’un empoisonnement aux champignons vénéneux. Les visages effrayant de ces adultes et de ces enfants, seraient dus à une déformation en raison de leur douleur au moment de leur trépas. On vient aussi voir le portefaix (homme dont le métier est de porter des fardeaux), une momie encore courbée en raison soi-disant de la charge que le défunt transportait. Il serait mort sous le poids trop lourd qu’il s’était imposé lors d’un défi.

Dès le XIXe, un détour par la crypte pour voir ces momies devient un arrêt obligatoire si l’on passe par Bordeaux. D’illustres voyageurs se rendent sur place, et entretiennent le mystère. Victor Hugo a particulièrement été inspiré. « Je me sentis, pour ainsi dire, en communication directe et intime avec les mornes habitants de ce caveau, écrit-il. Je regardais avec une sorte de vertige cette ronde qui m’environnait immobile et convulsive à la fois (…) Pour moi, ce n’était pas des momies, c’était des fantômes. » Gustave Flaubert décrit « les grimaces de tous ces cadavres de diverses grandeurs, dont les uns ont l’air de pleurer, les autres de sourire, tous d’être éveillés et de vous regarder comme vous les regardez ». Stendhal, Théophile Gauthier, et plus tard Louis-Ferdinand Céline, relatent aussi leurs impressions.

Le fondateur du spiritisme serait venu sur place pour entrer en contact avec une momie

Ces momies présentées debout ne manquent pas non plus d’attirer des adeptes du paranormal, qui tentent d’entrer en contact avec l’esprit de ces morts qui semblent avoir tant d’histoires à raconter. Allan Kardec, fondateur de la philosophie spirite, ou spiritisme, pour qui « une fois désincarnés, les morts peuvent communiquer avec les vivants », serait venu sur place pour solliciter la momie n° 48… On parle aussi de rites sataniques qui seraient pratiqués dans la crypte.

Le touriste, lui, adore venir s’y faire peur. Les guides, effectuant la visite à la chandelle puis à la torche électrique au XXe, n’hésitent pas à en rajouter. L’un d’eux s’amusait même à tirer la langue d’une des momies… « Il y avait un côté horrifique avec ces vrais cadavres humains exposés, dont on voyait encore la chair et des haillons, raconte Quentin Camara, en charge de l’accueil du public à la flèche. Et les gardiens en jouaient​ : toutes les histoires qui se sont transmises autour de ces momies, sont en fait très difficilement vérifiables… » Pour ne pas dire totalement inventées. Les corps dataient-ils d’ailleurs du Moyen-Âge ? Rien n’est moins sûr.

La nature du sol, argileux et sablonneux à cet endroit, a très certainement joué son rôle

Il n’empêche. Ces 70 corps se sont bien momifiés « naturellement », puisque aucune trace d’embaumement n’a été trouvée. Et parmi les autres restes déterrés sur le site, aucune autre momie n’a été mise au jour. Aucune explication scientifique n’a apporté de piste définitive, même si la nature du sol, argileux et sablonneux à cet endroit précis, a très certainement joué son rôle.

Pour des questions d’hygiène, et de respect de ces défunts, les momies ont été retirées de la crypte par la municipalité en 1979, pour être transférées au cimetière de la Chartreuse (on peut visionner ici un reportage sur le site de l’INA). Depuis 2013, il est possible de voir un film, projeté dans la crypte, qui raconte l’histoire de ce mystère. L’esprit des momies plane ainsi toujours dans la flèche Saint-Michel. Qui avait d'ailleurs décidé de longue date, de fermer ses portes samedi, jour de la fête des morts. Hasard ? A vous de voir.