Pologne : Le tribunal constitutionnel restreint encore le droit à l’avortement

IVG La Pologne, pays de 38 millions d’habitants, a enregistré en 2019 seulement 1.100 cas d’IVG, mais le nombre d’IVG clandestines pourrait s’élever à 200.000

20 Minutes avec AFP

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En Pologne, l'avortement devient quasiment illégal — 20 Minutes

En Pologne, la dernière décision du tribunal constitutionnel polonais durcit encore les conditions d’accès à l’avortement, dans un pays où elles sont déjà très restreintes. Désormais,  l’IVG en cas de malformation grave du fœtus est interdite.

Cette décision, a priori définitive, est d’ores et déjà contestée par l’opposition libérale et des organisations de défense des droits des femmes dans ce pays considéré comme profondément ancré dans la tradition catholique. La présidente de la Cour, Julia Przylebska, a déclaré que la législation existante autorisant l’avortement de fœtus mal formés était « incompatible » avec la Constitution du pays.

Des avortements clandestins ou à l’étranger

Cette décision a provoqué une réaction critique immédiate de la Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatovic. « Eliminer les motifs de quasiment tous les avortements légaux en Pologne équivaut pratiquement à les interdire et à violer les Droits Humains », a considéré la Commissaire dans un communiqué.

Cette décision « se traduit en avortements clandestins ou (pratiqués) à l’étranger pour celles qui en ont les moyens, et en davantage de souffrances chez les autres », a-t-elle insisté. Plusieurs centaines de personnes sont descendues dans les rues de Varsovie, en pleine pandémie, pour protester contre la décision du tribunal. Conforme aux souhaits du Parti ultra-catholique nationaliste au pouvoir, Droit et Justice (PiS), le jugement restreindra le droit à l’avortement uniquement aux cas de danger de mort pour la femme enceinte et de grossesse résultant d’un viol ou d’un inceste.

L’opposition accuse les conservateurs

De son côté, la présidence polonaise a exprimé sa « satisfaction » du jugement prononcé. « Les opinions du président (Andrzej Duda) en cette matière sont bien connues et n’ont pas changé. Nous exprimons notre satisfaction que le tribunal constitutionnel se soit positionné du côté de la vie », a déclaré le porte-parole du chef de l’Etat, Blazej Spychalski. En revanche, des organisations pro-démocratiques et féministes ont crié leur « honte ».

Le principal parti d’opposition centriste, la Plate-forme civique (PO), a rejeté la responsabilité de cet « enfer pour les femmes » sur le chef du PiS Jaroslaw Kaczynski en personne et sur l’Eglise catholique de Pologne. Barbara Nowacka, une des dirigeantes de la PO, a accusé les évêques : « C’est de votre faute. Vous avez du sang sur les mains », a-t-elle dit.

Un millier d’IVG par an

Le chef du Parti populaire européen (PPL) et ex-président du Conseil européen Donald Tusk s’est joint aux réactions d’indignation suscitées par ce verdict. « Le fait de soulever la question de l’avortement et la décision de ce pseudo-tribunal en plein milieu de la tempête pandémique c’est plus que du cynisme. C’est de la crapulerie politique », a tweeté l’ancien Premier ministre polonais.

Selon les données officielles, la Pologne, pays de 38 millions d’habitants, a enregistré en 2019 seulement environ 1.100 cas d’IVG, dont l’écrasante majorité était autorisée à cause d’une malformation irréversible du fœtus. Selon des ONG, le nombre d’IVG pratiquées clandestinement en Pologne ou dans des cliniques étrangères pourrait atteindre près de 200.000 par an.