Halloween à Toulouse : L'antique mystère des croix lumineuses sur la façade de la Dalbade

ICI, TROUILLE A l’occasion d’Halloween, « 20 Minutes » vous fait découvrir des maisons hantées ou des lieux maudits un peu partout en France. A l’église de la Dalbade, l’apparitions de croix sur la façade demeure un mystère

Béatrice Colin

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Fronton et entree de l'Eglise de la Dalbade
Fronton et entree de l'Eglise de la Dalbade — Alexandre GELEBART/20MINUTES
  • Ce samedi, c'est Halloween, l'occasion de se raconter des histoires d'horreur. 20 Minutes vous fait découvrir celles de lieux maudits ou de maisons hantées partout en France. 
  • A Toulouse, plusieurs cas de phénomènes paranormaux ont été recensés au fil des siècles, dont celui des apparitions de croix lumineuses sur la façade de l’église de la Dalbade, au XIIIe siècle.
  • Pour le spécialiste de ces sujets, Yves Lignon, la science peut expliquer beaucoup de ces phénomènes, mais celui-ci reste un mystère.

Des histoires de maisons hantées, Toulouse en a connu. L’une des plus récentes fut certainement celle de l'hôtel particulier, au numéro 1 des allées Paul-Feuga, à quelques pas de la Garonne. Des années 1960 aux années 1980, la rumeur bruissait dans toute la Ville rose que les occupants des lieux n’étaient autres que les fantômes des âmes damnées qui avaient été exécutées là bien des siècles auparavant.

« A l’époque où cela circulait, la maison était désaffectée, à côté il y avait un terrain vague où il y avait souvent des sans-abri. Quand la bâtisse a été transformée en appartements et que ces constructions sont apparues à côté, la rumeur a disparu. Il n’y a pas de mythe, ou que ceux que fabrique l’imagination », assure Yves Lignon, auteur du Petit guide scientifique du voyageur au pays du paranormal.

Pour ce spécialiste des phénomènes paranormaux, qui prépare un livre sur les maisons hantées d’Occitanie, plus que celle du quartier Saint-Michel, c’est une tout autre histoire qui garde pour lui une part de mystère, bien moins connue. Celle des apparitions lumineuses de croix sur la façade de Notre-Dame de la Dalbade. Elles ne datent pas d’hier mais d’une période plus troublée de l’histoire toulousaine.

En 1210, la croisade contre les Albigeois fait rage dans la région. Le comte de Toulouse, Raymond VI, s’y est rallié, sans réelle conviction. Dans une période où les questions de croyance jouent un rôle prépondérant dans la politique, le mystique peut être un moyen de manipuler les foules. Et c’est dans une des chroniques de Pierre des Vaux-de-Cernay, un moine dévoué à la cause de Simon de Montfort, bourreau des Cathares que l’on découvre celle de La Dalbade.

Extrait des chroniques de Pierre des Vaux de Cernay. XIIIe siècle.
Extrait des chroniques de Pierre des Vaux de Cernay. XIIIe siècle. - Google Books

« Près du palais du comte de Toulouse s’élève une église dont les murs extérieurs ont été récemment blanchis. Un soir on vit apparaître sur toute leur surface une infinité de croix argentées de toutes tailles et en mouvement. Elles apparaissaient et disparaissaient. Beaucoup de personnes les voyaient mais le temps de lever le doigt et la croix que l’on voulait montrer avait disparu. Pendant une quinzaine de jours, les Toulousains vinrent les voir », raconte le religieux.

Pas d’explication scientifique

Cette chronique fait référence à l’ancienne église de la Dalbade, construite en 541 et ravagée en 1442 lors d’un incendie. L’actuelle, faite de briques, a gardé la référence à sa couleur et son nom d’autrefois : Santa Maria dealbata, à savoir Sainte-Marie la blanche. Le phénomène d’apparition dura une quinzaine de jours, s’arrêta comme il avait commencé, mais devint un véritable phénomène pour les habitants de la Ville rose.

Avec l’esprit d’un homme du XXIe siècle, on se dit que la ficelle est grossière, qu’il suffit de projeter sur un mur blanc des images depuis la fenêtre d’un appartement proche pour que le tour soit joué. « On peut penser à une machination de l’évêque de Toulouse contre le comte de Toulouse, alors que les Croisés se trouvent aux portes de la ville. D’autant que l’église venait d’être blanchie, comme si quelqu’un préparait un écran », relève le spécialiste. Surtout lorsque l’on sait que l’évêque de l’époque, connu sous le nom de Foulquet de Toulouse, grand troubadour et célébré par Dante dans sa Divine Comédie, est l’un des seuls appuis du pape dans le secteur.

Mais Yves Lignon, un cartésien qui utilise la science pour expliquer une grande partie des phénomènes dits paranormaux, ce cas fait partie de ceux qui restent tels un point d’interrogation. « Qu’il y ait eu un enjeu à faire croire qu’il s’agit d’un miracle, à manipuler les foules en jouant sur le doute et le merveilleux, cela n’aurait pas été nouveau. Mais comment pouvait-on faire apparaître cette image à une époque où l’appareil de projection n’existait pas et n’a été inventé bien qu’après ? Pour moi, cela reste un mystère que la science ne peut pas expliquer », conclut-il.