Coronavirus : « Le bonheur de les voir passe avant la peur »... Malgré le risque, ils chouchoutent leurs petits-enfants pendant la Toussaint

TEMOIGNAGES Nos internautes racontent comment ils ont réussi, ou pas, à faire attention en gardant pendant les vacances de la Toussaint leurs petits-enfants et à profiter de ces retrouvailles

Oihana Gabriel

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Les grands-parents ont parfois décidé de prendre en vacances leurs petits-enfants malgré le Covid-19.
Les grands-parents ont parfois décidé de prendre en vacances leurs petits-enfants malgré le Covid-19. — Pixabay
  • Avec l’épidémie de Covid-19 repartie de plus belle, certaines familles se retrouvent devant un dillemne compliqué : faut-il ou pas envoyer les petits-enfants chez les grands-parents ?
  • Certains de nos lecteurs nous ont raconté pourquoi ils ont fait le choix de recevoir chez eux leur progéniture durant la Toussaint, et les mesures qu’ils ont prises pour limiter les risques.

Comment prendre soin des siens sans les mettre en danger, à l’heure où on compte en France jusqu’à 50.000 nouvelles contaminations en 24 heures au coronavirus ? Alors que les enfants sont encore en vacances scolaires jusqu’au 2 novembre, certains grands-parents se sont retrouvés devant un dilemme rare pour la Toussaint : faut-il prendre chez soi la marmaille ou éviter de les voir pour limiter les risques de tomber malade ?

La balance bénéfice/risque n’est pas la même pour tous. Gérard, 88 ans, pragmatique, explique le raisonnement qui l’a mené, lui et sa femme, à prendre en vacances leurs petits-enfants. « Première attitude : ne pas tomber dans l’angoisse hystérique du moment véhiculée par les pouvoirs publics et les médias. Deuxième attitude : examiner l’état de santé réel de chacun et en déduire si des risques objectifs existent. Ayant constaté notre bon état général commun, nous avons donc fait comme d’habitude, à l’exception des embrassades, et laissé libre cours à nos sourires non masqués et notre affectivité. » Certains soulignent aussi qu’ils ont répondu à des appels du pied de parents épuisés… « Ils avaient besoin d’un break, les enfants aussi, et nous sommes heureux de les avoir à la maison », souligne Marie-Christine, 71 ans, qui s’est occupée de ses petits-enfants de 8 ans et 3 ans pendant les congés.

« C’est trop important pour ne pas sombrer dans une grave dépression »

Les internautes qui ont répondu à notre appel à témoignages évoquent souvent le plaisir précieux ressenti pour combattre la morosité actuelle. « J’ai accepté de prendre mes petits-enfants en vacances car c’est la seule façon de les voir et ils m’apportent un regain d’énergie et de souffle », insiste Evelyne, 66 ans. « J’ai souffert davantage de ne pas voir mes petits-enfants que du Covid… que j’ai eu, regrette Marie, 62 ans. Je ne les abandonnerai plus, c’est trop important pour ne pas sombrer dans une grave dépression. »

D’autres estiment que ce choix n’appartient qu’à eux. « J’en ai assez de cette stigmatisation des vieux !, s’agace ainsi Jacqueline, 66 ans. Avec l’espérance de vie actuelle, sans autres pathologies, nous ne sommes pas vieux, ni plus à risque que d’autres. Certains d’entre nous sont plus sportifs que bien des jeunes sédentaires et en surpoids. Mais surtout, c’est ma vie, c’est mon choix et je n’autorise personne à décider pour moi ! » Même topo du côté de Mireille, 67 ans, qui a gardé trois, voire quatre enfants. « C’est ma bouffée d’oxygène, sans cela je serai malade, mais pas du Covid-19 ! Mon espérance de vie serait diminuée par la tristesse et l’idée que je ne serai plus utile à rien. Bien qu’en rémission complète d’une maladie depuis cinq ans, je suis en pleine forme. Avec mes petits, je fonctionne exactement comme avant : bisous, câlins, pas de masque à la maison, simplement davantage de lavages des mains. Mes années de vie restantes, je compte les passer comme je l’entends et si je dois attraper le Covid, c’est mon destin ! »

Quels gestes barrières respecter ?

D’autres ont accepté de jouer les nounous tout en faisant quelques compromis. Mais adopter les gestes barrières H24 n’est pas forcément évident, surtout avec de très jeunes enfants. « Comme le virus circule davantage, il faudrait que les personnes fragiles qui s’occupent d’enfants redoublent d’attention, suggère Fabienne Kochert, pédiatre à Orléans. C’est-à-dire distance pendant les repas, port du masque des adultes et des ados, pas de bise… » Simple sur le papier, moins dans la pratique. « J’avais plein de bonnes intentions, mais pendant cinq jours, seulement le lavage des mains et le gel ont fait partie de notre routine, avoue Roselyne, 66 ans, qui a gardé ses deux petits-enfants. A l’âge de 4 ans, rien n’est possible, tout est remué et touché, mis à la bouche… A 7 ans, c’est plus facile. Ma petite-fille portait le masque dans les transports en commun et le train. »

« Je ne les embrasse pas, ni les câline, je garde mes distances tant que cela est possible mais je ne porte pas de masque à l’intérieur, j’aère souvent notre espace de vie, je sors avec eux pour effectuer des activités avec port du masque pour nous tous, liste également Evelyne. Le bonheur de les voir passe avant la peur. »

Et pour certains, ce sont plutôt leurs petits-enfants qui ont fait la police. « Nous n’avons pas oublié les masques à l’extérieur, ni le gel, explique Annie, 77 ans, qui a gardé pendant une semaine ses petites-filles de 9 et 11 ans. Je pense bien sûr à ce virus, mais c’est l’aînée, très scrupuleuse, stricte sur tous les gestes barrières, qui avait peur de me contaminer. » Pour Marilyne, 64 ans, aucun doute : « il est possible de garder ses petits-enfants, en faisant attention et sur une courte durée. Et j’ai remarqué que les enfants sont responsables face à ce virus. Dès la maternelle, on les conditionne à l’hygiène. »

Et cette pause familiale pour faire le plein de tendresse est bienvenue pour beaucoup. D’autant que l’hiver s’annonce long et solitaire pour certains. « Ils nous font beaucoup rire, ce qui nous permet d’engranger des ondes positives devant cette année si difficile pour tous », s’amuse ainsi Solange. Avant des retrouvailles festives pour les fêtes de fin d’année ? Françoise, 63 ans, n’en mettrait pas sa main à couper : « Nous savons que Noël est compromis et ne nous projetons pas jusque-là, donc il était important de se voir et de passer quelques jours ensemble ».