Halloween à Paris : Quand un fantôme faisait pleuvoir des pierres rue d’Enfer

ICI, TROUILLE A l’occasion d’Halloween, « 20 Minutes » vous fait découvrir des maisons hantées ou des lieux maudits un peu partout en France. Rue d’Enfer à Paris en 1826, des roches en tout genre se sont abattues sur une épicerie

Pierre Cloix

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La pluie de pierres aura duré quatre jours.
La pluie de pierres aura duré quatre jours. — illustration/Pixabay
  • Ce samedi, c’est Halloween, l’occasion de se raconter des histoires d’horreur. 20 Minutes vous fait découvrir celles de lieux maudits ou de maisons hantées partout en France. A Paris, dans le 4e arrondissement, on ne s’explique toujours pas un phénomène paranormal, rue d’Enfer.
  • Au début du XIXe siècle, une épicerie a été totalement détruite par une pluie de pierres d’origine inconnue.
  • Même le super flic de l’époque Vidocq va enquêter sur ce mystère.
  • De cette histoire, il en reste une expression « au diable Vauvert ».

Le 10 septembre 1826, M. Nant, épicier de la rue d’Enfer à Paris se rend en catastrophe au commissariat du quartier de la Sorbonne. Son épicerie, dans laquelle il conserve liqueurs et autres bocaux, vient d’être « attaquée ». Des dizaines de pierres de toutes sortes ont traversé ses carreaux pour venir fracasser le verre protégeant ses produits. Le problème ? Impossible de déterminer l’origine des projectiles. Aucun groupe d’enfants déterminé à faire des bêtises ne traîne dans le coin, aucun rival malintentionné à signaler, le néant. Pourtant, les faits sont là, c’est comme si les pierres s’étaient « matérialisées » dans l’espace, dans le seul et unique but de fracasser ses marchandises.

« Quand il s’adresse au commissaire Roche pour lui exposer son problème, l’épicier précise bien qu’il n’y a pas de délinquants, les pierres arrivent toutes seules, brisent les vitres et font tomber tous ses bocaux. Pour lui, elles semblent arriver de plusieurs côtés à la fois », raconte Marie-Charlotte Delmas, écrivaine et sémiologue spécialisée dans les croyances populaires françaises. Cet aspect selon lequel les projectiles semblent venir de toutes parts reviendra tout au long de l’affaire. Le commissaire Roche est, bien évidemment, sceptique quant au récit de son interlocuteur et encourage M. Nant à simplement fermer ses « contrevents [volets extérieurs] ». L’épicier n’en démord pas et finit par convaincre le représentant de l’ordre de se rendre dans son échoppe.

La rue d'Enfer, aujourd'hui partiellement remplacée par le boulevard Saint-Michel
La rue d'Enfer, aujourd'hui partiellement remplacée par le boulevard Saint-Michel - Creative Commons

« Un caillou gros comme le poing entra comme une bombe »

Sur place, le constat est clair, tout est brisé, certes, mais ce n’est pas assez pour convaincre le policier qui croit de plus en plus à un canular. Pourtant, si on en croit une retranscription de la scène dans un exemplaire du Monde Illustréde 1899, le commissaire, qui commence à perdre patience, va vite déchanter. « Un caillou gros comme le poing entra comme une bombe dans la pièce close et vint fracasser un litre de cassis à deux doigts du visage du commissaire dont toute l’épaule fut inondée de liqueur. » Roche se dirige alors vers la porte pour attraper le délinquant, mais dehors la rue est vide. Pire, les volets et la porte sont fermés, et les carreaux déjà manquants. Impossible de savoir d’où vient le projectile. C’est comme s’il était apparu directement dans le magasin.

L'affaire avait fait les gros titres, à l'époque.
L'affaire avait fait les gros titres, à l'époque. - Retro News

Perplexe, le commissaire Roche demandera des renforts à la préfecture de police de Paris, qui lui enverra ni plus ni moins que le légendaire Eugène-François Vidocq et sa brigade qui seront, eux aussi, témoins du phénomène. Malgré une forte mobilisation de la part des forces de l’ordre, un cocher et un menuisier arrêtés à tort, impossible de comprendre ce qu’il a bien pu se passer rue d’Enfer.

Le phénomène va même s’accélérer, d’après les recherches de Marie-Charlotte Delmas : « Le soir même, à cinq heures, ça recommence. Une grêle de nouveaux cailloux s’abat à l’extérieur de l’épicerie dans un bruit de tonnerre, une foule se forme dans la rue. On voit arriver les projectiles mais on n’arrive pas à en déterminer l’origine, on dirait qu’ils se forment en l’air, et juste sur la façade. » Ces averses rocailleuses vont se poursuivre quatre jours durant puis, plus rien, si l’on en croit une brève du Figaro du 16 septembre 1826 où l’on peut lire sobrement. « La pluie de pierres a cessé depuis deux jours de tomber chez l’épicier de la rue d’Enfer. »

Château en ruines et hurlements

Comment expliquer un tel phénomène ? La rue, dont le nom est plus qu’explicite, porterait-elle quelque secret occulte ? Un ou plusieurs esprits y auraient-ils élu domicile ? En tout cas, le quartier possède une histoire chargée en mystères, selon Marie-Charlotte Delmas. « Vers le jardin du Luxembourg, il existait au XIIIe siècle un château en ruines, le château de Vauvert. On racontait qu’il s’y passait des choses terribles. On pouvait entendre des bruits, des hurlements… Des fenêtres en ruines s’éclairaient et on y aurait même aperçu des spectres. » Des malfaiteurs occupants les carrières environnantes auraient pu être à l’origine de ces « phénomènes inexpliqués ». Le Roi Louis IX, lorsqu’il accorde le château aux moines Chartreux en 1257 pour en faire un monastère, privilégiera les arguments de « possession. » Ces derniers ne manqueront d’ailleurs pas de procéder à un exorcisme de l’édifice avant d’en prendre possession.

Et, si tout cela vous paraît un peu lointain, on devrait à cet événement l’expression. « Ils ont chassé le Diable mais l’expression "Au diable Vauvert" est restée, explique la sémiologue. Et il ne s’agit pas d’envoyer quelqu’un "ailleurs". Non. C’est "envoyer quelqu’un au diable !" Soit l’expression relativement connue "va au diable", amputée. »

Le pauvre épicier de la rue d’Enfer a-t-il subi le courroux du Malin, contrarié d’avoir été délogé de son pied-à-terre quelques siècles plus tôt ? On ne le saura jamais, mais on notera que des phénomènes similaires se sont produits à Paris tout au long de ce siècle.