Le RSA « dépasse désormais » le Smic ? C’est faux

FAKE OFF L'affirmation, virale, se répand sur Facebook. Elle est fausse, comme le montrent des données et le confirment des spécialistes

Mathilde Cousin

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Une brochure de la CAF sur le RSA et la prime d'activité.
Une brochure de la CAF sur le RSA et la prime d'activité. — GILE Michel/SIPA
  • « C’est officiel, le RSA dépasse désormais le SMIC, à quoi bon travailler ! », est-il avancé dans un message viral sur Facebook, sans aucun chiffre pour appuyer cette affirmation.
  • Cette publication fait suite à l’annonce par l’exécutif d’une « aide exceptionnelle » à destination des personnes les plus précaires.
  • L’affirmation est fausse.

Cette idée reçue, maintes fois démentie par des experts et des associations, est presque aussi ancienne que la création du RMI, en 1988, et de son successeur, le RSA, en 2009. Les bénéficiaires de ces minimaux sociaux seraient, dans certains cas, mieux lotis que les travailleurs gagnant le Smic.

Cette idée se répand à nouveau sur Facebook depuis ce week-end, sous la forme d’un message relayé par plusieurs internautes. « C’est officiel, le RSA dépasse désormais le SMIC, à quoi bon travailler !, peut-on lire dans ce court texte. Faites des gosses et restez au chaud, c’est plus rentable. »

Non, le RSA ne dépasse pas le SMIC.
Non, le RSA ne dépasse pas le SMIC. - Capture d'écran Facebook

Aucune source, aucun chiffre ne sont avancés pour étayer cette affirmation, qui est apparue alors qu’Emmanuel Macron a annoncé le versement d'une aide ponctuelle de 150 euros pour chaque bénéficiaire du RSA et d’une aide supplémentaire de 100 euros par enfant. Cette aide de 150 euros sera également versée aux bénéficiaires des APL.

FAKE OFF

Cette affirmation est fausse. Quelle que soit la configuration du ménage, le niveau de vie d’une personne ou d’un couple au RSA est inférieur à celui d’une personne touchant le Smic, selon les calculs de la Drees (la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, dépendant des ministères du Travail, de la Santé, et de l’Economie et des Finances), publiés fin septembre 2020 et repérés par l’AFP.

Le niveau de vie d’une personne seule sans enfant au RSA est inférieur à 47 % à celui d’une personne touchant le Smic à temps plein, selon ces calculs. Cela signifie que cette personne au RSA touche 678 euros de moins qu’une personne au Smic (776 euros contre 1.454 euros, prime d’activité comprise). Une personne seule avec deux enfants au RSA a un niveau de vie inférieur de 34 %, et un couple avec un enfant un niveau de vie inférieur de 35 %.

Pour calculer le niveau de vie, la Drees prend en compte, en plus du RSA ou du Smic, les différentes allocations auxquelles les allocataires ou travailleurs peuvent prétendre (prime d’activité pour le Smic, allocations familiales…).

Le RSA pour une personne seule sans enfant s'élève à 564,78 euros par mois, tandis que le Smic  est d'environ 1.219 euros net.

« Les montants du RSA sont extrêmement faibles »

L'« aide exceptionnelle » annoncée par le gouvernement ne vient pas bouleverser ces calculs. Une personne seule au RSA aura donc un niveau de vie de 926 euros le mois où elle touchera cette aide unique, tandis qu’une personne au Smic dans la même situation touchera toujours 1.454 euros.

« Aujourd’hui en France, on a un revenu minimum qui ne permet pas de vivre dignement. Avec 500 euros, une fois que vous avez payé vos charges, il ne vous reste plus rien, ce sont des vies de sacrifices quotidiens », souligne auprès de 20 Minutes Jean Merckaert, directeur du plaidoyer France et Europe au Secours catholique. 1,91 million de foyers étaient bénéficiaires du RSA en mars 2020, selon une estimation de la CAF. « Les montants du RSA sont extrêmement faibles. Au moment du lancement du RMI en 1988, celui-ci représentait 50 % du Smic. Aujourd’hui, c’est moins de 40 % du Smic et de la prime d’activité. »

« Le piège, c’est d’opposer les travailleurs pauvres et les autres pauvres »

Contrairement à ce que sous-entend le message viral, les travailleurs rémunérés au Smic ont également le droit à des aides, comme la prime d’activité déjà évoquée. « Les travailleurs pauvres ont aussi le droit aux allocations familiales », ajoute Jean Merckaert, tout en soulignant que « les bas salaires sont trop bas en France ».

« Le piège, c’est d’opposer les travailleurs pauvres et les autres pauvres », explique Anne Eydoux, maîtresse de conférences en économie au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam). Elle rappelle que « les minima sociaux sont faits pour assurer un minimum pour permettre aux personnes et aux familles de vivre, que celles-ci travaillent ou non ».

« Le principal obstacle à la reprise d’emploi […] c’est l’insuffisance des emplois »

Associations et chercheurs soulignent une autre idée reçue : « L’idée selon laquelle l’augmentation du RSA désintéresserait les gens d’aller chercher un emploi. Tous les travaux de recherche montrent l’inverse », pointe Jean Merckaert. « La prix Nobel d’économie Esther Duflo expliquait que, lorsqu’on donne un revenu stable, cela donne un matelas stable pour chercher de l’emploi, ce que l’on ne fait pas quand on installe les gens dans une précarité continue. »

« Le principal obstacle à la reprise d’emploi, ce n’est pas l’obstacle monétaire, c’est l’insuffisance des emplois, à laquelle peuvent s’ajouter des difficultés : personnes peu qualifiées, problèmes de mobilité, de santé, contraintes familiales pour les mères de familles monoparentales », analyse Anne Eydoux.

« La sortie du RSA par le haut ne se fait pas »

Cette opposition entre les plus précaires « est une polémique que l’on voit souvent », dénonce Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé-Pierre. Selon lui, la « sortie du RSA par le haut » – c’est-à-dire par un retour à l’emploi – s’est tarie en raison de la crise sanitaire et économique. « Les gens y restent. »

Le gouvernement attend une hausse du nombre de bénéficiaires de 8,7 % en 2020 en raison de la crise, a indiqué lundi soir Olivier Dussopt, ministre des Comptes publics.