Coronavirus à Nantes : « Vouloir vivre », « injustice »… Les états d’âme des étudiants d’Audencia, « l’un des plus gros clusters de France »

GENERATION 2000 Craintes pour l’avenir, sentiment d’« injustice »… Des étudiants de l’école de commerce Audencia à Nantes se sont confiés à 20 Minutes

Julie Urbach

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Nantes, le 3 mars 2016, l'école de commerce et de management Audencia
Nantes, le 3 mars 2016, l'école de commerce et de management Audencia — Frédéric Brenon
  • « C’est dur d’avoir 20 ans en 2020 », a déclaré Emmanuel Macron, lors de son allocution du 15 octobre. « 20 Minutes » l’a pris au mot en explorant plusieurs pans de la vie des jeunes.
  • A Nantes, les étudiants d’Audencia ont vécu une rentrée plus que compliquée après la multiplication de cas de Covid au sein de l’établissement.

Ils ont travaillé dur pour intégrer l’une des meilleures écoles de commerce du pays. Ils se sont finalement retrouvés dans « l’un des plus gros clusters de France », selon les termes de l’ARS. A Audencia à Nantes, au moins 212 jeunes gens ont été testés positifs au coronavirus en quelques semaines. Alors que c’est les vacances pour une partie d’entre eux, des étudiants confient à 20 Minutes leurs craintes pour l’avenir et le sentiment d’« injustice » qu’ils ont ressenti.

Clément*, 22 ans : « On nous a fait passer pour une élite déconnectée »

« En cours, tout le monde portait le masque et faisait attention mais c’est vrai qu’il y a eu énormément de soirées dans des appartements à la rentrée. Je ne fais pas partie des plus raisonnables, donc je le comprends. En tant qu’étudiant, on a besoin de rencontrer des gens pour évoluer et se construire, personnellement et professionnellement, et non de passer ses soirées avec ses parents et son petit frère de 14 ans ! J’ai lu des commentaires un peu haineux sur les réseaux sociaux qui nous faisaient passer pour une élite déconnectée. C’est compréhensible mais disproportionné. Voir du monde ne veut pas dire que l’on ne respecte pas les gestes barrières le reste du temps. Ces dernières semaines ont été une petite claque, même si l’état de santé des étudiants positifs n’était pas vraiment sérieux, donc ça dédiabolise plus que ça pousse à craindre le virus. Bien sûr, il va falloir limiter les soirées qui accueillent 40 ou 50 personnes. Personne ne souhaite une refermeture de l’école. »

Camille, 20 ans : « Ce virus nous met des barrières »

« Je peux me passer de faire la fête, car c’est moins important pour moi que de passer Noël avec mes grands-parents. Dans mon cas, ce qui est vraiment dur c’est le fait de ne plus pouvoir voyager, notamment pour mes stages. Je visais Berlin et Londres, car à terme j’aimerais travailler à l’international, mais au vu du contexte je ne vais pas prendre le risque de chercher à l’étranger. Le problème c’est que tout le monde va faire comme moi, donc il y aura sûrement davantage de candidats. Il faut aussi gérer la baisse de motivation qui survient lorsque le professeur qui donne son cours à distance n’est pas très à l’aise. C’est aussi très compliqué de s’intégrer car à la fin du Zoom, on ne se retrouve pas entre étudiants à la pause-café. En fait, c’est triste de se dire que ce virus nous met des barrières, voire nous ferme des portes. »

Charles, 20 ans : « Une accumulation de problèmes »

« J’ai principalement fait des soirées avec mes colocs mais je n’en veux absolument pas aux autres qui ont pris davantage de risques. On fait deux ans de prépa, on veut en profiter, c’est comme ça. Les caricatures sur les étudiants d’Audencia, j’ai trouvé ça injuste, car on sait que c’est pareil dans d’autres écoles qui ont pratiqué moins de tests Covid que chez nous. Mais aussi parce que nous sommes les premiers pénalisés : on nous promettait monts et merveilles, on venait ici pour innover, entreprendre, participer à la vie associative, trouver un emploi, et finalement on se retrouve face à une accumulation de problèmes qui vont nous handicaper pour notre avenir. Les jeunes ne sont pas juste ceux qui font des soirées et s’en foutent. Ce sont aussi ceux dont les perspectives vont être complètement bouleversées »

Martha, 21 ans : « Comme s’il fallait avoir honte de vouloir vivre »

« Dès le passage du concours il y a eu énormément d’incertitudes. Ça a été très stressant car il a fallu se dire que tout allait se jouer sur des choses que je n’avais pas forcément préparées. Désormais c’est bon, je suis dans le cursus et j’aurai mon diplôme, mais je sais déjà que l’entrée sur le marché du travail va être compliquée. Et voilà qu’on nous rejette la faute sur nous, comme s’il fallait avoir honte de vouloir vivre nos plus belles années. Je ne comprends pas qu’on arrête toute une économie, qu’on demande à des gens qui se voient toute la journée de s’espacer au restaurant. Les personnes qui veulent se protéger le peuvent. C’est ridicule de vouloir l’imposer à tout le monde. »

*prénom d’emprunt